
La ville de Saint-Louis est connue comme la “Venise africaine”. Située au nord du Sénégal, à la frontière avec la Mauritanie, elle s’étale du continent jusqu’à une bande de sable appelée la Langue de Barbarie, en passant par une île du fleuve Sénégal.
Ancienne capitale des colonies françaises d’Afrique de l’Ouest, l’île de Sait-Louis est reconnue comme patrimoine de l’UNESCO pour son architecture et est très prisée par le tourisme internationnal. En face, la Langue de Barbarie, connue par sa forte densité démographique et son ambiance effervescente, est habitée principalement par les familles qui vivent de la pêche.
Aujourd’hui, la “Venise africaine” risque de couler. Touchée par l’érosion côtière et le changement climatique, elle a connu plusieurs inondations et de fortes houles. En plus de la montée des eaux, ses habitant*s font face à trois autres problématiques majeures: la surpêche, la salinisation des sols et l’extraction du gaz naturel sur des plateformes offshore.
Suite aux dégradations de leur environnement et de leurs conditions de vie, certain*s décident de partir. Saint-Louis est connue pour être un important lieu de départ pour la traversée vers l’Europe. Cette migration occupe l’écrasante majorité de l’espace médiatique et politique, pourtant les chiffres montrent qu’elle ne concerne qu’une minorité de personnes. La plupart des déplacements se font en effet au sein du pays ou dans un pays voisin.
Gadaay vous invite à la rencontre de cinq habitant*s de Saint-Louis. Leurs histoires, sacrifices et revendications portent un regard nouveau, loin des idées reçues sur les “réfugié*s climatiques”. Alliant le travail de deux chercheur*s de l’Université de Neuchâtel, Loïc Brüning et Marion Fresia, avec celui de l’artiste visuel saint-louisien Massow Ka, l’exposition aborde quatre types de moblités liées à des problématiques environnementales: proche et soudaine suite à la montée des eaux; saisonnière vers un pays voisin en réponse à la surpêche; interne au Sénégal due à la salinsation; et internationale en lien avec l’ensemble de ces défis.
Au fil du parcours, on découvre que ces différentes mobilités sont induites, de manière directe ou indirecte, par le modèle économique “extractiviste”. Basé sur la surexploitation des ressources naturelles, ce modèle reproduit les inégalités héritées de la colonisation, car il bénéficie largement aux populations du Nord global tout en précarisant de nombreuses populations du Sud global.
Celles-ci exercent en effet souvent des activités économiques (pêche, agriculture) directement liées à l’environnement, et sont donc plus directement affectées par la raréfaction de leurs ressources locales, et les effets des changements climatiques.
Gadaay propose de sortir de la vision dichotomique des migrant*s perçu*s soit comme menaçant*s, soit comme victimes, en montrant que la mobilité est avant tout une ressource qui permet de s’adapter et de faire face aux difficultés. Elle invite plus largement à ouvrir une réflexion sur les liens complexes entre mobilité, extractivisme et changements environnementaux.