Honorary doctors

  • 2016 - Florence Aubry Girardin

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    Après des études de droit à Neuchâtel suivies d'un brevet d'avocat à Genève, Mme Florence Aubry Girardin a obtenu son doctorat en 1995 à l'Université de Genève, tout en y assurant une charge d'enseignement. Engagée comme greffière au Tribunal fédéral, elle a présidé la Commission fédérale de recours en matière d'assurance-accidents de 1996 à 2006, puis est devenue juge au Tribunal administratif fédéral. En 2008, elle a été élue juge au Tribunal fédéral, à la deuxième Cour de droit public. Spécialiste du droit du travail, Mme Florence Aubry Girardin collabore étroitement avec le Centre d'étude des relations du travail de l'Université de Neuchâtel (CERT). Auteure de nombreuses publications sur des thèmes de sécurité sociale, égalité, droit des migrations, droit pénal, droit public économique ou droit fiscal ainsi que sur la procédure fédérale, elle est également membre du jury de la Swiss Moot Court, vice-présidente du Comité de la Fondation Walther Hug et membre du Conseil de l'Institut suisse de droit comparé.

    Laudatio de Mme Florence Aubry Girardin, Dr h. c. Dies Academicus 2016

    Pour rédiger une laudatio, nous guettons un signe venant des filles de Mnémosyne. Nous interpellons Polymnie. Mais, parfois, contre toute attente, c’est Fortuna qui, le temps d’un regard, nous oriente vers ces coïncidences si révélatrices du travail et de l’engagement d’une personne. Je me demande si ce n’est pas ce qui m’est arrivé lorsque j’ai fait le lien entre la dernière publication et la dernière conférence de Mme la Juge fédérale Florence Aubry Girardin, en 2016, et dont voici le titre : Les problèmes qui se posent aux juges lors de l'application de la loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes.

    Je pense que nous pouvons trouver dans cet intitulé l’essentiel de ce qui nous vaut la présence de Mme Florence Aubry Girardin parmi nous, aujourd’hui.

    D’abord, Mme Florence Aubry Girardin est une Juge fédérale. Et quel parcours pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui : Juge à la Cour suprême de notre pays ! En effet, née le 10 mai 1964, originaire du Noirmont et du Bémont (JU), mariée et mère deux enfants (aujourd’hui majeurs), Mme Florence Aubry Girardin a accompli, de 1983 à 1987, ses études de droit au sein de notre Alma mater. Après son brevet d’avocate à Genève, son diplôme d’études supérieures, son doctorat et une année d’activité en qualité de chargée d’enseignement, à l’Université de Genève, elle a travaillé pendant un peu plus de dix années comme Greffière au Tribunal fédéral. En parallèle à ce travail, elle était Présidente de la Commission fédérale de recours en matière d'assurance-accidents (de 1996 à 2006), Juge auprès de la Commission de recours du Tribunal fédéral (2002-2005) et Juge au Tribunal neutre du canton de Vaud (2005-2006). C’est en 2007 qu’elle a été élue, d’abord comme Juge au Tribunal administratif fédéral puis couronnement suprême, le 3 octobre 2007, en qualité de Juge au Tribunal fédéral. Voilà pour la Juge fédérale.

    Ensuite, Mme Aubry Girardin est une Juge fédérale qui s’interroge sur des problèmes de son temps. Et on sait (ô) combien sa contribution va au-delà de cette question si essentielle de l’égalité entre femmes et hommes. De mémoire de juriste, on n'a jamais vu une personne qui se meut avec une telle aisance et élégance dans les différents territoires du droit : la procédure, le droit social, le droit pénal, le droit fiscal ou encore le droit de la concurrence et celui des marchés publics. A bien des égards, l’approche globale et rigoureuse du droit de Mme Florence Aubry Girardin lui vaut l’admiration de tous.

    En troisième lieu, le titre de la publication et conférence évoqué plus haut révèle une autre dimension de la personne que nous honorons aujourd’hui : Mme Aubry Girardin, non seulement dit le droit comme Juge fédérale, mais elle publie et donne des conférences, en Suisse et à l’étranger. Elle entretient des liens étroits avec notre faculté. Elle a participé à une rencontre organisée par l’Association neuchâteloise des étudiants en droit ou encore à des colloques organisés par nos professeurs, en droit des personnes étrangères et en droit de l’égalité entre femmes et hommes. Par ses publications et conférences, Mme Florence Aubry Girardin se met au service de la société civile. Elle se fait proche des gens. Et Dieu sait si, de nos jours, cette proximité contribue, de façon décisive, à préserver la confiance que les uns et les autres ont à l’égard de nos institutions.

    Mme Florence Aubry Girardin, c’est pour moi un privilège et un grand honneur de participer à cette cérémonie du dies academicus lors de laquelle vous recevrez le doctorat honoris causa que l’Université de Neuchâtel a le plaisir de vous remettre.

    Je tiens à vous exprimer toute notre reconnaissance pour les liens que vous avez su si admirablement tisser entre le travail judiciaire, la réflexion doctrinale et la pratique du droit, ainsi que pour votre engagement exemplaire en faveur du partage du savoir.

    J’ai cherché dans la mythologie pour savoir s’il existe une déesse du lien. Je n’ai rien trouvé. Mais peu importe. Vous êtes là. Vous incarnez le travail du lien. Et cela me suffit amplement.

    Merci de la personne vous êtes et de ce que vous faites.

    Prof. Minh Son Nguyen, assesseur du Décanat de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 29 octobre 2016

  • 2015 - James Richard Crawford

    M. James Crawford AC, SC, FBA est juge à la Cour internationale de justice. Durant sa carrière, il a occupé la chaire Whewell de droit international à l'Université de Cambridge, et il a été professeur aux Universités D'adelaide, Sydney et La Trobe (Melbourne) en Australie ainsi qu'à l'Université de Xi'an Jiotong en Chine. Il a été le premier membre australien de la Commission du droit international des Nations Unies (CDI). A ce titre, il était responsable des travaux de la CDI sur la Cour pénale internationale et de la seconde lecture des articles sur la responsabilité des Etats. En plus de ses contributions scientifiques sur l'Etat, les droits collectifs, le droit d'investissement et la responsabilité internationale, il a agi en tant que conseiller, expert ou arbitre dans plus de 100 litiges. En 2012, l'American Society of International Law lui a décerné sa plus haute distinction, la Médaille Hudson, en récompense de ses compétences scientifiques et ses efforts visant à promouvoir des relations internationales basées sur le droit et la justice.

    Laudatio de M. James Richard Crawford, Dr h. c. Dies Academicus 2015

    Le professeur James Richard Crawford est né en 1948 à Adelaide en Australie.

     
    Comme beaucoup de juristes de tradition anglo-américaine, le professeur Crawford porte derrière son nom toute une série de titres parfois difficilement déchiffrables pour les juristes continentaux. En l’occurrence, il s’agit de «A.C.», de «S.C.» et de «F.B.A.».
    ·               «A.C.» signifie «Companion of the Order of Australia », titre qui distingue une personne pour ses mérites extraordinaires dans ses services rendus à l’Australie et à l’humanité toute entière. Le professeur Crawford a reçu cette distinction en 2013.
    ·               «S.C.» est l’abréviation de «Senior Counsel», c’est-à-dire avocat principal, en l’occurrence à la Cour suprême de New South Wales, depuis 1997.
    ·               «F.B.A.» (et non pas «FBI»!) veut dire «Fellow of the British Academy », une distinction que l’Académie accorde à des scientifiques pour leur excellence dans les sciences humaines.
     
