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Thèses de doctorat

Thèses dirigées par le Prof. Jean-Pierre van Elslande

Livia Lüthi, sous la codirection des Professeurs Jean-Pierre van Elslande (Université de Neuchâtel) et Dominique Brancher (Université de Bâle)

La naissance est aujourd’hui communément qualifiée d’« heureux événement ». Mais la conception positive que nous en avons, favorisée par les progrès médicaux, tend à faire oublier qu’elle constituait autrefois une épreuve redoutée, un seuil à franchir. De là l’importance qu’elle revêt dans les traités d’obstétrique de la Première Modernité, qui cherchent à rendre compte de toutes ses dimensions, aussi bien physiques qu’émotionnelles et spirituelles.

Nous étudions les procédés génériques et rhétoriques que les traités d’obstétrique mettent en œuvre. Ils témoignent d’un effort de compréhension, qui fait appel à des ressources dont la diversité est à la mesure des enjeux attachés à l’événement qu’ils évoquent. Leur étude offre de mieux saisir comment s’articulent les discours de la connaissance, traditionnels et préscientifiques, pour faire de la venue au monde un moment surdéterminé, en phase avec une époque marquée par le goût des découvertes et des expérimentations, mais aussi par la persistance de croyances ancestrales. Elle permet en outre d’appréhender la construction d’un savoir périnatal qui concerne aussi bien les nobles que les roturiers.

Yohann Deguin, sous la codirection des Professeurs Jean-Pierre van Elslande (Neuchâtel) et Anne-Elisabeth Spica (Lorraine)

Ce travail de thèse se propose de lire les Mémoires, de la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle à la lumière de l'espace familial et de ses paradigmes, en contexte européen. De Monluc à Saint-Simon, les écrits des mémorialistes nous permettront d'appréhender l'évolution de l'écriture de soi et de sa lignée dans une société où le pouvoir tend à se partager de moins en moins entre grands seigneurs, pour être concentré dans les mains d'un monarque de plus en plus absolu, et où l'espace subit de fortes mutations.

Il s'agira de voir comment le concept de maison aristocratique se métamorphose au sein d'une pratique d'écriture libre comme l'est la pratique mémorialiste, jusqu'à proposer un discours qui peut se poser contre une certaine norme (sociale, politique, etc.) aussi bien qu'en son sens. Nous tâcherons ainsi de mesurer l'homologie qui est à l’œuvre entre la restauration d'un lieu au sens géographique - car c'est bien le lieu, la terre, qui cristallise l'idée de maison - et la restauration de l'hérédité qui est, par extension, une restauration de la paix des familles, notamment après la Fronde. C'est en effet à la fois en héritier et en refondateur que se pose le mémorialiste, lorsqu'il choisit de faire l'histoire familiale ou d'invoquer, au sein de son œuvre, sa parentèle. Ces entreprises servent à la fois l'affirmation d'une place dans le temps, mais aussi et surtout dans l'espace mondain et social.

Nous verrons en outre comment se configure l'abolition, par le texte, des frontières étatiques et linguistiques au profit de frontières imaginaires qui tendent à resserrer le lien familial et à reconstruire des lieux de la famille, par la mémoire, au gré des guerres et des alliances.

Nous nous demanderons ensuite comment des identités qui, pour être singulières, ne s'entendent qu'à partir d'un fonds culturel collectif et européen, entrent en sympathie avec le groupe familial. Quels procédés rhétoriques permettent, d'une part, le mouvement de soi à la lignée et à ses membres, c'est-à-dire de la singularisation à l'adhésion au groupe, et comment, d'autre part, le discours glorifie-t-il le nom en réponse à une société qui cesse d'y attacher de l'importance ?

