Docteurs honoris causa

  • 2019 - Annie Rochat Pauchard

     

    Licenciée en droit de l’UniNE, Annie Rochat Pauchard entame une carrière de juriste au sein de l’Administration fédérale des contributions. Elle participe dès 1993 aux travaux de mise en place de la TVA. En 1994, elle entre au service des Commissions fédérales de recours du Département fédéral des finances. En 2003, elle devient juriste fiscaliste dans divers cabinets spécialisés. Dès 2011, elle retrouve l’administration fédérale où elle dirige la Division Droit de la Division principale de la TVA et devient ainsi la première femme nommée à la tête d’une telle unité. Elle participe activement à la mise en œuvre de la nouvelle loi sur la TVA et à sa révision en 2018. En 2017, elle est élue juge à la Cour I du Tribunal administratif fédéral et occupe, depuis 2018, la fonction de vice-présidente de la chambre 2.

    Laudatio de Mme Annie Rochat Pauchard, Dr h. c. Dies Academicus 2019

     

    Chère Madame Rochat Pauchard,

    Vous m’avez raconté que c’était parce que Neuchâtel disposait d’une université publique accessible à tous que vous aviez pu faire des études supérieures. J’ai été enchanté de l’entendre. Depuis, vous êtes devenue la spécialiste de la TVA suisse. Quel parcours ! Au fil du temps, vous avez travaillé aux questions juridiques soulevées par la mise en place de cette taxe tant du côté administratif, que privé et judiciaire. Aujourd’hui, je suis très heureux et honoré de pouvoir vous adresser cette laudatio.

    Née aux Canaries, vous déménagez au Landeron à l’âge de huit ans. Vous débutez vos études à Neuchâtel, jusqu’à une maturité latin-langues, puis optez pour le droit à l’Université. La matière vous plaît, vous avez trouvé votre voie.

    En 1991, une annonce retient votre attention : « Si vous avez de l’intérêt pour le droit des obligations, ce poste est pour vous », énonce en substance le texte. Au téléphone, Monsieur Pascal Mollard vous informe que l’emploi concerne en fait « l’impôt sur le chiffre d’affaires ». « Pardon ? », demandez-vous. « Si si, c’est très intéressant ! Détrompez-vous, on fait beaucoup de droit des obligations. »

    Vous voilà donc engagée dans le droit fiscal comme juriste au sein de l’Administration fédérale des contributions, à Berne, où vous participez aux travaux législatifs de la TVA, adoptée en novembre 1993. Vous rédigez notamment la version française de l’Ordonnance fondée sur ce texte.

    En 1994, vous passez à l’instance supérieure comme secrétaire-juriste. Vous vous rendez à Lausanne, afin de mettre sur pied les Commissions fédérales de recours du Département fédéral des finances. C’est à nouveau un travail de pionnière, cette fois au niveau de l’activité judiciaire en matière de TVA.

    En 2003, vous faites un saut quantique et commencez à exercer en tant qu’avocate fiscaliste dans des cabinets spécialisés à Genève et à Lausanne où vous élargissez considérablement votre vision de la matière. En juillet 2010, vous concrétisez votre activité de praticienne dans le secteur privé en obtenant votre brevet d'avocat.

    En 2011, un nouveau carrefour se présente : Monsieur Gabriel Rumo, chef de la Division principale de la TVA, vous propose d’en diriger la Division Droit à Berne. Vous retrouvez ainsi l’administration fédérale et devenez la première femme nommée à la tête d’une telle unité. Vous participez activement à la mise en œuvre de la nouvelle LTVA et à sa révision, qui aboutira en 2018.

    En 2017, c’est une autre porte qui s’ouvre, vers le Tribunal administratif fédéral cette fois. Vous êtes élue juge à la Cour I du TAF à St-Gall, où vous occupez, depuis octobre 2018, la fonction de vice-présidente de la chambre 2. C’est un nouvel aboutissement.

    En tant qu’éclaireuse dans le domaine de la TVA, vous avez en outre été amenée à donner tôt des conférences sur le sujet, participant ainsi au débat scientifique. L’an dernier, c’est à la 9ème Assemblée de l'International Association of Tax Judges à Ottawa que vous avez été invitée à vous exprimer. Vous avez également rédigé des publications en allemand et en français. Je mentionnerai ici le volumineux « Droit fiscal suisse. La taxe sur la valeur ajoutée », paru en 2000 et co-écrit avec le Prof. Jean-Marc Rivier. Depuis 1997 déjà, vous collaborez en outre à la Revue de droit administratif et fiscal (RDAF) et, depuis fin 2017, vous êtes membre du comité de rédaction de la Revue des juges "Justice - Justiz - Giustizia".

    Enfin, vous aimez enseigner. Sur ce plan, je me réjouis tout particulièrement de la collaboration initiée cette année qui permettra à nos étudiants de Bachelor de bénéficier de vos connaissances en matière de TVA. Il faut dire que vous avez gardé de forts liens avec celle que vous appelez « votre Université ». Eh bien, Madame Rochat Pauchard, votre Université vous félicite aujourd’hui pour votre brillant parcours.

    Veuillez ainsi recevoir des mains de notre recteur ce doctorat honoris causa, qui comprend la mention suivante :

    L’Université de Neuchâtel, sur proposition de la Faculté de droit, confère par les présentes à Madame Annie Rochat Pauchard, Juge au Tribunal administratif fédéral,

    Pour son parcours de pionnière, ses accomplissements remarquables et sa connaissance hors norme du droit suisse de la TVA, tant dans la magistrature que dans l’administration et le secteur privé,

    le grade de docteure en droit honoris causa.