    Avant de recevoir ces honneurs et distinctions, le professeur Crawford a fait des études d’anglais, d’histoire et de politique à l’Université d’Adelaide et un doctorat en philosophie à l’Université d’Oxford.
    M. Crawford est professeur de droit international. Il l’a été à l’Université d’Adelaide de 1983 à 1986, à l’Université de Sydney de 1986 à 1992, à l’Université de Cambridge de 1992 à 2015, à l’Université de La Trobe à Melbourne de 2011 à 2014 et à l’Université de Xi’an Jiaotong en Chine depuis 2013.
     
    Le professeur Crawford a aussi participé à des projets législatifs d’importance planétaire. Il a ainsi été le premier membre australien de la Commission du droit international des Nations Unies. En cette qualité, il a été responsable des travaux relatifs à la création de la Cour pénale internationale (1994) et aux articles sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite (2001). Ces deux projets législatifs avaient été discutés pendant des décennies au sein des Nations Unies. C’est seulement sous la responsabilité du professeur James Crawford que ces projets ont pu être finalisés et par la suite adoptés sous forme de résolutions par les Nations Unies.
     
    A côté de ses activités de professeur et de législateur, M. Crawford est également admis comme avocat en Angleterre, plus précisément en tant que membre du Gray’s Inn, qui est une des quatre associations professionnelles d’avocats à Londres. Il est également un membre fondateur de Matrix Chambers, une étude d’avocats étant rattachée au Gray’s Inn.
    En tant que conseil, témoin expert, juge et arbitre, il a été impliqué dans plus de 100 affaires. Il a notamment plaidé à maintes reprises devant la Cour internationale de Justice dans des affaires politiquement très sensibles comme celle qui a opposé la Croatie à la Serbie relative à l’application de la Convention pour la prévention et la répression du génocide, l’affaire des essais nucléaires entre la Nouvelle-Zélande et la France ou encore l’affaire des conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le Territoire palestinien occupé.
     
    M. Crawford, c’est pour moi un privilège et un grand honneur de participer à cette cérémonie du dies academicus lors de laquelle vous recevrez le doctorat honoris causa que l’Université de Neuchâtel a le plaisir de vous remettre.
     
    Cedies academicus a comme thème général «Les défis de la diversité». Qui mieux que vous pourrait incarner ce sujet ? La diversité entre Etats amène certains d’entre eux à commettre des crimes contre d’autres. En l’absence d’un gouvernement mondial, seul le droit international public permet d’appréhender ces crimes et ainsi de relever les défis de la diversité au niveau mondial. C’est précisément sur ce point que votre engagement et votre œuvre représentent une valeur inestimable pour l’humanité toute entière !
     
    Christoph Müller,
    Doyen de la Faculté de droit
     
    Neuchâtel, le 18 août 2015
  • 2014 - Didier Burkhalter et Thomas Björn Zeltner

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    Président de la Confédération pour l'année 2014, M. le Conseiller fédéral Didier Burkhalter est diplômé de la Faculté de droit et des sciences économiques de l'Université de Neuchâtel. Après ses études, il devient rédacteur économique avant de se consacrer à la politique dont il gravit tous les échelons. Il accède au secrétariat cantonal puis au secrétariat romand du parti radical et est élu député au Grand Conseil et membre du Conseil exécutif de la Ville de Neuchâtel dont il assume la présidence à trois reprises entre 1994 et 2002. Conseiller national à partir de 2003, puis Conseiller aux Etats en 2007, il succède en 2009 à Pascal Couchepin au Conseil fédéral. Il prend tout d'abord la direction du Département fédéral de l'intérieur (DFI), puis celle du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) depuis 2012. En 2014, en sa qualité de chef du DFAE, il assume aussi la présidence de l'OSCE.

    Laudatio de M. Didier Burkhalter, Dr h. c. Dies Academicus 2014

    Il y a un peu plus de trente ans, un jeune et brillant diplômé de la Faculté de droit et de sciences économiques de l'Université de Neuchâtel faisait une entrée discrète sur le marché du travail. Passionné par les questions économiques et politiques, il cherche tout d'abord à parfaire ses connaissances linguistiques, puis exerce ses talents de rédacteur à la Société pour le développement de l'économie suisse à Genève. Il accède ensuite au secrétariat cantonal du parti radical en 1986, puis au secrétariat romand en 1988, tout d'abord à mi-temps, puis à plein temps. La mise en jambe étant alors terminée, Didier Burkhalter va pouvoir passer à la vitesse supérieure. Et comme tous ceux qui l'ont croisé sur un terrain de football pourront vous le confirmer, les accélérations, ça le connaît !

    C'est tout d'abord un parcours exemplaire sur le plan cantonal. Député au Grand Conseil et membre du Conseil exécutif de la Ville de Neuchâtel, dont il assume la présidence à trois reprises entre 1994 et 2002, il s'acquitte avec maestria des tâches qui lui sont confiées. Alliant le calme à la détermination, il s'attele à des dossiers complexes, tels que la rénovation de la gare, l'Exposition nationale, le nouvel hôpital ou le complexe de la Maladière. Il sait écouter, analyser, trancher et mettre en oeuvre avec une grande efficacité.

    Les qualités de cet homme de réflexion et d'action deviendront vite reconnues au-delà de nos frontières, qu'elles soient cantonales ou fédérales. Conseiller national à partir de 2003, puis Conseiller aux Etats en 2007, il réplique avec brio le sans faute au niveau fédéral. Son engagement, sa finesse d'analyse et sa vocation de rassembleur en font un candidat idéal pour succéder à Pascal Couchepin lorsque ce dernier prend sa retraite politiquer en 2009. Il prend tout d'abord la direction du Département fédéral de l'intérieur, de 2009 à 2011, puis celle du Département fédéral des affaires étrangères à partir de 2012.

    Il assume pour la première fois la présidence de la Confédération helvétique en janvier 2014, conjointement avec celle de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. Les défis sont énormes, mais comme on l'aura compris Didier Burkhalter n'est pas homme à baisser les bras, et cela fait plus de trente ans qu'il s'y prépare. Là encore, l'énergie, les compétences et le pragmatisme de notre jeune diplômé devenu homme d'Etat font merveille. Avec flegme et courtoisie, il s'ouvre à l'autre, explique autant qu'il cherche à convaincre, et tente toujours de proposer des solutions équilibrées et conformes aux règles du droit national et international.

    Nul doute que la trajectoire de cette étoile montante de la politique suisse et internationale ne s'arrêtera pas là. Cela rend d'autant plus remarquable, et pour tou dire exceptionnelle, sa présence parmi nous aujourd'hui. Cela en dit aussi long sur les qualités de l'homme, et les valeurs qu'il défend. Car si Didier Burkhalter peut si sereinement faire face aux tourmentes de la politique étrangère, c'est que ses racines sont solides et profondes. Elles se sont fortifiées au travers des multiples responsabilités qu'il a assumées au cours des trois dernières décennies, et qui lui ont valu la confiance des électeurs, l'estime de ses collègues et le respect de ses adversaires. Profondément épris des valeurs et des contraintes dérivant de la démocratie directe, il les défend avec naturel et conviction, tel le sang qui coule dans le corps des Helvètes, ainsi qu'il l'a si judicieusement fait remarquer à son homologue allemand lors de la visite officielle de ce dernier en février 2014.

    C'est aussi un homme authentiquement discret. Toujours mesuré, précis et pondéré, il excelle tout en restant modeste, ce qui a le don d'agacer ceux qui aimeraient tant le voir déraper un jour, ou dévoiler des aspects moins lisses de sa personnalité. Cela peut le faire paraître parfois un peu terne aux yeus de certains. Mais pour tous ceux qui prennent le temps de le lire ou de l'écouter attentivement ce ne sont que des preuves additionnelles, si besoin était, de la sincérité et de la profondeur de son action.