 

Philippe Péter, sous la direction du Professeur Jean-Pierre van Elslande

Puisant sa matière dans un corpus de textes constitué de Vies d’auteurs à travers tout le XVIIe siècle, cette thèse veut montrer comment l’écrit biographique jusqu’au tournant du siècle s’appuie à la fois sur un horizon d’attente des lecteurs et des biographes, et sur l’existence préalable d’un genre, avec ses codes et ses lois, son discours propre, son histoire, ses autorités. Ses formes et ses fonctions sont loin d’être univoques, entre le Discours sur la Vie de Ronsard de Baillet à la fin du XVIe siècle et les Vies de Montaigne et de Fénelon au début du XVIIIe siècle. Les Vies sortent d’une certaine manière du tombeau, puisqu’elles sont en quelque sorte naturellement issues des oraisons funèbres et des éloges. Mais elles vont donner à lire des parcours de vie exemplaires ; elles sont donc aussi une œuvre de mémoire, qui plus est revendiquée comme telle. Les matériaux littéraires préalables favorisent le développement et l’infléchissement du genre au XVIIe siècle. C’est cet infléchissement qui fait l’objet de cette recherche.

François Friche, sous la direction du Professeur Jean-Pierre van Elslande

Thèse soutenue le 20 novembre 2014

Dans la première moitié du XVIIe siècle, l’Incarnation est omniprésente, comme objet de réflexion théologique, source de spiritualités nouvelles et modèle de dévotions. Plus singulièrement, elle habite l’histoire comique qui se constitue comme genre, de la Première journée (1623) de Théophile de Viau et l’Histoire comique de Francion (1623) de Charles Sorel au Roman comique (1652/1657) de Paul Scarron et jusqu’aux Etats et empires de la Lune (1657) et du Soleil (1662) de Cyrano de Bergerac. Relisant l’histoire comique à la lumière de la théologie de son époque, et particulièrement de l’un de ses sujets incontournables, cette thèse montre ainsi de quelle manière l’Incarnation y est présente et sous quelles formes, et à l’inverse, comment l’histoire comique se l’approprie, la traite librement et en actualise, à sa manière, les enjeux. L’Incarnation, en tant que mystère devenu dogme de l’Eglise et comme récit biblique de la venue de Dieu sur terre, se fait matière première du roman, et véritable clé pour l’interprétation, la lecture et la compréhension du genre.

Mention Summa cum laude

Cécile Beer, sous la codirection des Professeurs Jean-Pierre van Elslande (Neuchâtel) et Georges Forestier (Paris)

Thèse soutenue le 20 juin 2013 à Paris IV (Paris Sorbonne)

A travers l'analyse approfondie d'un corpus d'une trentaine de pièces de théâtre, ce travail vise à comprendre pourquoi le sujet de la rivalité amoureuse père-fils s'épanouit dans des genres aussi variés que la comédie, la tragi-comédie et la tragédie tout au long du XVIIème siècle. Comment expliquer cette souplesse générique ? Ce sujet, selon le genre dramatique choisi, comporte-t-il encore les mêmes enjeux ? A cette réflexion esthétique, s'ajoute un questionnement plus idéologique car mettre en rivalité un fils avec son père c'est introduire un conflit au sein des deux personnes les plus importantes de la famille, les deux représentants de la gens. Si le motif amoureux donne une certaine légèreté à cette rivalité, elle n'en reste pas moins une grave remise en cause de l'autorité paternelle. Cette rivalité serait-elle le reflet de cette montée d'individualisme qui caractérise la fin du siècle, l'affirmation de soi passerait ici par le conflit avec l'autre ? Ce sujet serait-il annonciateur du temps de renouveau idéologique qui s'épanouit au siècle des Lumières ? C'est autour de ces deux grands axes - esthétique et idéologique - que s'organisera ce travail.

Mention Summa cum laude

Ruth Stawarz-Luginbühl, sous la codirection des Professeurs Jean-Pierre van Elslande (Neuchâtel) et Olivier Millet (Paris)

Thèse soutenue en mai 2011

Fondée dès ses origines sur le rejet des idoles tant matérielles que spirituelles, la culture protestante du XVIe siècle continue néanmoins de véhiculer dans son imaginaire différentes images de Dieu. L'objectif de cette thèse consiste à cerner, dans les limites d'un genre littéraire précis - la tragédie biblique d'inspiration calviniste des années 1550 à 1570 -, la nature et la fonction dramaturgiques, rhétoriques et poétiques de ces représentations. C'est à partir d'une interrogation sur la souffrance et l'épreuve que les pièces du corpus, toutes écrites durant le règne sanglant d'Henri II et les premières guerres de religion, dessinent, en creux, la figure mouvante d'un Dieu tantôt pédagogue, tantôt justicier, tantôt incompréhensible voire méchant. De fait, le problème théologique et anthropologique de l'image s'avère inséparable d'une dramaturgie : c'est au sein d'une intrigue, à travers l'agencement des actes que s'incarne une conception donnée de Dieu. En mettant l'accent sur une période-clé de la poésie française, cette thèse a également pour but de mener une réflexion sur la spécificité de la littérature protestante de la Renaissance.

