Alors que la migration continue de polariser le débat public en Suisse, douze ans de recherche menée par le pôle de recherche national «nccr – on the move» font émerger un même constat: la réalité de la migration et de la mobilité ne ressemble pas à l'idée qu'on s'en fait. Les parcours migratoires sont rarement linéaires; ils sont façonnés par des lois et des institutions qui pèsent autant que les choix individuels — et en temps de crise, la manière dont les faits sont racontés pèse autant que les faits eux-mêmes sur le débat public et sur les inégalités qu'une crise peut rendre visibles.
Réunissant environ 250 chercheuses et chercheurs issus de différentes disciplines et institutions, le nccr – on the move clôt ses activités lors de l’événement final « welve Years in Motion: Migration Research, People, and Politics», le 9 juillet 2026 à l’Université de Neuchâtel.
«Notre ambition n’était pas seulement de produire une recherche d’excellence, mais aussi de contribuer au débat public», déclare Gianni D’Amato, directeur du nccr – on the move et professeur à l’Université de Neuchâtel. «Douze ans plus tard, cette mission reste essentielle.»
Des trajectoires plutôt qu’un aller simple
Le centre a montré que migration et mobilité ne sont pas deux phénomènes séparés, mais des réalités étroitement liées. Prenons un exemple: une personne arrivée en Suisse comme étudiante internationale peut, en l'espace d'une décennie, devenir frontalière, repartir, puis revenir s'installer durablement — un parcours que les catégories administratives classiques peinent à saisir. C'est ce que les chercheuses et chercheurs résument par la formule du «nexus migration-mobilité».
Grâce à des enquêtes et des données longitudinales, leurs travaux permettent de mieux comprendre ces trajectoires dans le temps et leurs implications pour le marché du travail, les institutions publiques et les parcours individuels.
«Les données ne remplacent pas le débat public, mais elles peuvent le rendre plus précis», explique Philippe Wanner, professeur à l’Université de Genève et directeur adjoint du nccr – on the move. «Elles nous aident à voir la migration comme un ensemble de trajectoires plutôt que comme un mouvement unique.»
Même profil, droits différents
La migration ne relève pas uniquement d’un choix individuel. Deux personnes au profil migratoire identique peuvent se voir accorder des droits très différents selon le canton où elles vivent. C'est ce que révèle la comparaison, menée par le centre, des lois et pratiques administratives entre cantons, en Suisse et en Europe: l'accès à un emploi, à un permis ou à la citoyenneté dépend souvent moins du parcours d'une personne que du cadre institutionnel dans lequel elle se trouve.
Les crises ne sont jamais neutres
La dernière phase du centre s’est concentrée sur les liens entre crises, migration et mobilité. Ses recherches montrent que les crises sont à la fois des événements concrets aux effets matériels réels et des situations interprétées, racontées et politisées. La pandémie de COVID-19 l’a illustré de manière particulièrement nette: fermetures de frontières, confinements, traçage des contacts et nouveaux outils numériques de surveillance sanitaire ont bouleversé du jour au lendemain la vie quotidienne, l'accès aux droits et les possibilités de déplacement. Ces mesures, jusque-là exceptionnelles, sont devenues des réflexes de gouvernance ordinaire, tout en ravivant des questions allant des droits civiques jusqu'à l'équilibre entre protection publique et liberté individuelle.
Mais les crises ne parlent pas d'elles-mêmes: leur signification politique dépend de la manière dont elles sont nommées, expliquées et mises en récit, ce qui influence l'opinion publique et les réponses des autorités. Elles rendent aussi plus visibles — et parfois plus aiguës — des inégalités déjà existantes, liées au statut légal des personnes, aux droits qui en découlent et à leur accès effectif au soutien et aux services essentiels.
Un héritage qui se poursuit
Au-delà de ses résultats scientifiques, le nccr – on the move laisse derrière lui des publications, des données ouvertes et des outils pensés pour l’action publique, ainsi qu’une génération de chercheuses et de chercheurs qu’il a formé-e-s. Cet héritage prend aussi une forme institutionnelle: une nouvelle chaire en analyse politique de la migration et deux postes de maître d’enseignement et de recherche, en sociologie et en histoire des migrations, ancrent durablement ces axes de recherche à l’Université de Neuchâtel.
Plus largement, le champ que le centre a contribué à structurer continue de s’organiser: la toute jeune Société suisse d’études sur les migrations et la mobilité vient de tenir sa première conférence nationale les 7 et 8 juillet 2026 à l’Université de Neuchâtel, et un nouveau programme doctoral CUSO formera la prochaine génération de chercheuses et chercheurs dans ce domaine.
À propos du «nccr – on the move»
Le «nccr – on the move» est le pôle de recherche national (PRN) consacré aux études sur la migration et la mobilité. Lancé en juin 2014, le PRN a pour objectif de mieux comprendre l’interaction entre la migration et la mobilité, ainsi que les phénomènes qui y sont liés. Géré par l’Université de Neuchâtel, le réseau réunit des chercheuses et chercheurs de plusieurs universités et institutions de recherche suisses. Le «nccr – on the move» est dirigé par le professeur Gianni D’Amato. Les pôles de recherche nationaux constituent un instrument de promotion de la recherche du Fonds national suisse de la recherche scientifique.
Communiqué du nccr-on the move