    Revenons pour conclure à ce jeune homme qu'il a été et qu'il demeure dans l'âme, et aux liens qui l'unissent à notre alma mater. Il a gardé de ses études de vibrants souvenirs, qui l'ont persuadé de l'importance et de la chance que constitue une éducation universitaire dans un itinéraire de vie. Tout comme son humilité, son intérêt pour les nouvelles générations et pour la qualité de leur formation est profondément sincère. Il découle d'une analyse raisonnée des facteurs qui importent le plus pour assurer la qualité de vie des citoyens de notre pays. Ses liens avec l'Université de Neuchâtel sont donc étroits. Ses propres enfants ont étudié dans nos murs, et il nous a aussi fait l'honneur et l'amitié d'allocutions très suivies lors du Dies Academicus 2010 et de la remise des diplômes de la FSE en 2008. A l'occasion de cette dernière, il nous a livré son témoignage personnel sur les sentiments contradictoires qui animent celui qui vient de terminer ses études. Se rappelant de ce passage délicat, où la sensation grisante de pouvoir enfin lâcher la bride se mêle à l'appréhension de ne pas savoir ce que le chemin nous réserve au prochain contour, Didier Burkhalter, fidèle à lui-même, nous a démontré que cette contraction n'est qu'apparente, car, pour reprendre ses propres termes :

    « La liberté seule et momentanée prend vite des allures d'égoïsme et de vanité, de trompe-l'oeil. Elle ne vaut vraiment que lorsqu'elle est accompagnée de responsabilité, d'ouverture aux autres, et de ce partenariat qui fait la force. »

    Nul autre que lui n'aurait su décrire avec tant de justesse la profession de foi qui a été la sienne tout au long de son parcours exemplaire. Le chemin est sans doute encore long, et semé d'embûches, mais nous sommes heureux et fiers de pouvoir le partager avec lui. Nous tenons à lui rendre hommage, pour cette leçon permanente d'optimisme, de professionnalisme et d'humanité qu'il nous prodigue, et pour la sincérité de son engagement.


    Jean-Marie Grether,

    Doyen de la Faculté des sciences économiques

     

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    Juriste et docteur en médecine, M. Thomas Björn Zeltner a été professeur de santé publique à l'Université de Berne. En 1991, à 44 ans, il est nommé par le Conseil fédéral directeur de l'Office fédéral de la santé publique, poste qu'il a marqué de son empreinte pendant 18 ans, au point d'être considéré comme le ministre suisse de la santé de l'époque. Durant cette période, il a confié de nombreux mandats au professeur Olivier Guillod et à l'Institut de droit de la santé, établissant ainsi des liens étroits avec l'Université de Neuchâtel où il est régulièrement invité comme enseignant dans le programme de formation continue en droit de la santé. Envoyé spécial du Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), il poursuit par ailleurs son engagement en faveur de la promotion d'une santé publique respectueuse des droits humains.

    Laudatio de M. Thomas Björn Zeltner, Dr h. c. Dies Academicus 2014

    Monsieur Thomas Zeltner, né à Berne en 1947, possède une double formation en médecine et en droit suivie à l’Université de Berne. Il a complété sa formation notamment en santé publique à l’Université de Harvard aux Etats-Unis.

    Il a aussi mené une double carrière reflétant cette double formation:

    • d’une part, une carrière académique à l’Université de Berne, dans plusieurs départements de la Faculté de médecine, couronnée par le titre de professeur de santé publique ;
       
    • d’autre part, une carrière politique, menée partiellement en parallèle: à 44 ans, M. Zeltner a été nommé par le Conseil fédéral directeur de l’Office fédéral de la santé publique. Pendant dix-huit ans, il a marqué ce poste de son empreinte, au point d’être considéré en quelque sorte comme le ministre suisse de la santé de l’époque.

    Dans sa carrière académique, M. Zeltner est l’auteur de quelques dizaines de publications scientifiques, notamment dans le domaine de la santé publique.

    Dans sa carrière au service de l’Etat, il a directement influencé la politique suisse de la santé dans les années 1990 et 2000 et façonné ainsi dans une large mesure la législation sanitaire actuelle. C’est par exemple sous la direction de M. Zeltner que la Suisse a développé - en 1991 - une toute nouvelle politique en matière de drogue qui a retenu l’attention du monde entier. Sa stratégie dite des quatre piliers combinait des actions dans la prévention, la thérapie, la réduction des risques et la répression. Le volet «réduction des risques» comprenait des mesures aussi révolutionnaires à l’époque que l’échange de seringues à grande échelle, y compris dans les prisons, et la prescription médicale d’héroïne pour les toxicomanes chroniques.

    A la demande du directeur de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), M. Zeltner a présidé, en 1999 et 2000, un Comité chargé d’examiner les activités des multinationales du tabac, plus précisément leurs tentatives de saboter les activités de l’OMS pour lutter contre le tabagisme. Le rapport rendu par ce comité a marqué le début des négociations pour la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte anti-tabac. Les inlassables efforts de M. Zeltner pour réduire la consommation de tabac en Suisse ont fait de lui un adversaire de choix des multinationales du tabac. Ils lui ont même valu le sobriquet de «the Tobacco Taliban», le taliban du tabac.

    Aujourd’hui, M. Zeltner assume, entre autres tâches, celle d’envoyé spécial de l’Organisation mondiale de la santé. Il conseille ainsi la Directrice générale de l’OMS, Madame Margaret Chan, sur des questions délicates en relation avec la réforme en cours de l’OMS; par exemple, comment l’OMS peut-elle collaborer avec des acteurs non étatiques (ONG et secteur privé) sans compromettre son intégrité? Comment peut-elle mieux gérer les priorités en fonction des ressources financières disponibles?

    M. Thomas Zeltner, c’est pour moi un privilège et un grand honneur de participer à cette cérémonie du dies academicus lors de laquelle vous recevrez le doctorat honoris causa que l’Université de Neuchâtel a le plaisir de vous remettre.

    Vous avez tissé et entretenu des liens professionnels et amicaux avec plusieurs collègues de la Faculté de droit de l’Université de Neuchâtel, notamment à travers l’Institut de droit de la santé.

    Durant la période où vous dirigiez l’Office fédéral de la santé publique, de 1991 à 2009, vous avez fait appel à de nombreuses reprises à l’Institut de droit de la santé et son directeur, le professeur Olivier Guillod. Vous sollicitiez leur avis de spécialistes non seulement sur des questions juridiques précises, mais aussi sur des problèmes législatifs plus généraux.

    Vous avez eu raison de leur faire confiance. Ce n’est pas pour rien que l’Institut de droit de la santé est aujourd’hui reconnu par le Rectorat comme un centre d’excellence de notre Université, c'est-à-dire un centre de compétences qui contribue au rayonnement national et international de notre alma mater. Et depuis votre retraite bien méritée de l’Office fédéral de la santé publique, c’est l’Institut qui vous sollicite pour enseigner dans son programme de formation continue en droit de la santé.

    M. Zeltner, votre parcours montre l’exemple d’une personne qui a oeuvré inlassablement pour une politique nationale et internationale de la santé publique qui soit respectueuse des droits humains. En vous remettant aujourd’hui le titre de docteur honoris causa, l’Université de Neuchâtel souhaite vous remercier de votre engagement en faveur de la promotion de la santé. Nul doute que votre parcours est une source d’inspiration pour nos étudiantes et étudiants.

    Christoph Müller,

    Doyen de la Faculté de droit

  • 2011 - Giorgio Malinverni

    Professeur honoraire de la Faculté de droit de l'Université de Genève, Juge auprès de la Cour européenne des droits de l'Homme à Strasbourg, M. Giorgio Malinverni est une figure marquante du droit constitutionnel et du droit international. En 40 ans d'enseignement et de recherche universitaire, il a formé et transmis son savoir à des générations d'étudiants. Durant sa carrière, M. Malinverni a oeuvré inlassablement pour le respect des droits de l'Homme et de la démocratie, en se consacrant en particulier à la protection des minorités nationales, des libertés et des droits économiques sociaux et culturels. Nombreuses et importantes sont les fonctions qu'il a occupées. Quelques exemples : juriste auprès du Comité international de la Croix-Rouge, membre et vice-président de la Commission de Venise, conseiller international auprès de la Cour constitutionnelle de Croatie.

