La dentellerie fut l’un des moteurs économiques de la région de Neuchâtel entre le 18e et la première moitié du 19e siècle, notamment grâce à l’exportation. La mécanisation du procédé a ensuite mis fin à cette activité florissante. Un mémoire de Master en histoire a récemment été soutenu sur ce thème à l’Université de Neuchâtel (UniNE). Son auteure, Isaline Porret, passionnée d’histoire régionale, a même appris à confectionner des dentelles pour sa recherche.
C’est l’histoire d’un savoir-faire qui a traversé les siècles. D’un artisanat florissant autrefois exporté avec succès en France et dans d’autres pays voisins, voire jusqu’aux Etats-Unis, il est aujourd’hui devenu un objet conservé dans des vitrines de musées. Cette histoire, c’est celle de la dentellerie neuchâteloise, ou dentellerie aux fuseaux, ces petits rouleaux tubulaires de bois où était enroulé le fil.
La Chaux-de-Fonnière Isaline Porret, étudiante en histoire à l’Université de Neuchâtel, a consacré son mémoire de fin d’études à cet art ancestral, qui a autrefois participé au rayonnement de la région. En effet, la dentelle constituait entre les 18e et 19e siècles un article de luxe, réservé à une clientèle aisée, voire fortunée.
Un attrait originel
«J’ai toujours été attirée par l’histoire régionale», commente Isaline Porret. Une visite au musée de la dentelle (Museo del Merletto) de Burano, tout près de Venise en Italie, sera déterminante. «J’ai pu admirer là-bas de magnifiques pièces de dentelles. Certaines dentellières font des démonstrations dans l’exposition. Ça m’a beaucoup intriguée et ramenée à des souvenirs d’enfance, où j’avais eu l’occasion d’en observer dans le canton de Neuchâtel», raconte-t-elle encore.
Mais la technique entre les deux régions diffère et ses souvenirs sont relativement vagues. Il n’en fallait pas plus: «J’ai très rapidement eu envie de me pencher sur la question, d’abord par curiosité, ensuite par passion. Je m’intéresse depuis toujours à l’artisanat, donc l’idée d’allier une recherche historique à mon intérêt pour les savoir-faire s’est rapidement imposée».
Une démarche originale
Le mémoire d’Isaline Porret porte sur l'histoire des techniques de la dentellerie neuchâteloise. Naturellement, son travail présente et croise des sources traditionnelles telles que des manuscrits, des sources imprimées, mais aussi des sources techniques, comme des cartes de projets de modèles de dentelles ou encore des outils de dentellière. Mais la mémorante est allée plus loin pour comprendre. Elle ne s’est pas contentée de consulter des documents : elle a appris la dentellerie, en rejoignant une amicale régionale de dentellières, où des femmes lui ont enseigné leur savoir-faire durant un an.
«Pour moi, il était nécessaire de maîtriser la technique pour aborder ce sujet et l’idée de pouvoir maitriser et créer des motifs de fils de lin ou de soie m’a très vite inspirée. Je me suis donc inscrite à l’Amicale des dentellières du Locle», se souvient la jeune historienne, heureuse d’avoir réalisé cette recherche de terrain.
De la simplicité dans la complexité
Si au départ la dentellerie semble inaccessible et complexe, Isaline Porret tient son explication: «Une fois qu’il a été expliqué, le geste de base est étonnamment simple. On peut alors le mener à un degré de complexité très élevé. Une fois que le ‘croisement’ et la ‘torsion’ des fuseaux ont été intégrés, il existe une infinité de possibilités de création, et par conséquent, une quantité importante d’éléments potentiels à étudier», conclut-elle.