6 janvier 26

Cultiver des arbres pour lutter contre le changement climatique

Communiqué de presse

Dans le Jura, sur certaines exploitations agricoles, on pratique l’agroforesterie, qui consiste à intégrer arbres et haies sur les terres cultivables, ceci tant pour réduire l’impact environnemental que pour renforcer la résilience des cultures. Pour son mémoire de master, Tomansi Rickli, étudiant en géographie à l’Université de Neuchâtel, s’est intéressé aux représentations des exploitant-e-s agricoles qui ont opté pour cette pratique jugée prometteuse, mais qui reste marginale en Suisse.

Face au réchauffement, les agriculteur-rice-s suisses doivent s’adapter. Augmentation d’événements météo extrêmes, sécheresses estivales, précipitations très intenses sur de courtes périodes. Ces évolutions augmentent la pression sur les exploitations agricoles. Dans un tel contexte, le fait de planter des arbres et des haies sur les terres cultivables présente des résultats prometteurs. Cela permet notamment d’augmenter la robustesse des exploitations. 

Le travail de master de Tomansi Rickli explore la place de l’arbre dans le système agricole à travers le discours des agriculteur-rice-s jurassien-ne-s. «Je me suis penché sur la perception et les représentations de l’arbre par les agriculteur-rice-s et sur la façon dont ces représentations influencent leurs pratiques». 

Les pâturages boisés

La région du Jura suisse comme terrain d’étude présente plusieurs qualités. D’une part cette zone a été moins étudiée en termes d’agroforesterie, ce qui permet d’ajouter de nouvelles données. D’autre part, l’angle d’étude sur les représentations permet de mieux saisir et analyser les attentes des argiculteur-rice-s et l’importance des dimensions sociales, symboliques, écologiques et politiques qui participent à l’intégration des arbres dans les cultures. 

De plus, la région est marquée par la présence historique d’une forme ancienne d’agroforesterie, les pâturages boisés. Pourtant, dans le Jura comme dans d’autres zones de la Suisse, un grand nombre d’arbres a été arraché lorsque l’agriculture s’est modernisée, notamment pour faciliter le passage des machines et rationaliser le travail. 

Repenser les pratiques

«Cette recherche met en avant le savoir et l’expérience des agriculteur-rice-s, qui sont parfois mis-es au second plan», commente Tomansi Rickli. En effet dans son travail de recherche, on constate que pour les agriculteur-tice-s interrogé-e-s, il est essentiel de créer des systèmes adaptés aux conditions des exploitations. Des solutions sur mesure, en quelque sorte, car en fonction du type de sol, de l’altitude ou encore de l’orientation des parcelles, les solutions doivent être adaptées. Chez certain-e-s, il y a une volonté de procéder à des tests en plantant différentes essences d’arbres et d’observer quelles combinaisons sont les plus bénéfiques pour leurs exploitations. 

Pour son mémoire, Tomansi Rickli a travaillé en collaboration étroite avec le Centre d’excellence et de compétence pour le développement de systèmes agroécologiques durables dans l’Arc jurassien dans un contexte de changement climatique (CEDD-Agro-Eco-Clim). Ce centre a été créé par la Fondation Rurale Interjurassienne et l’UniNE, qui ont joint leurs forces afin d’accompagner les régions rurales et les acteur-ices des filières agricoles du Jura et du Jura bernois dans leur adaptation aux enjeux environnementaux et sociaux contemporains. Le centre est impliqué dans le projet Agro4esterie, qui vise à promouvoir la pratique de l’agroforesterie moderne, notamment via une démarche participative.

Et Tomansi Rickli de terminer: «Plusieurs éléments viennent conclure mon travail de recherche. L’utilisation d’arbres est une pièce dans le vaste puzzle de la durabilité et les arbres s’intègrent dans une vision à long terme, car certain-e-s cherchent à rendre leur exploitation plus résiliente et autonome. L’accompagnement des agriculteur-rice-s dans l’intégration de pratiques nouvelles pourrait être repensé. Enfin, l’importance de rendre l’agroforesterie plus visible a émergé. Cela pourrait prendre forme notamment à travers des labels, des subventions, etc. pour permettre à cette pratique de se démocratiser.»