    Les liens tissés entre le Professeur Malinverni et l'Université de Neuchâtel ont perduré après son accession à la Cour européenne des droits de l'Homme. En sa qualité de Juge au titre de la Suisse, il y a régulièrement accueilli les étudiants de la Faculté de droit, dans le cadre du « Séminaire de Strasbourg ».

    Laudatio de M. Giorgio Malinverni, Dr h. c. Dies Academicus 2011

    M. Malinverni, c’est pour moi un privilège et un grand honneur de participer à cette cérémonie du Dies academicus lors de laquelle vous recevrez le Doctorat honoris causa que l’Université de Neuchâtel souhaite vous décerner, sur proposition de la Faculté de droit.

    Vous avez quitté votre Tessin natal pour étudier à la Faculté de droit de l’Université de Fribourg, au sein de laquelle vous avez obtenu votre licence en droit en 1965. Vous avez ensuite rejoint l’Université de Genève pour rédiger votre doctorat en droit et y avez travaillé comme assistant et professeur assistant, avant d’y être nommé professeur ordinaire de droit constitutionnel en 1980.

    Durant votre carrière, vous avez occupé de nombreuses fonctions très importantes. Je me permets d’en mentionner trois qui sont dignes d’être relevées :

    • la fonction de vice-président de la Commission européenne pour la  démocratie par le droit du Conseil de l’Europe, plus connue sous le nom de  « Commission de Venise » ;
    • la fonction de membre du Comité des droits économiques, sociaux et culturelsdes Nations Unies ; et
    • la fonction très prestigieuse de juge auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg, pendant ces cinq dernières années.

    Depuis de nombreuses années, vous avez tissé des liens professionnels et d’amitié avec plusieurs collègues de la Faculté de droit de l’Université de Neuchâtel. Ces liens sont nés alors que vous étiez encore professeur de droit constitutionnel à l’Université de Genève et ont perduré après votre accession à la Cour européenne des droits de l’Homme.

    En votre qualité de Juge au titre de la Suisse, vous y avez régulièrement accueilli les étudiantes et les étudiants de notre Faculté, lors de leur traditionnelle visite annuelle à Strasbourg dans le cadre du séminaire dit « de Strasbourg ». Vous avez toujours trouvé la disponibilité nécessaire pour vous entretenir avec eux et votre extrême amabilité a laissé un souvenir émerveillé dans leur cœur. Bien qu’appelé à assumer de hautes fonctions, vous êtes ainsi resté attaché aux valeurs de l’amitié et de la pédagogie, si chères à votre vocation première de professeur.

    Vos enseignements auront marqué des générations d’étudiants que vous avez formés. Vous avez su les sensibiliser aux droits de l’Homme et éveiller leur esprit critique durant les quarante années que vous avez passées à la Faculté de droit de l’Université de Genève.

    Vous avez aussi œuvré inlassablement pour le respect des droits de l’Homme et de la démocratie, en vous consacrant en particulier à la protection des minorités nationales, des libertés et des droits économiques sociaux et culturels. Votre parcours remarquable fait de vous l’un des plus dignes ambassadeurs de ces valeurs, dans notre pays comme à l’étranger.

    Vous êtes une source d’inspiration non seulement pour les étudiants, mais aussi pour vos collègues qui ne peuvent être qu’impressionnés par votre carrière exceptionnelle et la richesse de votre savoir.

    Cet esprit à la fois scientifique et humaniste, vous avez naturellement su le transmettre et le faire partager au travers de nombreuses contributions en droit constitutionnel et en droits de l’Homme qui font référence et ont contribué à votre rayonnement. On peut mentionner à ce titre notamment le Traité de droit constitutionnel, dont vous êtes le co-auteur et qui en est déjà à sa troisième édition. Cet ouvrage remarquable sert de base en droit constitutionnel pour de nombreux étudiants en Bachelor et est également extrêmement utile pour les praticiens.

    Je ne saurais conclure cette allocution sans vous remercier pour votre engagement sans faille, tant pour les étudiants que pour les droits de l’Homme.   

    Florence Guillaume,

    Doyenne de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 11 octobre 2011

     

  • 2010 - Gilles Petitpierre

    Professeur honoraire à la Faculté de droit de l'Université de Genève, ancien conseiller national, ancien conseiller aux Etats (où il a présidé la Commission de la science, de l'éducation et de la culture), ancien membre de l'assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe, M. Petitpierre est honoré pour sa carrière exceptionnelle, son rayonnement national et ses idées novatrices et en avance sur leur temps concernant tant l'écologie que la réforme des institutions de la Confédération (en 1990, il dirigea avec René Rhinow le groupe de travail « Structures de direction de la Confédération »).

    M. Petitpierre a effectué ses études universitaires à la Faculté des lettres de l'Université de Neuchâtel où il a obtenu une licence ès lettres et à l'Université de Genève où il a obtenu son doctorat en droit.

    Laudatio de M. Gilles Petitpierre, Dr h. c. Dies Academicus 2010

    M. Gilles Petitpierre, né le 22 janvier 1940, est originaire de Couvet. Il est le fils de Max Petitpierre, conseiller fédéral de 1945 à 1961, dirigeant le département politique (affaires étrangères), et le neveu de Denis de Rougemont. Sa femme, Anne Petitpierre-Sauvain, est avocate et professeure à la faculté de droit de l’Université de Genève.

    M. Gilles Petitpierre effectue ses études supérieures à la faculté des lettres de l’Université de Neuchâtel où il obtient une licence ès lettres et à l’Université de Genève où il obtient un doctorat en droit. Il est ensuite nommé professeur ordinaire à la faculté de droit de l’Université de Genève, fonction qu’il occupe de 1978 à 2005.

    M. Petitpierre est l’auteur de nombreuses publications de référence portant notamment sur la partie générale du droit des obligations ainsi que sur la réforme des institutions. M. Petitpierre a formé des générations de juristes, les initiant aux subtilités du droit des obligations. « Docendo discimus », « en enseignant, nous apprenons », selon le titre de la leçon d’adieu prononcée par M. Petitpierre.

    Plusieurs de ses élèves sont devenues professeures dans diverses facultés de droit. Il a certainement appris avec joie et satisfaction que l’une de ses dernières doctorantes, Madame Anne-Sylvie Dupont, auteure d’une thèse remarquable sur le dommage écologique, vient d’être nommée chargée d’enseignement dans notre faculté, responsable de l’enseignement de droit des assurances sociales.

    Parallèlement à sa carrière académique, M. Petitpierre exerce des mandats politiques importants au Parlement fédéral, comme conseiller national de 1979 à 1991, puis comme conseiller aux Etats de 1991 à 1995. Au Conseil des Etats, il préside la commission de la science, de l’éducation et de la culture. En 1990, il dirige avec son collègue René Rhinow le groupe de travail « Structures de direction de la Confédération », participant ainsi activement à la réflexion sur la réforme des institutions de notre pays. M. Petitpierre est un parlementaire respecté et influent. Il siège également à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

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    M. Petitpierre, c’est un honneur pour moi de participer à cette cérémonie du dies academicus lors de laquelle il vous sera remis dans quelques instants le titre de docteur en droit honoris causa de l’Université de Neuchâtel.

    Vous faites partie de ces rares personnes qui allient le sens de l’Etat et de l’intérêt général, le respect des autres et la modestie, une parfaite intégrité, une sincère conscience sociale ainsi qu’un esprit ouvert et visionnaire.

    Vous avez été de tous les combats qui honorent le juriste, que cela soit l’égalité des droits entre femmes et hommes, la refonte du droit matrimonial, le développement des énergies renouvelables, l’intégration européenne et bien sûr la réforme des institutions.