Mention Summa cum laude

Barbara Selmeci Castioni, sous la direction du Professeur Jean-Pierre van Elslande

Thèse soutenue le 30 juin 2009

Omniprésentes dans le quotidien du croyant au XVIIe siècle, les figures de saints ne ressortissent pas uniquement à la sphère liturgique, mais intègrent également la littérature d'imagination. Des oeuvres, comme la tragédie de Corneille Polyeucte ou le roman de Jean-Pierre Camus Agathonphile, mêlent en effet des sujets hagiographiques avec des motifs et des structures dramatiques et narratives issus de la littérature profane. A partir de l'étude d'un corpus de textes destinés à un public mondain, dont les personnages principaux sont des saints, la thèse aspire à mettre en lumière les enjeux anthropologiques et esthétiques particuliers cristallisés par une figure culturellement surdéterminée. Il s'agit de montrer que le saint n'est pas seulement un outil de propagande, exploité au bénéfice de la Contre-Réforme, mais qu'il constitue également un instrument heuristique, qui permet d'interroger des problématiques d'importance au XVIIe siècle : la découverte de nouvelles cultures, la dissolution de l'hégémonie catholique, les relations sociales et affectives entre les sexes, la naissance de la notion d'individualité. En outre, les figures du saint et celle du philosophe, en apparence opposées, véhiculent certaines valeurs communes, dont la mise au jour est susceptible d'apporter un éclairage nouveau sur la transition entre le Grand Siècle et les Lumières.

Mention Summa cum laude

Isabelle Chariatte, sous la codirection des Professeurs Jean-Pierre van Elslande (Neuchâtel) et Olivier Millet (Paris) 

Thèse soutenue en septembre 2004 à Bâle (Philosophische-Historische Fakultät)

Thèses dirigées par la Prof. Claire Jaquier

Timothée Léchot, sous la direction de la Professeure Claire Jaquier

Thèse soutenue le 28 mai 2015

En croisant l'histoire littéraire, l'histoire culturelle et la sociologie des ensembles littéraires, la présente étude retrace la « mise en orbite » de l'espace littéraire suisse francophone entre 1730 et 1830. Elle révèle l'importance de cette phase dans le long processus d'émergence d'une littérature périphérique, qui deviendra la littérature « romande » au XIXe siècle.

Au XVIIIe siècle, avant l’émergence des littératures nationales, les Suisses d’expression française s’interrogent sur la possibilité de développer chez eux une activité poétique. En effet, quelle serait la place d’une Suisse sans poètes au sein de la République des lettres et dans le concert des nations policées ? Dès le lancement du Mercure suisse, en 1732, les auteurs disposent d’un lieu de publication périodique où faire connaître leur production et où débattre de questions relatives aux belles-lettres. Cependant, la hantise suisse du bel-esprit et le stigmate de la grossièreté helvétique constituent une double embûche. D’un côté, on veut prendre ses distances avec des pratiques littéraires et mondaines qui émanent de France et qui peuvent paraître moralement condamnables. D’un autre côté, les poètes suisses sont tenus à l’écart du Parnasse français : il leur est particulièrement difficile d’accéder à une quelconque forme de reconnaissance auprès du centre parisien.

Progressivement, les auteurs découvrent de nouvelles logiques de distinction et assument ou revendiquent même un écart avec les belles-lettres françaises. À travers la poésie, la Suisse devient le laboratoire d’une littérature périphérique travaillée par des forces centripètes et centrifuges vis-à-vis du centre français et d’autres centres alternatifs germanophones. Dès les années 1780, l’institution littéraire suisse devient suffisamment forte pour que l’idée d’une « poésie nationale » en français s’affirme, pour que des poètes accèdent au statut de modèle à l'intérieur de leur région et pour que s’établissent les premières filiations indigènes d’auteurs. Cette poésie nationale prend un nouvel essor dans les années 1820, avec la génération romantique, lorsqu’elle se découvre une légitimité civique et politique. Consacrer ses premiers vers à la muse patriotique constitue désormais une voie d'accès privilégiée à la carrière littéraire.