    Prof. Blaise Carron, doyen de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 2 novembre 2019

  • 2018 - Allan Rosas


    Allan Rosas est juge à la Cour de justice de l’Union européenne depuis 2002, ainsi que Professeur invité au Collège d’Europe (Bruges) et à l’Université d’Helsinki. Auparavant, il fut professeur de droit à l’Université de Turku (1978-1981) et à l’Åbo Akademi University (1981-1995) dont il dirigea l’Institut des droits humains (1985-1995). Parallèlement, il exerça de nombreuses missions comme conseiller ou expert pour le gouvernement finlandais, notamment dans des commissions parlementaires, ainsi qu'auprès des Nations unies, de l’Unesco, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et du Conseil de l'Europe. Il rejoignit ensuite le Service juridique de la Commission européenne, dont il fut conseiller juridique principal chargé des relations extérieures (1995-2001), puis directeur général adjoint (2001-2002). Il est l’auteur de plus de 400 publications, principalement dans les domaines du droit de l’UE, du droit international, des droits de l’homme et droits fondamentaux, ainsi que du droit constitutionnel et administratif comparé.

    Laudatio de M. Allan Rosas, Dr h. c. Dies Academicus 2018

    Qu'est-ce qui fait un bon juriste ? La capacité, sans nul doute, de conjuguer habilement théorie et expérience pratique, celle de mener une réflexion approfondie tout en gardant un contact avec le terrain.

    Aujourd'hui, c'est à la fois une grande joie et un grand honneur pour moi de vous adresser cette laudatio, car vous constituez un exemple hors pair d'une telle réussite. Actuellement juge à la Cour de justice de l'Union européenne, vous êtes aussi un auteur reconnu en droit de l'Union et en droit international. Vous combinez de façon harmonieuse une connaissance théorique très poussée de votre domaine avec une riche expérience pratique.

    Votre carrière débute à l'Université de Turku/Åbo en Finlande. Docteur en droit en 1977 déjà, vous devenez professeur dans la Faculté en 1978 et, à partir de 1981, à la très prestigieuse Åbo Akademi, où vous travaillez jusqu'en 1996. Dans les années 1990, vous déménagez à Bruxelles à la Commission européenne, où vous oeuvrez dans votre domaine de prédilection, les relations extérieures de l'Union européenne, et devenez vice-directeur général du service juridique de la Commission.

    En 2002 ensuite, vous vous déplacez à nouveau, cette fois à Luxembourg, où vous devenez l'un des juges les plus connus de la Cour de justice de l'Union européenne. Vous participez à la discussion et à la délibération des cas phares de la Cour dans tous les domaines du droit de l'Union. Votre travail est reconnu par vos collègues, qui vous confient le poste de vice-président de la Cour.

    Monsieur Rosas, vous avez ainsi parcouru l'ensemble des sommets des institutions européennes, et ce toujours avec la plus grande distinction : délégué de votre pays natal, la Finlande, puis chef de l'équipe des relations extérieures au service juridique de la Commission européenne, à Bruxelles, et finalement juge et vice-président à la Cour de justice de l'Union européenne, à Luxembourg.

    Votre intérêt académique n'a pas souffert de votre mandat institutionnel. Vos nombreux articles et livres ont guidé des milliers d'étudiants et spécialistes de droit international. Vous continuez aujourd'hui à publier des ouvrages de référence : votre livre « The EU Constitutional Law », qui est est déjà à sa troisième édition, constitue la source principale d'inspiration pour toutes celles et ceux qui travaillent dans ce domaine.

    Oui, on peut dire de vous, Monsieur Rosas, que vous êtes une autorité en droit européen, dont vous êtes aussi l'un des serviteurs les plus fidèles. Transcendant monde académique et service public, vous avez influencé le processus d'intégration de l'Union européenne comme très peu de femmes et d'hommes, mettant votre expertise précieuse au service du fonctionnement et du développement du droit de celle-ci.

    En même temps, vous êtes un grand ami de notre Université, vous qui, au fil des ans, avez reçu plusieurs fois notre Faculté de droit et ses étudiants au Luxembourg.

    Aujourd'hui, nous vous accordons le titre que vous méritez depuis longtemps. C'est avec un grand plaisir que la Faculté a proposé au rectorat votre nomination et nous sommes ravis que l'Université ait accédé à notre demande.

    Veuillez ainsi recevoir des mains de notre recteur ce doctorat honoris causa, qui comprend la mention suivante :

    « L'Université de Neuchâtel, sur proposition de la Faculté de droit, confère par les présentes à Monsieur Allan Rosas, juge à la Cour de justice de l'Union européenne,

    Pour sa magnifique capacité à conjuguer réflexion doctrinale approfondie, activité judiciaire et pratique du droit européen ainsi que pour son engagement remarquable au sein des institutions de l'Union Européenne,

    le grade de docteur en droit honoris causa. »

    Blaise Carron
    Doyen de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 3 novembre 2018

  • 2017 - William E. Kovacic

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    William E. Kovacic est professeur de droit de la concurrence à la George Washington University School of Law et professeur invité au King’s College London. Il a aussi été professeur à la George Mason University School of Law (1986-1999).