    J’espère, cher M. Petitpierre, que vous ne m’en voudrez pas de conclure cette brève allocution en vous citant :

    « Paul Valéry qui a le don de la lucidité a écrit :

    « Ce qui est simple est toujours faux ; ce qui ne l’est pas est inutilisable » (tiré de Mauvaises pensées et autres, Paris 1942).

    Que cela ne nous empêche pas [et je vous cite] de chercher infatigablement la voie entre ces deux échecs (l’erreur et l’inutilité) pour mettre en œuvre un droit praticable aussi juste que pourra l’être une création humaine » (Gilles Petitpierre, Docendo discimus, leçon d’adieu prononcée le 10 juin 2005, in : Le législateur et le droit privé, Colloque en l’honneur du professeur Gilles Petitpierre, Genève/Zurich/Bâle 2006, p. 237).

    Jean-Philippe Dunand, doyen de la faculté de droit

    Neuchâtel, le 6 novembre 2010

  • 2009 - Robert Badinter

    Avocat au barreau de Paris et homme politique, M. Robert Badinter lie son nom à la défense de causes célèbres, comme celle de M. Patrick Henry. Militant pour les droits de l'Homme, il entre au parti socialiste dès 1971. Nommé garde des Sceaux et ministre de la Justice durant le premier septennat de François Mitterand, il fait voter par l'Assemblée nationale l'abolition de la peine de mort le 9 octobre 1981. Il est également à l'origine d'autres mesures telles que l'abrogation du délit d'homosexualité, la suppression de la Cour de sûreté de l'Etat et des tribunaux permanents des forces armées, l'élargissement du droit d'action des associations pour la poursuite des crimes contre l'Humanité et des infractions racistes. De 1986 à 1995, il préside le Conseil constitutionnel et dirige la commission d'arbitrage de la CEE sur la question yougoslave. Auteur de nombreux essais historiques et politiques, il est une référence pour tous les étudiants en droit pénal grâce à la rigueur de son argumentation privée de toute démagogie.

    Laudatio de M. Robert Badinter, Dr h. c. Dies Academicus 2009

    Selon l’auteur américain Robert Half, « La persévérance, c’est ce qui rend l’impossible possible, le possible probable et le probable réalisé ».

    Vous avez fait preuve d’une persévérance remarquable, M. Badinter, lorsqu’au mois de septembre 1981, en votre qualité de Garde des Sceaux, vous avez présenté devant l’Assemblée nationale, puis le Sénat, le projet de loi visant à l’abolition de la peine de mort en France. Nous étions derrière notre petit écran pour suivre le premier débat intégralement retransmis à la télévision. Nous nous souvenons encore tous de votre discours que vous avez ponctué par cette phrase exceptionnelle de gravité et d’éloquence : « Demain, grâce à vous, la justice française ne sera plus une justice qui tue ».

    « Eternel avocat des causes désespérées », selon vos propres termes, vous serez associé à jamais à l’abolition de la peine de mort en France. On trouve dans votre démarche toutes les qualités d’un grand homme :

    • La persévérance nous l’avons dit puisque vous étiez l’un des principaux animateurs, depuis plus  d’une décennie, du parti abolitionniste ;
    • le courage, dans un pays dans lequel la grande majorité de l’opinion publique était favorable à la peine de mort et dans lequel vous-même et votre famille receviez presque quotidiennement des menaces de mort ;
    • la force de conviction, basée sur la qualité de l’argumentation et le refus de toute démagogie ;
    • et enfin, l’éloquence, fondée sur le choix et la connaissance de la valeur des mots, sur la clarté de la démonstration.

    Durant cette période, vous avez conduit une politique active de promotion des libertés publiques. Vous avez supprimé les juridictions d’exception et fait adopter des lois accordant de nouveaux droits aux victimes.

    Certes, la plupart de nos étudiants sont évidemment trop jeunes pour avoir suivi ces débats.

    Et pourtant, ils vous connaissent et vous admirent M. Badinter, vous qui êtes présent dans de nombreux enseignements donnés à la Faculté de droit. Vos idées, vos écrits, votre action, sont partie intégrantes de nos cours de droit pénal ; de droit pénal international, de criminologie ; de droit constitutionnel ; de rhétorique, et même du cours d’histoire du droit lorsque celui qui vous parle présente l’apport de Cesare Beccaria.

    On vous sait pudique, peu enclin à vous épancher sur votre vie privée. Il est toutefois remarquable que cette année-même où nous vous accueillons à Neuchâtel, deux biographies qui vous sont consacrées viennent de paraître de manière presque concomitante (Paul Cassia, Robert Badinter, Un juriste en politique et Pauline Dreyfus, Robert Badinter, L’épreuve de la justice) et deux téléfilms retraçant une partie de votre vie a été diffusé (L’Exécution et l’Abolition, de Jean-Daniel Verhaeghe diffusés sur France 2).

    Tributaire d’une histoire personnelle dramatique, victime de la barbarie nazie, votre père Simon ayant été arrêté et déporté, vous avez consacré votre existence à la lutte contre les discriminations, les racismes et les persécutions, au combat pour la vie et la dignité humaine.

    Partout et toujours, M. Badinter, vous avez été un fidèle serviteur de la Justice : comme avocat, comme Professeur à la faculté de droit ; comme Ministre de la Justice comme Président du conseil constitutionnel, et plus récemment comme sénateur. Vous avez également œuvré sur le plan international à la création du Tribunal International pour l’ex-Yougoslavie, de la Cour Pénale Internationale de la Haye, ainsi que de la Cour de Conciliation et d’Arbitrage de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, Cour que vous présidez depuis 1995.

    Toujours présent sur la scène politique, votre autorité et vos opinions sont respectées bien au-delà de votre camp politique.

    M. Badinter, c’est un grand honneur pour la Faculté de droit que vous soyez associé aux festivités du centième anniversaire de l’Université de Neuchâtel par la remise du titre de docteur en droit honoris causa.


    Jean-Philippe Dunand, doyen de la faculté de droit

    Neuchâtel, le 7 novembre 2009

  • 2008 - Kofi Annan

    Laudatio de M. Kofi Annan, Dr h. c. Dies Academicus 2008

    Certains récits sont de portée universelle, parce qu’ils sont exemplaires. Ainsi allez-vous reconnaître sans peine ce propos :

    La raison du plus fort est toujours la meilleure :

    Nous l'allons montrer tout à l'heure.

    Dans la fable du loup et de l’agneau, La Fontaine est sans illusion sur les rapports de force qui gouvernent le monde. Il dénonce le comportement odieux de celui qui est fort et puissant et qui, non content d’exercer sa force, sa puissance, voire sa violence, sur un plus faible que lui, prétend les justifier par des arguments spécieux : comble de perversité, il feint de devenir victime pour mieux pouvoir être bourreau. La formule se vérifie : lupus est homo homini, l’homme est un loup pour l’homme.

    *

    On le voit bien, seul un monde fondé sur la loi et son respect, sur l’éducation et le développement, permet d’adoucir le constat et de combattre les abus de force. Il faut donc un monde qui se réfère à des règles, acceptées par une majorité et appliquées à tous et par tous, même les plus puissants.

    Parmi vos grands mérites, Monsieur le Secrétaire général, nous voulons saluer celui d’avoir choisi le droit comme référence dans un monde régi essentiellement par des rapports de force et de pouvoir, d’avoir prôné , à l’ONU et dans le monde, avec conviction, continuité, courage et opiniâtreté, le respect de la justice, de la légitimité et de la légalité.

    Cette référence au droit et votre sensibilité envers les plus faibles, vous ont poussé à défendre le respect des droits de l’homme partout dans le monde et en toutes circonstances, à apporter une contribution essentielle à la lutte contre la culture de l’impunité : votre soutien sans faille a contribué à la création de la Cour pénale internationale.

