6 octobre 26

La Parabole du Seum de Rébecca Chaillon

Vie sur le campus / Antonio Gobin Teodoro

Un super marché Mammouth, une motte de beurre Président, une balance et une femme habillée en La Laitière, invitant le public à se peser pour « tenter de gagner 10% de son poids en produits Mammouth », voilà ce que l’on découvre en entrant dans la salle. Dans sa dernière création, Rébecca Chaillon aborde grossophobie, banlieues ou encore changement climatique, racontés comme un fil de pensée.

« Une tentative [de survie] qui part de la marge, de l’expérience des vies qui résistent à la norme et à ce qu’elle écrase », voici La Parabole du Seum, présentée au TPR à La Chaux-de-Fonds les 24 et 25 septembre 2026. Dès le début, cette normativité est mise au défi ; pointé-x-e du doigt par deux actrices, chaque membre du public est catégorisé comme mince, presque, mi-gros ou gros. Si cela fait évidemment sourire, cette action n’en reste pas moins révélatrice de notre façon de penser le monde, et plus particulièrement l’autre.

Le Titre

Le titre vient également toucher à un univers généralement connu pour une partie du public. Comme pour d’autres de ses créations, par exemple Carte Noire nommée Désir ou Une Patte retombe toujours sur ses Chattes, Rébecca Chaillon prend une expression ou un titre qu’elle détourne. Ici, c’est La Parabole du Semeur dont il est question. Dans la tradition biblique, cette parabole avance que seules les graines plantées en bonne terre sont capables de prendre racine et produire une récolte abondante. Le texte est lui-même pris en dérision dans le spectacle. Mais La Parabole du Semeur est également un roman d’Octavia E. Butler, dont le récit se passe en 2024 dans une société instable et inégale dû à l’économie et au changement climatique. S’il s’agit à l’origine d’une dystopie, il est toutefois difficile de nier la ressemblance frappante avec le monde actuel dans lequel nous vivons. On comprend alors mieux le titre du spectacle et en quoi et pourquoi on part de cette marge.

La Marge

Dans ce monde en déroute, que peuvent faire celleux qui « résistent à la norme », non pas par choix, mais par imposition ? Ce n’est pas la question que se pose le spectacle. Celui-ci cherche à montrer ce qu’iels font, car la survie n’est pas à venir, elle est déjà présente. Quand la pluie tombe, sans jamais cesser, il n’y a d’autre choix que se rassembler, de faire ensemble, car cellui qui veut gravir seul-x-e la colline, avec pour harnachement tout son passé matériel, finira toujours par tomber, ou atteindra le sommet, mais en éternel-le insatisfait-e.

Le spectacle est également à retrouver à la Comédie de Genève jusqu’au 2 octobre et au Théâtre de Vidy à Lausanne du 28 au 30 mai 2027.