    En parallèle à son parcours académique, William E. Kovacic a été general counsel (2001-2004), membre (2006-2011) et président (2008-2009) de la Federal Trade Commission (FTC) aux Etats-Unis, agence où il avait débuté sa carrière de juriste (1979-1983). Hors de Washington D.C., il a été Vice-Chair for Outreach de l’International Competition Network (2009-2011). Il a conseillé plus de trente pays sur l’adoption d’actes législatifs en matière de concurrence, de protection des consommateurs et de marchés publics. Depuis 2013, il officie comme Non-Executive Director de l’autorité britannique de surveillance de la concurrence et des marchés.

    Co-éditeur du Journal of Antitrust Enforcement et auteur prolixe, le professeur Kovacic est un chercheur de renommée mondiale dans le domaine du droit et de la politique de concurrence. Sa  carrière a été récompensée en 2011 par le FTC’s Miles W. Kirkpatrick Award for Lifetime Achievement.

    Laudatio de M. William E. Kovacic, Dr h. c. Dies academicus 2017

    Le professeur William Kovacic est l’un des plus éminents artisans de la globalisation du droit de la concurrence, à laquelle il a consacré sa carrière académique et gouvernementale. Le titre de sa chaire à l’Université George Washington, ‘Global Competition Professor of Law and Policy’, cristallise son parcours en forme de triptyque.

    1. Professor of Competition Law
    Le premier volet est celui de la carrière académique. William Kovacic a été happé par le champ gravitationnel du droit de la concurrence lorsque, étudiant à Columbia Law School, il y suivit un cours de droit antitrust. Déjà intéressé à l’économie, à l’histoire, aux sciences politiques et aux affaires internationales après sa première formation à Princeton, il a trouvé dans la concurrence son propre ‘safe harbour’. Durant ses études, il a pris une année de congé pour travailler comme assistant de recherche auprès du ‘Antitrust and Monopoly Subcommittee’ du Sénat américain, présidé par Philip Hart. Il y travailla sur une législation adoptée en 1976 sous le titre de Hart-Scott-Rodino Antitrust Improvements Act (HSR Act), qui introduisit le contrôle préalable des concentrations d’entreprises. Jeune avocat, il revient rapidement travailler pour la Federal Trade Commission (FTC), l’une des deux autorités de concurrence américaines, où il met en oeuvre le HSR Act et rencontre son épouse, Kathy Fenton, aujourd’hui avocate associée auprès d’une grande étude d’avocats et spécialiste du droit antitrust. C’est le début d’une carrière dédiée au droit de la concurrence, tantôt au sein du monde académique, tantôt pour le gouvernement.

    William Kovacic est professeur de droit de la concurrence, et précédemment aussi de droit des marchés publics. Il l’a été à l’Université George Mason de 1986 à 1999 et à l’American University de 1994 à 1995, avant de rejoindre l’Université George Washington en 1999. Egalement professeur invité au King’s College London – institution avec laquelle la Faculté de droit de Neuchâtel offre un double Master of Law –, visiting scholar à l’Université de Melbourne et à celle de Nottingham, M. Kovacic compte un grand nombre d’étudiants répartis dans le monde entier. Il accorde aussi généreusement son soutien aux jeunes chercheurs en début de carrière, notamment en participant à des jurys de thèse sur des thèmes qui lui sont chers. William Kovacic est un auteur prolixe, dont les écrits promeuvent le renforcement mutuel des droits de la concurrence et de la protection des consommateurs.

    2. Professor of Law and Policy
    Le 2e volet du triptyque est celui d’une carrière publique. Dans la tradition américaine des ‘revolving doors’, le professeur Kovacic s’éloigne de l’académie pour rejoindre à nouveau la Federal Trade Commission dès 2001. Il sera tour à tour directeur du service juridique (‘General Counsel’), puis Commissaire et enfin Président (‘Chairman’) de la FTC. Il promeut le droit de la concurrence comme une entreprise bipartisane, dont la légitimité nécessite une mise en oeuvre conséquente et progressive, plutôt que des ruptures abruptes résultant des changements de leadership politique. Architecte du consensus sur les questions de fond, le professeur Kovacic fait montre d’une vertu très suisse. Durant une dizaine d’années, il marque aussi la dynamique institutionnelle de l’agence d’une empreinte durable. Améliorer le fonctionnement, les processus et rouages internes de la FTC permet à l’autorité de concurrence de produire de meilleurs résultats dans ses interventions. A son départ en 2011, il est honoré par l’octroi du FTC’s Miles W. Kirkpatrick Award for Lifetime Achievement. Ce n’est là qu’une des nombreuses distinctions qui ont été décernées à ce juriste exceptionnel.

    La double carrière, académique et gouvernementale, du professeur Kovacic est le produit d’une fertilisation croisée réussie. Tandis que le chercheur poursuit une réflexion systématique sur le développement du droit de la concurrence et contribue au débat d’idées sur les questions nouvelles, l’agent public bénéficie de ces idées au moment de la mise en oeuvre du droit, tout en suggérant au travers des décisions adoptées de nouveaux thèmes de recherche scientifique.

    3. Global Competition
    Le 3e volet du triptyque est celui de l’entrepreneur international. Washington n’a été que le centre du rayonnement international de William Kovacic. Dès 2001, il a fait oeuvre de pionnier dans la mise sur pied de l’International Competition Network (ICN), un réseau qui regroupe aujourd’hui les autorités nationales de concurrence du monde entier ainsi que les acteurs non gouvernementaux. M. Kovacic y occupa la fonction de Vice-Chair for Outreach de 2009 à 2011. Nos chemins se croisèrent ainsi lorsque la petite Commission de la concurrence suisse dont j’étais membre, organisa la conférence annuelle de l’ICN en 2009 à Zurich. Au travers d’échanges réguliers, l’International Competition Network promeut l’adoption volontaire de bonnes pratiques et de bonnes techniques de mise en oeuvre par les autorités de concurrence. Le professeur Kovacic est un moteur de la globalisation du droit de la concurrence, mais une globalisation basée sur la convergence et le consensus, plutôt que sur l’harmonisation. Dans un monde où de nouvelles technologies apparaissent, où l’économie et les marchés évoluent, et où les priorités politiques changent, le droit de la concurrence doit conserver une capacité d’adaptation constante.