    Cette référence au droit et votre sensibilité envers les plus faibles, vous ont également conduit à placer les plus riches face à leur devoir d’aider au développement des plus pauvres.

    *

    Excellence, vous avez fait comprendre à votre organisation et au monde que les droits de l’homme et le développement sont des facteurs indispensables au maintien de la paix et de la sécurité internationale. Et l’ONU a eu la sagesse de vous comprendre et vous a rejoint dans votre affirmation : « il ne faut pas oublier que tout commence par la torture d’une personne, par des mauvais traitements infligés à une personne, par la violation des droits humains d’un seul individu ». Ces violations individuelles ouvrent la porte à l’escalade des abus. Vous dénoncez aujourd’hui une « érosion du respect des droits de l’homme et des normes auxquelles nous tenons. Un nombre croissant de pays ont en effet tendance à sacrifier les droits de l’homme et les libertés civiles individuelles sur l’autel de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme. Or il n’y a pas de négociation possible entre ces droits et la sécurité.

    En avril 2000, vous avez invité les Etats membres à s’engager en faveur d’un plan d’action pour l’élimination de la famine et de la pauvreté extrêmes, pour la promotion de l’égalité, notamment des sexes et de l’éducation, pour le renforcement de la position des femmes, la réduction de la mortalité infantile et l’amélioration de la santé des mères, pour la réduction du sida, de la malaria et d’autres maladies, pour la préservation durable de l’environnement et la protection des peuples contre la violence et les conflits.

    Vous avez propagé dans le monde les valeurs universelles d’égalité, de tolérance et de dignité humaine augmentant le nombre de ceux qui y sont désormais sensibles.

    Vous avez réformé l’ONU.

    Mais, vous savez que ces succès sont souvent relatifs, que les rapports de force se manifestent malgré tout et que les intérêts des nations convergent pour le meilleur, mais aussi pour le moins bon et qu’il reste encore beaucoup à faire pour améliorer le fonctionnement de notre monde, malgré les efforts des Etats, des organisations, des privés et des ONG.

    *

    Vous êtes né à Kumasi (Ghana) où vous avez étudié à l’Université scientifique et technologique et vous avez achevé votre licence d’économie, à St. Paul dans le Minnesota. Vos attaches avec la Suisse viennent notamment des études de troisième cycle en économie faites à HEI, à Genève, et du fait que vous êtes entré dans le système des Nations Unies par l’OMS, toujours à Genève. Vous avez complété votre formation au MIT (Massachusetts Institute of Technology).

    En 2001, vous avez reçu le Prix Nobel de la Paix, parce que le Comité Nobel a reconnu que votre rôle avait été déterminant pour insuffler une nouvelle vie à l’Organisation.

    Vous parlez couramment l’anglais, le français et plusieurs langues africaines et vous avez créé en 2007 à Genève la fondation Kofi Annan dont les buts, exclusivement caritatifs, comprennent en particulier la réduction de la pauvreté et de la famine, l'amélioration de l'éducation des femmes, la promotion d'une agriculture durable et de la santé publique dans les pays en voie de développement.

    *

    Mais alors, outre les qualités humanistes qui sont les vôtres, quels liens personnels avez-vous avec Neuchâtel ? Les liens du cœur. Vous êtes marié à une juriste et artiste suédoise, prénommée Nane, dotée d’un très beau talent, en particulier dans le domaine de la peinture, très engagée comme vous dans la lutte contre le sida et en faveur de l’éducation des femmes. Nous savons le rôle remarquable qu’elle joue auprès de vous, avec beaucoup d’intelligence, de délicatesse et d’affection. Or, la mère de votre femme est née von Dardel, patronyme historiquement originaire de Saint-Blaise.

    Comme aujourd’hui nous avons le plaisir d’avoir également votre Ami, le Conseiller fédéral Adolf Ogi, qui a tenu à être présent, permettez-moi de conclure, Monsieur le Secrétaire général, en lui faisant un petit clin d’œil : « c’est formidable que vous ayez accepté d’être docteur honoris causa de l’Université de Neuchâtel ».

    Piermarco Zen-Ruffinen, doyen de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 1er novembre 2008

  • 2006 - Giuliano Amato

    Laudatio de M. Giuliano Amato, Dr h. c. Dies Academicus 2006

    Né à Turin à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Giuliano Amato entreprend de brillantes études de droit à l’Université de Pise, où il obtient sa licence en 1960, avant de compléter sa formation à la « School of Law » de l’Université de Columbia, à New York, dont il décroche un master en droit compa-ré en 1962.

    Eminent juriste, Giuliano Amato enseigne ensuite le droit constitutionnel dans les Universités de Mo-dène, de Perugia et de Florence, pour être finalement nommé professeur de droit constitutionnel ita-lien et comparé à la prestigieuse Ecole de Science politique de l’Université « La Sapienza » de Rome, où il restera de 1975 à 1997.

    Parallèlement, touché par un sens précoce de l’engagement civique, Giuliano Amato adhère très jeune au Parti socialiste italien. Au cours d’une carrière politique exceptionnelle, il assume avec brio de multiples fonctions successives, que ce soit, d’abord, comme directeur de l’IRES, le centre d’études du plus gros syndicat ouvrier italien, la CGIL, en 1978, puis comme membre du Parlement italien de 1983 à 1993, comme Secrétaire général de la Présidence du Conseil de 1983 à 1987, comme Ministre du Trésor et vice-président du Conseil des Ministres de 1987 à 1989, comme Premier Ministre de 1992 à 1993, comme Président de la Commission Antitrust de 1994 à 1997, puis à nou-veau comme Ministre des réformes institutionnelles, puis Ministre du Trésor et Premier Ministre, de 1999 à 2001 et, pour terminer, comme membre du Sénat puis de la Chambre des députés, avant de devenir, ce printemps, Ministre de l’intérieur de l’actuel Gouvernement italien. Dans toutes ces nom-breuses charges politiques, Giuliano Amato s’est toujours distingué par son éthique et sa faculté de percevoir les problèmes avec une très grande acuité.

    Politicien dont le courage, la probité et la très grande intelligence forcent le respect, il a notamment lancé, en 1992, alors que la vie politique italienne était en pleine tempête, un vaste et audacieux pro-gramme d’assainissement des finances publiques et de privatisation, dévaluant la lire et sauvant pro-bablement son Etat de la faillite, ce qui lui a valu la reconnaissance et l’estime générale des gouver-nements européens. 

    Rien dès lors de surprenant à ce que, en décembre 2001, les leaders de l’Union européenne aient fait appel à lui et l’aient nommé, au côté de l’ancien Premier Ministre belge Jean-Luc Dehaene, vice-président de la Convention présidée par M. Valéry Giscard d’Estaing et chargée de rédiger un projet de Constitution pour l’Europe.

    Dévoué à son parti, à ses idées, à son pays et à l’Europe, Giuliano Amato n’a jamais oublié pour au-tant sa passion pour le droit et son profond attachement au milieu académique. Auteur de nombreu-ses publications consacrées notamment à l’économie et aux institutions publiques, aux libertés per-sonnelles et au fédéralisme, il est aujourd’hui professeur dans deux des plus prestigieuses Universités européenne et américaine, l’Institut universitaire européen de Florence et la New-York University Law School.  Homme de « génie flexible », Giuliano Amato s’est toujours distingué par son aptitude à se hisser au-dessus des querelles partisanes et il est parfois décrit comme un « pontonnier », en raison de sa ca-pacité à dépasser les clivages politiques et à rapprocher les antagonistes.  C’est dès lors un privilège et un immense honneur de désigner une personnalité telle que lui Docteur honoris causa de l’Université de Neuchâtel. De par l’acceptation du titre que nous lui conférons au-jourd’hui, Giuliano Amato dresse non seulement un pont entre notre Faculté et un grand professeur de droit, mais également un pont entre notre Université et l’histoire européenne. Nous l’en remercions de tout cœur.

