« Les distributeurs de protections hygiéniques sur le campus m’ont littéralement sauvée plusieurs fois », confie Sarah, 23 ans, étudiante en droit. Comme beaucoup, elle jongle entre un budget serré et des dépenses imprévues. « À la fin du mois, il m’est déjà arrivé de ne pas pouvoir m’acheter de protections. Une fois, je n’avais même pas assez d’argent pour acheter les tampons les moins chers du marché. Alors, savoir que je peux en trouver gratuitement à l’Université, ça enlève un vrai poids. »
Selon un rapport du Parlement européen datant de cette année, environ 10 % des personnes menstruées dans l’Union européenne seraient touchées par la précarité menstruelle, n’ayant pas toujours les moyens d’accéder à des protections hygiéniques de base.
En Suisse, d’après le site officiel de la Ville de Genève, le coût total des produits menstruels dans la vie d’une personne menstruée serait estimé à environ 4’500 francs. Un poids financier considérable pour les personnes étudiantes, qui doivent parfois composer avec une absence de revenu.
Afin d’apporter une solution à ce problème touchant certains membres du campus, l’Université de Neuchâtel a installé vingt distributeurs de protections hygiéniques dans l’ensemble des bâtiments en septembre 2023, dans le cadre d’une phase pilote d’un semestre.
Cette étiquette blanche collée sur plusieurs portes de toilettes indique la présence des distributeurs.
Si l’initiative représente une avancée notable, sa mise en œuvre suscite encore quelques remarques parmi les étudiantes. Camille, 24 ans, étudiante en sciences économiques, salue le dispositif tout en pointant ses limites. « Dans notre bâtiment, il n’y en a pas dans toutes les toilettes. C’est frustrant, surtout quand on a un cours qui s’enchaîne et qu’on n’a pas le temps de traverser tout le campus. Il faudrait que ce soit généralisé et qu’on trouve ces distributeurs absolument partout. »
Face à cette remarque, le SBES affirme que dans certains bâtiments, l’installation des protections hygiéniques gratuites dans les sanitaires n’a pas été possible en raison de la taille des supports. « Sur la base d’un sondage auprès des régies, l’emplacement des distributeurs est bon, mais il était préférable de les accrocher au mur, ce qui a été fait lorsque jugé nécessaire », ajoute le service. Toujours selon le SBES, les consommations, quant à elles, ont été plus élevées durant la phase test, un effet de nouveauté, avant de se stabiliser.
Interrogé à ce sujet, le BED souligne l’importance du dialogue : « Nous encourageons chacun-e à nous contacter en cas de besoin ou de question. Nous accueillons volontiers les remarques afin de réfléchir à de possibles améliorations. »
Certains distributeur sont aussi disponibles dans les toilettes pour personnes en situation de handicap, comme dans le bâtiment principal.
Du côté de la communication institutionnelle, le Bureau Presse et promotion souligne que la mise en place des distributeurs a suscité une forte réaction positive. L’annonce a été largement relayée sur les réseaux sociaux et a reçu de nombreux messages de remerciements et de félicitations. Le projet a également bénéficié d’une couverture médiatique favorable, notamment sur RTN et Canal Alpha.
Portée par ce succès, l’Université a décidé de pérenniser le dispositif. Le Bureau de l’Égalité et diversité souhaite désormais aller plus loin. « Avec notre collègue de la promotion santé, nous avons pour projet d’aborder plus largement la question du tabou des règles et des enjeux associés dans un futur proche », indique une représentante du Bureau de l’Égalité. Un événement, probablement une conférence, est en préparation dans l’année qui suit afin de poursuivre la sensibilisation.
Enfin, la précarité menstruelle reste un enjeu majeur de santé publique. Le BED n’hésite pas à rappeler que le manque d’accès à des protections adaptées expose les personnes menstruées à des risques d’infections, d’inconfort et d’atteinte à leur bien-être physique et mental. « Agir contre la précarité menstruelle, c’est reconnaître des besoins spécifiques, garantir l’accès à des produits essentiels pour toutes et tous, promouvoir une société et une université plus juste. »
Informations sur la mise à disposition des distributeurs gratuits du campus :
https://www.unine.ch/actualite/serviettes-et-tampons-hygieniques-en-libre-service
Adresse mail du Bureau de l’Égalité et diversité en cas de besoin : egalite.diversite@unine.ch
Emplacements des distributeurs : https://www.unine.ch/egalite/universite-inclusive/protections-hygieniques/
La ville de Genève et ses informations sur la précarité menstruelle en Suisse-romande :
https://www.geneve.ch/themes/durabilite/egalite-entre-femmes-hommes/stop-precarite-menstruelle