    Redevenu professeur à George Washington University après sa décennie à la FTC, le professeur Kovacic n’a pas abandonné son bâton de pèlerin. Globetrotter infatigable, il a apporté son assistance technique à plus de trente pays et autorités de concurrence autour du monde. Directeur du GWU Competition Law Center, il a lancé, en joint venture avec le Oxford Competition Law Center du Professeur Ariel Ezrachi, le Journal of Antitrust Enforcement. Un pied dans les deux mondes, ancien et nouveau, mais aussi académique et gouvernemental, le professeur Kovacic est, depuis 2013, Non-Executive Director au sein de l’autorité de concurrence britannique, la Competition and Markets Authority (CMA).

    M. Kovacic, c’est pour moi un privilège et un grand honneur de participer à cette cérémonie du dies academicus lors de laquelle vous recevrez le doctorat honoris causa que l’Université de Neuchâtel a le plaisir de vous remettre.

    Pionnier de la globalisation du droit de la concurrence, mais opposé au ‘one size fits all’, vous défendez la flexibilité pour laisser aux autorités de concurrence la capacité d’expérimenter et de développer de nouvelles pratiques dans un monde en mutation rapide. Le thème de ce dies academicus, consacré à « Préparer la société 4.0 », était taillé sur mesure pour vous.
    Votre parcours est hors du commun. Au-delà de l’apport scientifique considérable et d’une carrière publique exceptionnelle, vous avez oeuvré inlassablement pour la collaboration internationale dans le droit et la politique de concurrence. Dans ce pays qui fut la patrie des cartels, puissiez-vous encore inspirer de nombreux followers.

    Evelyne Clerc
    Doyen de la Faculté de droit

    Discours de remerciement au nom des récipiendaires de M. William E. Kovacic

    Out of the Tunnel

    Mr. President of the University Council,
    Mr. Rector, Deans, Faculty Members, students, and guests,

    On behalf of my fellow recipients of the doctorate honoris causa, I thank this wonderful university community for bestowing this distinction upon us. We are most grateful for this honor, and we are deeply moved by your generosity and kindness.

    My remarks today are mainly an address about a university address. To get there, I begin with one of the most famous train journeys in fiction. Sixty-five years ago, Friedrich Durrenmatt moved to Neuchatel and published his short story, The Tunnel. This masterpiece tells the tale of an aimless young man who on a Sunday afternoon boards a train for Zurich to continue, as Durrenmatt says, a nebulous course of study and attend a seminar he already had decided to cut. The protagonist strives to shield himself from his surroundings. He is well-padded with fat; an Ormand Brasil Number 10 cigar usually fills his mouth; cotton wads plug his ears, and sunglasses shield his eyes. Soon after he embarks, the train enters what is known to be a short tunnel, but the train never emerges. As the train rushes further into the darkness, the young man senses something is wrong. He persuades the conductor to accompany him to the front of the train to see the engineer. When they reach the locomotive, it is empty. The train speeds into the abyss, flinging the conductor and the young man around the locomotive cabin. The force of the descent rips away the young man buffers: the sunglasses, the cigar, and the cotton wads. The conductor shouts, “What shall we do?” The story closes with the young man’s one word reply: “Nothing.”

    The Tunnel has fascinated readers for decades with its portrayal of humans in the grasp of unexpected, bewildering forces that shatter ordinary routines and throw everything into disarray. Durrenmatt’s work endures because he vividly captured the disorientation and helplessness of individuals in a world where, with increasing speed, current events take on the absurdist quality that permeates The Tunnel. The modern world robs our previously reliable timetables and routines of their meaning; it peels away the mental and emotional devices we create to cushion the blow of change. Deprived of these buffers, we confront the possibility that events are beyond our control.

    How can we respond today to the upheaval and tumult that surrounds us? At times it appears that we are being flung about the cabin of a locomotive whose engineer is missing, and whose destination could be oblivion. In The Tunnel, the conductor asked, “What shall we do?” and the young man said “Nothing.” Was his gloomy response an expression of undue fatalism, or a frightening, accurate realism?

    This brings me to the earlier university address. The occasion was 75 years ago on a June afternoon at Harvard University. At its annual commencement exercises, Harvard conferred honorary degrees. One recipient was George Marshall, the U.S. Secretary of State. The honorees were invited to offer remarks. The safe and standard fare for these comments consists of soothing and swiftly forgotten platitudes for the new graduates. In a twelve-minute address, Marshall departed from the norm. His talk changed the course of history in the 20th century and beyond.

    Marshall was a mundane orator. In the recording of his address, the delivery is so bland that it masks the significance of what he had to say. As Marshall began his speech, he seemed overwhelmed that Harvard would bestow honors upon him. Marshall was exceedingly modest. He doubted that his life’s achievements – including his indispensable contributions to the Allies’ triumph in World War II – warranted Harvard’s recognition.

    Marshall immediately took a serious turn. He described the human misery that afflicted Europe and detailed how its shattered economies could not satisfy the most basic human needs for clothing, food, and shelter. An unthinkable disintegration of society awaited a continent already battered by years of savagery and slaughter. Marshall recently had toured Europe and saw first-hand the crisis. He told his audience that “it is virtually impossible at this distance, merely by reading, or listening, or even seeing photographs or motion pictures, to grasp at the real significance of the situation.”