    Pascal Mahon, doyen de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 4 novembre 2006

  • 2004 - Luzius Wildhaber

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    Laudatio de M. Luzius Wildhaber, Dr h. c. Dies Academicus 2004

    Luzius Wildhaber appartient à la première génération de juristes qui, dans la seconde moitié du vingtième siècle, après le cauchemar de la Deuxième Guerre mondiale, ont consacré leur vie professionnelle et académique à la promotion des droits de la personne humaine, les Droits de l'Homme comme le langage non épicène les désigne encore.

    A l'heure de la spécialisation à l'extrême, Luzius Wildhaber nous donne un heureux exemple de juriste qui a traversé avec aisance la plupart des domaines du droit et qui a mené, avec tout autant d'aisance et de succès, plusieurs carrières professionnelles, dont chacune ferait l’envie de tout juriste.

    Carrière d’étudiant d’abord : après avoir étudié le droit à l'Université de Bâle, où il a obtenu son doctorat en 1961, il a poursuivi sa formation dans les Universités de Paris, Heidelberg, Londres et Yale.

    Carrière au service de l’administration de son pays ensuite : Luzius Wildhaber a travaillé comme juriste au Département fédéral des affaires étrangères. Il a notamment été observateur de la Suisse auprès de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, et membre de la Commission d'experts du Conseil fédéral pour une révision totale de la Constitution fédérale – la "Commission Furgler" –, dont il a rédigé le rapport final en 1977. Il participera aussi, vingt ans plus tard, au comité d'experts chargé d’élaborer une révision totale de la Constitution fédérale, la bonne celle-là, qui a abouti, par le vote du 18 avril 1999, à la Constitution qui nous régit aujourd'hui

    Carrière académique, en parallèle : il a enseigné comme professeur le droit international public, le droit constitutionnel, le droit comparé et le droit administratif aux Universités de Fribourg puis de Bâle. Dans cette dernière, il a assumé les fonctions de doyen, puis de vice-recteur et enfin de recteur.

    Parallèlement encore, carrière judiciaire : Luzius Wildhaber s'est laissé tenter par l'expérience judiciaire, sous ses formes les plus diverses : juge à la Cour constitutionnelle de la Principauté du Liechtenstein, juge au Tribunal administratif de la Banque interaméricaine de développement à Washington D.C., arbitre dans plusieurs grosses affaires internationales, pour le compte notamment de la Cour internationale d'arbitrage à Londres; enfin, couronnement de cette carrière dans la magistrature internationale, Luzius Wildhaber est entré en tant que juge à la Cour européenne des Droits de l'Homme en 1991, Cour qu'il n'a plus quittée depuis et qu'il préside même, depuis 1998.

    Tout au long de ces multiples carrières, Luzius Wildhaber est resté très attaché au monde académique. En témoignent notamment ses innombrables publications - une dizaine d'ouvrages de référence et plusieurs centaines d'articles - qui lui ont valu la reconnaissance de ses pairs et procuré de nombreuses distinctions, parmi lesquelles le prix Marcel Benoist en Suisse et plusieurs doctorats honoris causa dans le monde entier. En témoigne aussi sa participation aux organes directeurs des sociétés et organismes de la science juridique parmi les plus prestigieux à travers l’Europe.

    Même si ses activités et sa réputation scientifique l'ont conduit à vivre et à œuvrer à la protection des Droits de l'Homme en Europe et dans le monde, Luzius Wildhaber a toujours su conserver et conforter ses attaches avec la Suisse, le droit suisse et aussi notre Université. Depuis longtemps, il avait tissé des liens avec certains professeurs de notre Faculté de droit, en particulier avec les professeurs Jean-François Aubert et Jacques-Michel Grossen. Ces liens ont été renoués récemment puisque la Cour européenne des Droits de l'Homme accueille chaque année la visite d'un groupe d'étudiantes et d'étudiants de la Faculté de droit, à l'occasion de leur "séminaire de Strasbourg" et que, lorsque son emploi du temps lui en laisse le loisir, le Président de la Cour leur fait l'honneur de les recevoir et de partager avec eux ses riches expériences.

    Aujourd'hui, c'est au tour de l'Université de Neuchâtel d'accueillir le Président de la Cour européenne des Droits de l'Homme et c'est pour elle un plaisir, un honneur et un privilège que de conférer à Luzius Wildhaber le titre de Docteur honoris causa.

    Prof. Olivier Guillod, doyen de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 6 novembre 2004

  • 2003 - Michael Waelbroeck

    Laudatio de M. Michel Waelbroeck, Dr h. c. Dies academicus 2003

    Michel Waelbroeck est l’un des plus éminents représentants de la première génération de juristes qui ont consacré leur vie professionelle et académique au droit communautaire. Avec quelques autres, notamment Louis, van der Mersch, Pescatore, Jolliet ou Ehlermann, Michel Waelbroeck a profondément influencé l’évolution du droit communautaire par l’originalité, la rigueur et la pertinence de son travail et de ses écrits.

    Michel Waelbroeck fait partie d’une espèce en voie d’extinction : aujourd’hui, on ne trouve plus guère de juristes qui  peuvent, comme lui, parcourir avec aisance tous les domaines et toute l’histoire du droit communautaire. Il a apporté des contributions notables tant au droit institutionnel des Communautés européennes puis de l’Union européenne qu’au droit européen de la concurrence. Il était présent lorsque le droit communautaire a pris son essor, il a accompagné et influencé son processus de maturation et il se fait toujours entendre, et surtout écouter, à l’heure de sa constitutionalisation.

    On pourrait dire que Michel Waelbroeck est le plus suisse des grands professeurs de droit communautaire ayant fait œuvre de précurseur, puisqu’il est né et a entamé sa scolarité à Genève. Il a principalement construit sa carrière en Belgique, au sein de l’Institut d’études européennes qui a ouvert ses portes aux étudiants dans les années soixante. Avec quelques collègues, il a en effet progressivement transformé cet Institut en un établissement mondialement reconnu pour sa crédibilité académique en matière de droit communautaire. Il n’est pas exagéré de prétendre que la plupart des juristes, des économistes et des politologues qui travaillent aujourd’hui sur le processus d’intégration européenne ont un lien avec cet Institut.

    Bruxelles n’a pourtant été que le centre de son rayonnement international : Michel Waelbroeck a été invité à enseigner dans les universités les plus prestigieuses du monde, des deux côtés de l’Atlantique. Il a enseigné aussi dans le postgrade du World Trade Institute des Universités BENEFRI. Comme professeur, Michel Waelbroeck a toujours été apprécié par les étudiants pour sa clarté d’expression, pour sa capacité de susciter l’intérêt pour les domaines qu’il enseigne et pour sa remarquable disponibilité chaque fois que des questions lui étaient posées.

    Michel Waelbroeck est l’auteur de nombreux livres et articles de référence en droit communautaire, qui est resté son domaine de prédilection. La lecture de ses écrits, qui garnissent les rayons de toutes les grandes bibliothèques juridiques du monde, constitue un passage obligé pour toute personne étudiant le droit communautaire, et plus spécialement le droit de la concurrence. Sa pensée continue aussi de rayonner par l’entremise des nombreux étudiants qu’il a formés et influencés partout dans le monde.

    Depuis longtemps, Michel Waelbroeck avait tissé des liens avec certains professeurs de notre Faculté de droit. Il avait par exemple participé à un colloque mémorable organisé en 1988 à Neuchâtel par le regretté Olivier Jacot-Guillarmod sur l’avenir du libre-échange européen et la construction d’un Espace Economique Européen. La Suisse n’est pas encore entrée dans l’Europe, mais l’Europe, par un maître illustre de son droit institutionnel et matériel, entre à l’Université de Neuchâtel, qui a le plaisir, l’honneur et le privilège d’accorder à Michel Waelbroeck le titre de Docteur honoris causa.