Mention Summa cum laude

Projet Journal helvétique

Aurélie Luther, sous la direction de la Professeure Claire Jaquier

Virginie Pasche, sous la direction de la Professeure Claire Jaquier

La thèse décrite ici porte sur les relations entre littérature et philosophie au siècle des Lumières. L’esthétique d’Isabelle de Charrière est étroitement liée à la réflexion que l’écrivaine mène sur la question du langage. Pour elle, les mots sont porteurs de préjugés qu’il convient de débusquer afin d’instaurer – ou de restaurer – un rapport plus juste entre les mots et les choses. La méfiance que l’écrivaine éprouve à l’égard des excès de langage se rapporte à ce titre à une quête de transparence. Dans les dernières années du XVIIIe siècle, cette esthétique de type réaliste est à mettre en relation avec la philosophie empiriste qui a nourri les décennies antérieures. La transparence des mots aux choses que recherche Isabelle de Charrière émane en effet de l’ambition de rendre compte des multiples nuances dont se compose la ‘’réalité’’. Sous ce rapport, son réalisme est l’équivalent esthétique du scepticisme qu’elle revendique sur le plan philosophique.
Styliste hors pair, psychologue et pédagogue avertie, Isabelle de Charrière est consciente de l’impossibilité d’une transparence totale du discours à l’objet. Elle voit une source de richesses dans l’écart qui existe en permanence entre les mots et les choses. Son réalisme et sa philosophie du langage apparaissent dès lors comme un très bel hommage à la puissance d’invention des mots. De cette façon, l’esthétique innovante qu’elle développe de part et d’autre de la Révolution française est aussi bien une méditation sur la possibilité de transformer le monde par la littérature qu’une tentative concrète d’agir sur les mentalités.

Maud Dubois, sous la direction de la Professeure Claire Jaquier

Thèse soutenue le 20 octobre 2010.

Monique Saint-Hélier (La Chaux-de-Fonds 1895- Chambines (Eure) 1955) a publié cinq romans à Paris entre 1932 et 1955 : La Cage aux rêves (Corrêa, 1932), Bois-Mort (Grasset, 1934), Le Cavalier de paille (Grasset, 1936), Le Martin-pêcheur (Grasset, 1953) et L'Arrosoir rouge (Grasset, 1955). Le but de ce travail est d'étudier la réception de ces ouvrages par la critique française au moment de leur publication, avec un accent particulier sur celle de Bois-Mort, puisqu'elle est l'occasion d'une polémique où se lisent les débats qui ont lieu plus généralement autour du genre romanesque dans l'entre-deux-guerres. Il s'agit de montrer comment Monique Saint-Hélier - amie de Rainer Maria Rilke - bénéficie en arrivant à Paris en 1926 du soutien d'un certain nombre d'hommes et de femmes de lettres qui découvrent et admirent le poète autrichien. Amateurs de littérature étrangère et partisans d'une forme romanesque qui sorte du carcan du roman français traditionnel, ils font partie des critiques qui, dans les années 30, défendent les livres de Monique Saint-Hélier : ces derniers constituent l'une des premières utilisations en France des techniques narratives nouvelles venues des auteurs anglo-saxons. Les ouvrages qui paraissent dans les années 50, après une très longue période de silence durant laquelle la romancière tente d'élaborer une oeuvre gigantesque, inachevable et inachevée, ne sont à l'inverse plus en phase avec l'esprit du temps. Une guerre et quelques années plus tard, le roman s'est engagé dans d'autres voies, alors que l'écriture de Monique Saint-Hélier - caractérisée, dans une très large mesure, par une fuite des réalités socio-historiques au profit de vérités humaines atemporelles et par une forme particulière de poésie - n'a pour l'essentiel pas changé.