    After laying out the fast decaying conditions in Europe, Marshall made clear what was at stake. He said: “the whole world of the future hangs on a proper judgment” about how to proceed. To the conductor’s question, “What shall we do?”, Marshall said the United States had the means and the duty to provide assistance. “The remedy”, Marshall said, “lies in breaking the vicious cycle and restoring the confidence of the European people in the economic future of their own countries and of Europe as a whole.” He went on to observe: “An essential part of any successful action on the part of the United States is an understanding on the part of the people of America of the character of the problem and the remedies to be applied. Political passion and prejudice should have no part. With foresight and a willingness on the part of our people to face up to the vast responsibility which history has clearly placed upon our country, the difficulties I have outlined can and will be overcome.”

    So began the public revelation of the Marshall Plan. In the run-up to the Harvard speech, some of Marshall’s colleagues had discouraged him from using a university commencement exercised to launch a major public policy initiative. Some asked: “Who ever listens to the graduation speeches, or recalls what was said?” Marshall replied: “They will remember this one.”

    In the months that followed, Marshall appeared several times before committees of the United States Congress to provide details of the program for European recovery. He faced an isolationist Congress with little appetite for new, costly foreign policy commitments. Marshall did nothing to sugar-coat his prescriptions for the skeptical legislators: the program would be expensive; it would take a long time; and there was no guarantee of success. He restated the themes he had set out at Harvard: the European situation was desperate; the human suffering was terrible; and only one country had the means to avoid an apocalypse that, should it occur, would be as catastrophic as the war itself. Marshall emphasized that, if the sole question was the economic self-interest of the United States, the program still demanded approval because calamity in Europe would endanger America’s well-being. In effect, Marshall confronted a modified version of the conductor’s question: What shall we do to arrest Europe’s plunge into the abyss? Many elected officials were inclined to say “nothing.” Marshall responded: “Plenty.”

    Taken together, the short story by one of Neuchatel’s most famous residents and the short university address by an American statesman offer a way to think about our own condition, where the speed and direction of events, with unwelcome surprises and dangerous portents, sometimes resemble Durrenmatt’s journey into the endless tunnel. One theme implicit in The Tunnel and explicit in the university address is the need to confront developments as they are. Durrenmatt suggests that, sooner or later, our defenses are peeled away, and we forced to face the world as it is, no matter how absurd it seems to be. Marshall told his Harvard audience that an unflinching comprehension of the causes and extent of disintegration was not only inevitable, but also essential to start the journey toward a constructive response that promised any possibility of success. Marshall not only pleaded for a clear-eyed recognition of the imminent disaster, but he was honest in setting out what it would take to spur a recovery. He demanded realism in understanding the problem and in estimating what it would take to devise a solution. He had faith that an honest portrayal of existing circumstances and a candid presentation of proposed cures would rally a nation to do what it must. That he proved to be correct shows that it can be done, and that, with courage and intelligence, can be done again.

    Candor and realism have value, but do they elicit an appropriate response to crisis? The conclusion of Durrenmatt’s short story poses a disturbing possibility: do stark and difficult problems, when understood with perfect clarity and without self-delusion, sometimes defy correction – where the only sensible response to the conductor’s query is to answer, “Nothing”? Marshall’s response to the conductor’s question displayed the realism of Durrenmatt’s young man, but his full reply in the Harvard address added doses of ambition, hope, and obligation. The ambition stemmed from an awareness of what would be lost through resignation and inaction – in Marshall’s words, “the whole world of the future”. The ambition reflected the knowledge that the United States could bring formidable economic resources and ingenuity to bear upon the problem. Marshall’s hope drew heavily on the fresh recollection that a world, which seemed in 1941-1942 to be descending, perhaps irretrievably, into an abyss of tyranny and destruction, had been rescued. Marshall understood that a response that combined courage, creativity, perseverance, and sacrifice, even in the bleakest circumstances, could prevail. Marshall’s appeal to obligation recognized that individuals are able to comprehend, at some basic level and even for a fleeting moment, that the sacrifices of others and the benefits of prosperity create duties that must be fulfilled. Marshall reminded his countrymen that their nation, and other nations, had paid a frightful price to preserve the possibility for a better world. To ignore Europe’s distress would dishonor a commitment paid in blood. He emphasized that the United States, which had been spared the ravages of total war within its own borders in North America and was buoyed by extraordinary economic capacity and resilience, alone had the means to spur economic recovery. The debt to the war dead and the possession of means for restoration created duties to use these means to act. Marshall did not guarantee success; he said there was a duty to try. There would be no shame in failure, only in complacency and neglect.

    As we progress on our own turbulent and disorienting journey, The Tunnel and the Harvard address admonish us to examine ourselves carefully – to assess our circumstances as they are and to avoid the distortions created by filters that we use, by choice or inadvertence, to bend facts to conform to an image we find more pleasing. The Harvard address goes further and urges us to mark our possibilities for greatness – not in the expectation that even our best efforts will always realize these possibilities, but that a decision to do nothing ensures failure. Inaction cheats us by denying us the opportunity to see what happens – to surprise ourselves – when we strive for the fullest expression of our human mix of ability, ambition, resilience, and resourcefulness. In doing so, we can be inspired by our understanding of how these traits – combined with perseverance – have enabled us in the past to overcome appalling conditions that invite despair.