     

    Prof. Olivier Guillod, doyen de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 1 novembre 2003

  • 2001 - Bertrand Reeb
  • 1999 - Claus Dieter Ehlermann

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    Laudatio de M. Claus-Dieter Ehlermann, Dr h. c. Dies academicus 1999

    M. Claus Dieter Ehlermann est né le 15 juin 1031, à Scheessel, près de Hanovre. Il a étudié le droit dans les Universités allemandes de Marburg et de Heidelberg, et dans celle de Ann Arbor, dans le Michigan. Il a obtenu à Heidelberg son titre de docteur en droit.

    La carrière professionnelle de M. Claus Dieter Ehlermann commence à la Cour constitutionnelle de la République fédérale d'Allemagne, où il travaille comme assistant auprès du juge Kutscher. Mais M. Ehlermann devient l'homme que nous connaissons, grâce à son travail et à son engagement pour les Communautés européennes. Il débute comme Conseiller juridique auprès de la Commission de la Communauté européenne, pour ensuite arpenter tout l'édifice communautaire. Il sera tout à tour directeur du contrôle financier, directeur général du Service juridique de la Commission (où il reste une dizaine d'années et marque l'évolution du droit communautaire); puis il devient en 1987 porte-parole de la Commission et conseiller auprès de son président, M. Jacques Delors, pour les questions institutionnelles. Ensuite, il est nommé directeur de la Direction générale de la Commission de la concurrence de la Communauté européenne, à un moment où celle-ci découvre le potentiel qui existe en ce domaine. Ainsi, à la fin des années quatre-vingts, M. Ehlermann est à la tête du revirement décisif de la politique de la concurrence, dans le sens de la rendre plus apte à réagir aux nouvelles données de l'intégration économique qui s'opère au niveau international.

    Pour la plupart d'entre nous, l'âge de 64 ans est synonyme de retraite. Ce n'est pas le cas de M. Ehlermann. Après une très longue et très distinguée carrière auprès des institutions communautaires, il devient professeur au Département juridique de l'Institut européen universitaire de Florence, où il enseigne encore, et membre de l'organe d'appel de l'Organisation mondiale du commerce à Genève, où il siège aujourd'hui.

    En même temps, et durant presque tout son parcours dans les Institutions communautaires, M. Ehlermann reste extrêmement actif sur le plan scientifique. Professeur au Collège d'Europe de Bruges, professeur invité dans des Universités parmi les plus prestigieuses du monde (dans le Michigan, à New Yord ou à Bruxelles) et profeseur honoraire chez lui, à l'Univeristé de Hambourg, M. Ehlermann peut compter un très grand nombre d'étudiants répartis sur toute la planète. Editeur du commentaire du droit européen le plus connu uau monde et rédacteur d'un très grand nombre d'articles et de livres qui ont fortement influencé le droit communautaire, son domaine de prédilection, il peut être assuré que ses oeuvres lui survivront.

    Le parocurs de M. Ehlermann est hors du commun, parce que M. Ehlermann est une personnalité hors du commun, qui a su, notamment dans le monde communautaire, un monde complexe et hétérogène, imposer le respect à toutes celles et tout ceux qui ont participé à son édification. En lui conférant aujourd'hui le titre de Docteur honoris causa, l'Université de Neuchâtel rend hommage à une personnalité exceptionnelle, qui est allée bien au-delà de domaine scientifique et qui a su prendre la distance nécessaire pour le revisiter et corriger nos perceptions, notamment en droit européen. C'est lui qui a forgé les bases d'une doctrine en matière de politique commerciale, mais aussi qui a réuni et synthétisé les éléments nécessaires à la définition du rôle de l'Etat dans l'intégration européenne et l'architecture des institutions communautaires. Il n'est dès lors pas excessif de dire que M. Ehlermann a survolé non seulement le droit communautaire, mais l'intégration communautaire en tant que telle. Il a vécu "über alle Gipfen", comme son compatriote Goethe l'exprimait si bien.

    Prof. Pierre Wessner, doyen de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 6 novembre 1999

  • 1995 - Jean Pradel

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    Laudatio de M. Jean Pradel, Dr h. c. Dies Academicus 1995

    Né le 29 octobre 1933 à Châtellerault, Jean Pradel fit toutes ses études à Poitiers où il obtint sa licence en droit en 1953, alors qu'il n'avait pas encore 20 ans. Il y devint docteur en droit en décembre 1960, avec mention très bien. Sa thèse, publiée en 1963, et consacrée à la condition juridique du malade, obtint le premier prix de thèse de la Faculté de droit de Poitiers.

    De 1957 à 1969 Jean Pradel exerça la magistrature, tout d'abord en qualité de substitut du procureur, puis de procureur militaire, enfin de juge d'instruction et de juge au siège, dès 1963, à Poitiers toujours.

    Agrégé en 1969, il fut maître de conférence de 1970 à 1972 à Tunis, puis, dès cette date, professeur à la Faculté de Droit de Poitiers, où il enseigne le droit pénal, partie générale et spéciale, la procédure pénale, la criminologie et le droit pénitentiaire.

    En 1975 et 1976, il était directeur de l'Institut d'Etudes Judiciaires, en la même Faculté, puis directeur de l'Institut des Sciences Criminelles dès 1977, fonction qu'il exerce toujours.

    Le professeur Pradel a été et est extrêmement actif au plan législatif. Dès 1976, il participe à plusieurs commissions au Ministère de la Justice à Paris, et collabora notamment à l'élaboration du nouveau Code pénal françis, entré en vigueur en 1994.

    Au plan national, il est Président de l'Association française de droit pénal, dès mars 1994.

    Au plan international, il est Vice-président de la Fondation Internationale Pénale et Pénitentiaire dès 1985. Il remplit de nombreuses missions, donne des conférences et enseigne à l'étranger, tant en Europe qu'en Afrique et au Canada.

    C'est pourtant sa production scienifique qui est la qualité la plus remarquable du professeur Pradel: outre une centaine d'articles, dans des périodiques et ouvrages collectifs, le professeur Pradel a commis toute une brochette de traités de droit pénal, de procédure pénale, d'histoire du droit pénal, de droit pénal comparé, et d'importante monographies, tous ces ouvrages qui totalisent à eux seuls, dans leurs dernières éditions, la somme très respectable de 5148 pages.

    Ce rapide survol de la carrière de Jean Pradel et de son imposante production scientifique pourraient donner du récipiendaire l'image d'un rat de bibliothèque desséché, papivore jauni à l'ombre de monuments législatifs austères, fuyant les joies de ce monde pour les délices secrètes de l'étude désincarnée. Or, il n'en est rien: Jean Pradel est marié, et il est le meilleur des mars, Jean Pradel a trois enfants et il est le plus attentionné des pères, Jean Pradel cultive l'amitié et la confratternité tout autour du monde, et il est le plus raffiné des collègues et des amis, Jean Pradel est profondément attaché à Poitiers et au Poitou, qu'il atoujours préféré à Paris, et il est le plus inconditionnel des Poitevins, enfant Jean Pradel aime Dieu, et il est le plus fidèle des croyants. C'est aussi pour toutes ces qualités que Jean Pradel mérite d'être fait aujourd'hui docteur honoris causa de l'Université de Neuchâtel, une ville où il aime à séjourner, et où il brilla par une remarquable contribution en 1992, lors du Colloque de la Fondation Internationale Pénale et Pénitentiaire.

    Nous sommes heureux d'honorer aujourd'hui Jean Pradel, cet authentique produit de la science juridique, dont l'humanité égale l'humilité. Lui rendre homage contribue au rayonnement de notre Université.

    Prof. Pierre-Henry Bolle, doyen de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 4 novembre 1995