26 février 26

Les femelles vervets assurent l’intégration sociale

Communiqué de presse

Chez les singes vervets, les mâles parvenus à l’âge adulte quittent leur communauté de naissance pour trouver un autre groupe où poursuivre leur vie. Ils sont alors accueillis par des femelles qui font davantage d’efforts qu’eux en vue de les intégrer dans leur groupe. C’est l’un des résultats de la thèse de doctorat réalisée par Josefien Tankink au sein du Laboratoire d’éco-éthologie de l’Université de Neuchâtel (UniNE). Basée sur des observations de vervets à l’état sauvage vivant en Afrique du Sud, cette recherche vient d’être publiée dans la revue de référence Proceedings of the Royal Society B.

Chez les singes vervets, comme chez la plupart des primates non humains vivant en groupe, le toilettage est un comportement social important. Il permet de mettre en évidence la manière dont la coopération évolue entre les membres d’une même communauté. Les vervets obéissent à une hiérarchie matriarcale stricte, dans des groupes mixtes dont les femelles forment le noyau social, alors que les jeunes mâles quittent le groupe natal une fois qu'ils atteignent l’âge de la maturité (vers 4-5 ans).

Pratique du toilettage

La primatologue Josefien Tankink s’est intéressée à ce qui se passait lorsque des mâles devaient rejoindre un nouveau groupe. Les signes de leur intégration se manifestent par des pratiques de toilettage qui diffèrent selon le genre. «Nous avons constaté qu'au départ, les femelles toilettent beaucoup plus les nouveaux mâles que ceux-ci ne toilettent les femelles, indique Josefien Tankink. Au bout d'environ six mois, ce déséquilibre disparaît progressivement et la répartition des actions de toilettage devient presque égale entre les deux genres.» Et cela, parce que les femelles ont réduit leurs efforts au fil du temps. Ces six mois correspondraient aussi à la période au bout de laquelle les nouveaux venus acquièrent un statut de résident à part entière dans la communauté. 

L’étude démontre que les femelles fournissent un grand effort social au début des interactions, puis relâchent leurs actions de toilettage, au fur et à mesure que les nouveaux venus prennent le relais. Ainsi les mâles adoptent la stratégie inverse. Ils proposent des investissements initiaux faibles qui augmentent avec le temps. Ce résultat semble contre-intuitif, puisqu’on pourrait penser que ces jeunes mâles, qui se retrouvent sans groupe social, sont plus pressés de faire partie d’un nouveau groupe. Et donc devraient montrer davantage de volonté d’intégration que les femelles déjà établies.

Compétition entre femelles

Pourquoi ce n’est pas le cas? C’est une affaire de compétition entre différents groupes d’accueil potentiels. «Les femelles établies cherchent à attirer de nouveaux mâles dans leur groupe respectif, parce que les mâles fournissent d’importants services, tels que la protection contre les prédateurs ou du soutien en cas de conflits territoriaux», explique Redouan Bshary, professeur au Laboratoire d’éco-éthologie et directeur de thèse de Josefien Tankink. Ces différences d’attitude dans le toilettage liées au genre auraient donc pour objectif d’assurer la prospérité du groupe dans son ensemble.

La chercheuse a mené son travail dans le cadre du Inkawu Vervet Project (IVP), situé en Afrique du Sud. Elle s’est basée sur des données collectées dans la réserve animalière privée Mawana Game. Les singes vervets évoluent en totale liberté dans cet espace de 110 km carré, sans contact direct avec les humains. Des observateurs locaux y ont répertorié à intervalles réguliers durant deux ans les manifestations de toilettage de 18 mâles et 73 femelles, représentant plus de 270 heures d’observation et plus de 400 manifestations de toilettage.