    In The Tunnel, the conductor asked: “What shall we do?” The young man replied: “Nothing.” Marshall’s university address suggests there is another option: we can examine ourselves, see our path to greatness, and let nothing deflect us from it. This mix of realism and ambition can provide a path away from the abyss. It can guide us out of the tunnel.

    William E. Kovacic

  • 2016 - Florence Aubry Girardin

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    Après des études de droit à Neuchâtel suivies d'un brevet d'avocat à Genève, Mme Florence Aubry Girardin a obtenu son doctorat en 1995 à l'Université de Genève, tout en y assurant une charge d'enseignement. Engagée comme greffière au Tribunal fédéral, elle a présidé la Commission fédérale de recours en matière d'assurance-accidents de 1996 à 2006, puis est devenue juge au Tribunal administratif fédéral. En 2008, elle a été élue juge au Tribunal fédéral, à la deuxième Cour de droit public. Spécialiste du droit du travail, Mme Florence Aubry Girardin collabore étroitement avec le Centre d'étude des relations du travail de l'Université de Neuchâtel (CERT). Auteure de nombreuses publications sur des thèmes de sécurité sociale, égalité, droit des migrations, droit pénal, droit public économique ou droit fiscal ainsi que sur la procédure fédérale, elle est également membre du jury de la Swiss Moot Court, vice-présidente du Comité de la Fondation Walther Hug et membre du Conseil de l'Institut suisse de droit comparé.

    Laudatio de Mme Florence Aubry Girardin, Dr h. c. Dies Academicus 2016

    Pour rédiger une laudatio, nous guettons un signe venant des filles de Mnémosyne. Nous interpellons Polymnie. Mais, parfois, contre toute attente, c’est Fortuna qui, le temps d’un regard, nous oriente vers ces coïncidences si révélatrices du travail et de l’engagement d’une personne. Je me demande si ce n’est pas ce qui m’est arrivé lorsque j’ai fait le lien entre la dernière publication et la dernière conférence de Mme la Juge fédérale Florence Aubry Girardin, en 2016, et dont voici le titre : Les problèmes qui se posent aux juges lors de l'application de la loi fédérale sur l’égalité entre femmes et hommes.

    Je pense que nous pouvons trouver dans cet intitulé l’essentiel de ce qui nous vaut la présence de Mme Florence Aubry Girardin parmi nous, aujourd’hui.

    D’abord, Mme Florence Aubry Girardin est une Juge fédérale. Et quel parcours pour devenir ce qu’elle est aujourd’hui : Juge à la Cour suprême de notre pays ! En effet, née le 10 mai 1964, originaire du Noirmont et du Bémont (JU), mariée et mère deux enfants (aujourd’hui majeurs), Mme Florence Aubry Girardin a accompli, de 1983 à 1987, ses études de droit au sein de notre Alma mater. Après son brevet d’avocate à Genève, son diplôme d’études supérieures, son doctorat et une année d’activité en qualité de chargée d’enseignement, à l’Université de Genève, elle a travaillé pendant un peu plus de dix années comme Greffière au Tribunal fédéral. En parallèle à ce travail, elle était Présidente de la Commission fédérale de recours en matière d'assurance-accidents (de 1996 à 2006), Juge auprès de la Commission de recours du Tribunal fédéral (2002-2005) et Juge au Tribunal neutre du canton de Vaud (2005-2006). C’est en 2007 qu’elle a été élue, d’abord comme Juge au Tribunal administratif fédéral puis couronnement suprême, le 3 octobre 2007, en qualité de Juge au Tribunal fédéral. Voilà pour la Juge fédérale.

    Ensuite, Mme Aubry Girardin est une Juge fédérale qui s’interroge sur des problèmes de son temps. Et on sait (ô) combien sa contribution va au-delà de cette question si essentielle de l’égalité entre femmes et hommes. De mémoire de juriste, on n'a jamais vu une personne qui se meut avec une telle aisance et élégance dans les différents territoires du droit : la procédure, le droit social, le droit pénal, le droit fiscal ou encore le droit de la concurrence et celui des marchés publics. A bien des égards, l’approche globale et rigoureuse du droit de Mme Florence Aubry Girardin lui vaut l’admiration de tous.

    En troisième lieu, le titre de la publication et conférence évoqué plus haut révèle une autre dimension de la personne que nous honorons aujourd’hui : Mme Aubry Girardin, non seulement dit le droit comme Juge fédérale, mais elle publie et donne des conférences, en Suisse et à l’étranger. Elle entretient des liens étroits avec notre faculté. Elle a participé à une rencontre organisée par l’Association neuchâteloise des étudiants en droit ou encore à des colloques organisés par nos professeurs, en droit des personnes étrangères et en droit de l’égalité entre femmes et hommes. Par ses publications et conférences, Mme Florence Aubry Girardin se met au service de la société civile. Elle se fait proche des gens. Et Dieu sait si, de nos jours, cette proximité contribue, de façon décisive, à préserver la confiance que les uns et les autres ont à l’égard de nos institutions.

    Mme Florence Aubry Girardin, c’est pour moi un privilège et un grand honneur de participer à cette cérémonie du dies academicus lors de laquelle vous recevrez le doctorat honoris causa que l’Université de Neuchâtel a le plaisir de vous remettre.

    Je tiens à vous exprimer toute notre reconnaissance pour les liens que vous avez su si admirablement tisser entre le travail judiciaire, la réflexion doctrinale et la pratique du droit, ainsi que pour votre engagement exemplaire en faveur du partage du savoir.

