Migrant*s ou expat*s?

A notre table, devant nos écrans, en listant les différents “types de mobilités liées aux changements climatiques”, nous prenons conscience que notre typologie n’est pas complète.

Les bouleversements environnementaux génèrent aussi des mobilités du Nord vers le Sud. Non pas de personnes précarisées, directement menacées par la déstabilisation des écosystèmes, mais de personnes souvent aisées, dont le travail est, d’une manière ou d’une autre, lié à des questions environnementales.

Parmi elles se trouvent les responsables d’ONG internationales qui coordonnent des projets pour l’“adaptation” et la “résilience” des populations face au changement climatique; les représentant*s d’agences de coopération qui vérifient l’utilisation des fonds alloués à ces projets; des journalistes qui documentent l’impact des dits projets, ou les épisodes d’inondations et de sécheresses. Et, bien sûr, les universitaires qui analysent les liens entre mobilités, changements environnementaux et extractivisme.

En élargissant encore la compréhension des liens entre mobilité et environnement, une autre catégorie apparaît : celle des cadres de BP qui effectuent de nombreux voyages d’affaires pour négocier l’accès aux ressources naturelle ; des employé*s de BP installé*s sur place qui encadrent les exploitations d’hydrocarbures; ou encore des consultant*s qui étudient l’impact social et environnemental des plateformes offshore.

Toutes ces personne partagent avec les Saint-louisien*s le fait de se déplacer pour des raisons liées à l’environnement. Mais contrairement aux Saint-louisien*s, elles ont le privilège de pouvoir le faire facilement. Cette inégalité se reflète dans la terminologie : les personnes privilégiées étant qualifiées d’ “expat*s”, et les autres de “migrant*s”, un terme à connotation négative.

Les sciences sociales parlent de “mobilité” plutôt que de “migration”. Parce qu’elles considèrent que les personnes précarisées et racisées sont “migrantisées”, dans le sens que seuls leurs déplacements sont perçus comme un problème.

De même, parler de mobilités “illégalisées et criminalisées”, plutôt que de “migrant*s illégal* ou clandestin*s”, permet de souligner que ce sont des choix politiques qui établissent pour qui les frontières sont de simples formalités ou un potentiel danger de mort.