
Par Elpidio Bachmann
L’idée étant de cartographier un lieu et que les expériences ou affects personnels en lien avec l’endroit, implicitement liés à la sensorialité du cartographe, y figurent d’une manière ou d’une autre.
Dans cette « carte sonore » qui s’apparente à un morceau de musique, on y retrouve cette partie pragmatique et neutre au sens purement cartographique à savoir situer et décrire un endroit. La localisation exacte est suggérée par le titre, ce qui est une manière valide de renseigner. Si on ne sait pas lire une carte, l’intitulé peut compenser. D’autres aspects pragmatiques prennent racine dans la composition et le mixage de façon plus globale. On se situe en face du lac, à notre gauche des travaux. Le son des vagues, quand perceptibles, sont en face, et le bruit des travaux à gauche (si vous écoutez en stéréo), par exemple.
Concernant les affects du cartographe c’est un peu plus vague et compliqué à expliciter. Il faut savoir qu’il souffre (ou bénéficie, dépend de comment on choisit de le voir) d’autisme et d’un trouble de l’attention assez avancé. Par conséquent, il sature assez vite, sensoriellement. Et ce rivage initialement pensé comme une échappatoire à la foule, comme une bulle de sérénité propice à la contemplation des vagues, est pris en otage par l’activité sonore (travaux publics, rires d’enfants, croassement de corneilles, vent) perçue comme désagréable par notre petit cartographe en herbe. Il était donc question de retranscrire en musique ces tiraillements entre calme apparent du lieu et agacements intérieurs, entre liberté et aliénation. D’où le choix pour des accords diminués (moches si joués individuellement) se résolvant de manière euphonique entre eux. Ainsi que cette structure en alternance entre « parties calmes » et « parties moins calmes » en passant par des états hybrides pour arriver à une forme de conclusion. Dur d’en dire plus sans vous épargner le recours à des notions de solfège un peu trop élitistes.