    J’ai cherché dans la mythologie pour savoir s’il existe une déesse du lien. Je n’ai rien trouvé. Mais peu importe. Vous êtes là. Vous incarnez le travail du lien. Et cela me suffit amplement.

    Merci de la personne vous êtes et de ce que vous faites.

    Prof. Minh Son Nguyen, assesseur du Décanat de la Faculté de droit

    Neuchâtel, le 29 octobre 2016

  • 2015 - James Richard Crawford

    M. James Crawford AC, SC, FBA est juge à la Cour internationale de justice. Durant sa carrière, il a occupé la chaire Whewell de droit international à l'Université de Cambridge, et il a été professeur aux Universités D'adelaide, Sydney et La Trobe (Melbourne) en Australie ainsi qu'à l'Université de Xi'an Jiotong en Chine. Il a été le premier membre australien de la Commission du droit international des Nations Unies (CDI). A ce titre, il était responsable des travaux de la CDI sur la Cour pénale internationale et de la seconde lecture des articles sur la responsabilité des Etats. En plus de ses contributions scientifiques sur l'Etat, les droits collectifs, le droit d'investissement et la responsabilité internationale, il a agi en tant que conseiller, expert ou arbitre dans plus de 100 litiges. En 2012, l'American Society of International Law lui a décerné sa plus haute distinction, la Médaille Hudson, en récompense de ses compétences scientifiques et ses efforts visant à promouvoir des relations internationales basées sur le droit et la justice.

    Laudatio de M. James Richard Crawford, Dr h. c. Dies Academicus 2015

    Le professeur James Richard Crawford est né en 1948 à Adelaide en Australie.

    Comme beaucoup de juristes de tradition anglo-américaine, le professeur Crawford porte derrière son nom toute une série de titres parfois difficilement déchiffrables pour les juristes continentaux. En l’occurrence, il s’agit de «A.C.», de «S.C.» et de «F.B.A.».
    ·               «A.C.» signifie «Companion of the Order of Australia », titre qui distingue une personne pour ses mérites extraordinaires dans ses services rendus à l’Australie et à l’humanité toute entière. Le professeur Crawford a reçu cette distinction en 2013.
    ·               «S.C.» est l’abréviation de «Senior Counsel», c’est-à-dire avocat principal, en l’occurrence à la Cour suprême de New South Wales, depuis 1997.
    ·               «F.B.A.» (et non pas «FBI»!) veut dire «Fellow of the British Academy », une distinction que l’Académie accorde à des scientifiques pour leur excellence dans les sciences humaines.
     
    Avant de recevoir ces honneurs et distinctions, le professeur Crawford a fait des études d’anglais, d’histoire et de politique à l’Université d’Adelaide et un doctorat en philosophie à l’Université d’Oxford.
    M. Crawford est professeur de droit international. Il l’a été à l’Université d’Adelaide de 1983 à 1986, à l’Université de Sydney de 1986 à 1992, à l’Université de Cambridge de 1992 à 2015, à l’Université de La Trobe à Melbourne de 2011 à 2014 et à l’Université de Xi’an Jiaotong en Chine depuis 2013.
     
    Le professeur Crawford a aussi participé à des projets législatifs d’importance planétaire. Il a ainsi été le premier membre australien de la Commission du droit international des Nations Unies. En cette qualité, il a été responsable des travaux relatifs à la création de la Cour pénale internationale (1994) et aux articles sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite (2001). Ces deux projets législatifs avaient été discutés pendant des décennies au sein des Nations Unies. C’est seulement sous la responsabilité du professeur James Crawford que ces projets ont pu être finalisés et par la suite adoptés sous forme de résolutions par les Nations Unies.
     
    A côté de ses activités de professeur et de législateur, M. Crawford est également admis comme avocat en Angleterre, plus précisément en tant que membre du Gray’s Inn, qui est une des quatre associations professionnelles d’avocats à Londres. Il est également un membre fondateur de Matrix Chambers, une étude d’avocats étant rattachée au Gray’s Inn.
    En tant que conseil, témoin expert, juge et arbitre, il a été impliqué dans plus de 100 affaires. Il a notamment plaidé à maintes reprises devant la Cour internationale de Justice dans des affaires politiquement très sensibles comme celle qui a opposé la Croatie à la Serbie relative à l’application de la Convention pour la prévention et la répression du génocide, l’affaire des essais nucléaires entre la Nouvelle-Zélande et la France ou encore l’affaire des conséquences juridiques de l’édification d’un mur dans le Territoire palestinien occupé.
     
    M. Crawford, c’est pour moi un privilège et un grand honneur de participer à cette cérémonie du dies academicus lors de laquelle vous recevrez le doctorat honoris causa que l’Université de Neuchâtel a le plaisir de vous remettre.
     
    Cedies academicus a comme thème général «Les défis de la diversité». Qui mieux que vous pourrait incarner ce sujet ? La diversité entre Etats amène certains d’entre eux à commettre des crimes contre d’autres. En l’absence d’un gouvernement mondial, seul le droit international public permet d’appréhender ces crimes et ainsi de relever les défis de la diversité au niveau mondial. C’est précisément sur ce point que votre engagement et votre œuvre représentent une valeur inestimable pour l’humanité toute entière !
     
