A chaque fin de semestre, c’est la même rengaine : vous recevez un mail pour vous inviter à évaluer vos cours. Mais avec les examens qui approchent et la fatigue des dernières semaines de cours, ces questionnaires d’évaluation passent facilement à la trappe. Vous vous demandez peut-être même à quoi ils servent, finalement. Est-ce que les profs prennent vraiment en compte nos remarques ? Spoiler : oui ! Dans cet article, quatre profs de l’UniNE vous expliquent en quoi l’évaluation des enseignements est importante. Et ce n’est pas seulement pour recevoir des compliments !
A quoi servent concrètement nos retours sur les cours ? Est-ce qu’ils sont réellement pris en compte par les enseignant-e-s ? Pour répondre à ces questions, quatre professeur-e-s de l’UniNE ont accepté de partager leur expérience :
Eh oui, les profs accordent vraiment de l’importance à vos retours. Pour Laurel ThomasArrigo, ces évaluations permettent de comprendre plus en détail comment le cours est vécu par les étudiant-e-s. Il est parfois difficile d’anticiper la manière dont un cours sera perçu, même avec une préparation rigoureuse et les retours permettent donc de se rendre compte de points d’amélioration qui ne sont pas forcément évidents. Pour elle, “c'est un élément clé de l'amélioration continue de la qualité de l'éducation.” Patrick Vincent partage cette vision : avoir des retours sur la qualité de ses cours pousse à “régulièrement repenser les méthodes ainsi que le contenu de nos enseignements, ce qui constitue une bonne pratique pédagogique essentielle”.
De son côté, Katrin Skoruppa souhaite mettre en avant une forme de “réciprocité” dans l’enseignement. Les professeur-e-s ont aussi besoin d’être évalué-e-s, de recevoir un feedback pour s’améliorer et ainsi “agrandir [leur] savoir-faire professionnel”. Elle aimerait même avoir “plus de moments de feedback” au cours du semestre pour pouvoir adapter son enseignement sur le moment et pas seulement pour l’année suivante. Elle insiste aussi sur les bienfaits que cela peut avoir pour les étudiant-e-s : repenser à la qualité d’un enseignement peut permettre de réfléchir sur le contenu du cours et comment on l’a vécu, pour mieux préparer les révisions ou la rédaction des dossiers. Enfin, comme ces retours sont anonymes, ils permettent de donner une voix à celles et ceux qui ne se sentent pas forcément à l’aise de s’exprimer en cours.
Au-delà d’améliorer les cours, les évaluations permettent aussi aux enseignant-e-s de s’améliorer de manière générale. Pour Valéry Bezençon, recevoir des retours sur ses enseignements permet de “comparer l’appréciation de son cours au fil des ans” et ainsi s’améliorer sur le long terme.
Laurel ThomasArrigo et Patrick Vincent expliquent aussi que ces retours peuvent être source de motivation et de confiance en soi pour les enseignant-e-s et les conforter dans leurs choix pédagogiques. Et les critiques (constructives), parfois difficiles à accepter dans un premier temps si on s’est beaucoup investi-e dans la préparation d’un cours, comme le dit Katrin Skoruppa, aident à se “situer et développer en tant qu’enseignant-e”.
Les enseignant-e-s interrogé-e-s ont toutes et tous déjà modifié des choses dans leur manière d’enseigner suite à des retours d’étudiant-e-s. Laurel Thomas Arrigo fait des ajustements sur de nombreux aspects, “qu'il s'agisse de la manière dont [elle] organise les supports de cours ou des types d'évaluation qu’[elle] utilise”.
Quelques exemples concrets tirés de l’expérience de Valéry Bezençon : pour l’un de ses cours, les élèves ont soulevé des difficultés pour comprendre à quoi devait ressembler le rapport final. Résultat, il demande maintenant aux étudiant-e-s de l’année précédente l’autorisation de publier leurs travaux sur Moodle comme source d’inspiration. Pour un autre cours, les consignes n’étaient pas assez claires pour le projet à réaliser : il a décidé de créer un template à suivre pour que la forme soit plus évidente.
Ainsi, Laurel ThomasArrigo tient à ce que les étudiant-e-s sachent que “leur voix compte vraiment et qu'elle a un impact direct.”. Elle rappelle que “c'est l'un des moyens les plus efficaces” dont on dispose pour façonner notre “expérience éducative”.
Katrin Skoruppa insiste quant à elle sur le fait que ce processus est à double-sens : “Prenez ce temps pour aider votre enseignant-e à se développer, mais aussi pour vous, pour réfléchir sur vos apprentissages”.
Enfin, Valéry Bezençon donne quelques conseils pour donner un feedback efficace à ses professeur-e-s : pour que les évaluations soient vraiment utiles, il faut essayer de détailler ses retours au maximum et les rendre constructifs. Il ne faut pas non plus hésiter à aller voir l’enseignant-e pour en parler de vive voix. Il ou elle s’est investi-e pour construire son cours et cela lui fera donc plaisir d’entendre vos remarques, positives ou non.
En résumé, ces questionnaires d’évaluation ne sont pas là pour cocher des cases, mais bien pour co-construire des cours qui vous ressemblent. Alors, la prochaine fois que vous recevrez ce fameux mail, ne le supprimez pas !