    Christoph Müller,
    Doyen de la Faculté de droit
     
    Neuchâtel, le 18 août 2015
  • 2014 - Didier Burkhalter et Thomas Björn Zeltner

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    Président de la Confédération pour l'année 2014, M. le Conseiller fédéral Didier Burkhalter est diplômé de la Faculté de droit et des sciences économiques de l'Université de Neuchâtel. Après ses études, il devient rédacteur économique avant de se consacrer à la politique dont il gravit tous les échelons. Il accède au secrétariat cantonal puis au secrétariat romand du parti radical et est élu député au Grand Conseil et membre du Conseil exécutif de la Ville de Neuchâtel dont il assume la présidence à trois reprises entre 1994 et 2002. Conseiller national à partir de 2003, puis Conseiller aux Etats en 2007, il succède en 2009 à Pascal Couchepin au Conseil fédéral. Il prend tout d'abord la direction du Département fédéral de l'intérieur (DFI), puis celle du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) depuis 2012. En 2014, en sa qualité de chef du DFAE, il assume aussi la présidence de l'OSCE.

    Laudatio de M. Didier Burkhalter, Dr h. c. Dies Academicus 2014

    Il y a un peu plus de trente ans, un jeune et brillant diplômé de la Faculté de droit et de sciences économiques de l'Université de Neuchâtel faisait une entrée discrète sur le marché du travail. Passionné par les questions économiques et politiques, il cherche tout d'abord à parfaire ses connaissances linguistiques, puis exerce ses talents de rédacteur à la Société pour le développement de l'économie suisse à Genève. Il accède ensuite au secrétariat cantonal du parti radical en 1986, puis au secrétariat romand en 1988, tout d'abord à mi-temps, puis à plein temps. La mise en jambe étant alors terminée, Didier Burkhalter va pouvoir passer à la vitesse supérieure. Et comme tous ceux qui l'ont croisé sur un terrain de football pourront vous le confirmer, les accélérations, ça le connaît !

    C'est tout d'abord un parcours exemplaire sur le plan cantonal. Député au Grand Conseil et membre du Conseil exécutif de la Ville de Neuchâtel, dont il assume la présidence à trois reprises entre 1994 et 2002, il s'acquitte avec maestria des tâches qui lui sont confiées. Alliant le calme à la détermination, il s'attele à des dossiers complexes, tels que la rénovation de la gare, l'Exposition nationale, le nouvel hôpital ou le complexe de la Maladière. Il sait écouter, analyser, trancher et mettre en oeuvre avec une grande efficacité.

    Les qualités de cet homme de réflexion et d'action deviendront vite reconnues au-delà de nos frontières, qu'elles soient cantonales ou fédérales. Conseiller national à partir de 2003, puis Conseiller aux Etats en 2007, il réplique avec brio le sans faute au niveau fédéral. Son engagement, sa finesse d'analyse et sa vocation de rassembleur en font un candidat idéal pour succéder à Pascal Couchepin lorsque ce dernier prend sa retraite politiquer en 2009. Il prend tout d'abord la direction du Département fédéral de l'intérieur, de 2009 à 2011, puis celle du Département fédéral des affaires étrangères à partir de 2012.

    Il assume pour la première fois la présidence de la Confédération helvétique en janvier 2014, conjointement avec celle de l'Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe. Les défis sont énormes, mais comme on l'aura compris Didier Burkhalter n'est pas homme à baisser les bras, et cela fait plus de trente ans qu'il s'y prépare. Là encore, l'énergie, les compétences et le pragmatisme de notre jeune diplômé devenu homme d'Etat font merveille. Avec flegme et courtoisie, il s'ouvre à l'autre, explique autant qu'il cherche à convaincre, et tente toujours de proposer des solutions équilibrées et conformes aux règles du droit national et international.

    Nul doute que la trajectoire de cette étoile montante de la politique suisse et internationale ne s'arrêtera pas là. Cela rend d'autant plus remarquable, et pour tou dire exceptionnelle, sa présence parmi nous aujourd'hui. Cela en dit aussi long sur les qualités de l'homme, et les valeurs qu'il défend. Car si Didier Burkhalter peut si sereinement faire face aux tourmentes de la politique étrangère, c'est que ses racines sont solides et profondes. Elles se sont fortifiées au travers des multiples responsabilités qu'il a assumées au cours des trois dernières décennies, et qui lui ont valu la confiance des électeurs, l'estime de ses collègues et le respect de ses adversaires. Profondément épris des valeurs et des contraintes dérivant de la démocratie directe, il les défend avec naturel et conviction, tel le sang qui coule dans le corps des Helvètes, ainsi qu'il l'a si judicieusement fait remarquer à son homologue allemand lors de la visite officielle de ce dernier en février 2014.

    C'est aussi un homme authentiquement discret. Toujours mesuré, précis et pondéré, il excelle tout en restant modeste, ce qui a le don d'agacer ceux qui aimeraient tant le voir déraper un jour, ou dévoiler des aspects moins lisses de sa personnalité. Cela peut le faire paraître parfois un peu terne aux yeus de certains. Mais pour tous ceux qui prennent le temps de le lire ou de l'écouter attentivement ce ne sont que des preuves additionnelles, si besoin était, de la sincérité et de la profondeur de son action.

    Revenons pour conclure à ce jeune homme qu'il a été et qu'il demeure dans l'âme, et aux liens qui l'unissent à notre alma mater. Il a gardé de ses études de vibrants souvenirs, qui l'ont persuadé de l'importance et de la chance que constitue une éducation universitaire dans un itinéraire de vie. Tout comme son humilité, son intérêt pour les nouvelles générations et pour la qualité de leur formation est profondément sincère. Il découle d'une analyse raisonnée des facteurs qui importent le plus pour assurer la qualité de vie des citoyens de notre pays. Ses liens avec l'Université de Neuchâtel sont donc étroits. Ses prop