Liste des publications :
« L'oeuvre romanesque de Monique Saint-Hélier et les techniques narratives développées par Virginia Woolf », Etudes de lettres, no. 2, Université de Lausanne, 2000, pp. 179-188.

« Monique Saint-Hélier », Biographies neuchâteloises, t. 4, Hauterive, Ed. Gilles Attinger, 2005, pp. 281-287.

« Entre succès et oubli : Monique Saint-Hélier et le cycle des Alérac », Roman 20-50, Presses de l'Université Charles-de-Gaulle-Lille 3, à paraître dans le no. de décembre 2005.

Mention Summa cum laude

Zoophytes, polypes, fossiles... L'écriture de l'inconnu scientifique entre placere et docere dans la seconde moitié du XVIIIe siècle (1744-1802)

Nathalie Vuillemin, sous la direction de la Professeure Claire Jaquier

Thèse soutenue le 19 octobre 2007

Cette recherche vise à décrire la mutation que subit l'écriture de la nature au XVIIIe siècle, au moment où le discours scientifique en formation s'empare d'un champ encore très fortement soumis aux exigences esthétiques et littéraires qui dominent les belles-lettres. Face aux nombreux objets qui surgissent grâce aux progrès de l'observation, les savants des Lumières se voient contraints de créer des langages nouveaux, précis, et susceptibles d'être adoptés par l'ensemble des acteurs de la science. Traduction d'un regard qui cherche désormais à dépasser les apparences pour pénétrer les propriétés des corps, cette nouvelle écriture de la nature met en question les images traditionnelles de l'univers et leur substitue peu à peu une représentation dominée par les nouveaux modèles. Au sein même du monde savant, cette révolution du regard et du sens ne se fait pas sans résistances : il s'agira de montrer comment l'histoire naturelle du XVIIIe siècle cristallise le conflit entre des savoirs que le siècle suivant achèvera de séparer.

Thèse publiée: Les beautés de la nature à l’épreuve de l’analyse. Programmes scientifiques et tentations esthétiques dans l’histoire naturelle du XVIIIe siècle (1744-1805), Paris, Presses Sorbonne nouvelle, 2009.

Mention Summa cum laude

Muriel Zeender, sous la direction de la Professeure Claire Jaquier

Thèse soutenue le 25 janvier 2007

Dans un contexte littéraire suisse romand, qui rejetait violemment, jusqu'à il y a peu, tout ce qui ne relevait pas du « français de Paris », apparaissent depuis les années soixante des oeuvres qui interpellent directement les langues étrangères, sans que soient mis en oeuvre des procédés de mise à distance (italique, guillemets). Admis et même reconnus par la critique littéraire - comme l'atteste la remise de prix littéraires à l'une des oeuvres les plus extrêmes, celle d'Yves Rosset, jeune auteur suisse vivant Berlin -, ces procédés témoignent de potentialités expressives nouvelles. Relevant de l'émotionnel - retrouver la langue de l'origine -, ou de l'esthétique pure - renouveler les capacités expressives du langage -, les diverses occurrences sont décelées dans le texte même, dans le but de mettre en lumière aussi bien les procédés mis en oeuvre que le procès de la langue qui les sous-tend.

Thèse publiée : Genève, Slatkine, 2010.

Mention Magna cum laude

Marie Bornand, sous la direction de la Professeure Claire Jaquier
Thèse soutenue le 21 novembre 2002

Thèse publiée : Genève, Droz, 2004.

Alain Cernuschi, sous la direction de la Professeure Claire Jaquier

Thèse soutenue le 15 juin 1998

 Thèse publiée : Paris, Champion, 2000.

Odile Cornuz, sous la direction de la Professeure Claire Jaquier

Thèse soutenue le 14 novembre 2014

Décrire les étapes par lesquelles la pratique de l’interview puis de l’entretien littéraire s’est constituée en livre d’entretien, en vogue dès le milieu du XXe siècle, nécessite une attention aux étapes médiatiques qui ont marqué le siècle. Aussi la presse, la radio, la télévision et Internet sont-ils abordés successivement dans la première partie de ce travail, afin de montrer comment ils induisent une pratique et influent sur un genre. Dans la seconde partie, la définition d’une poétique de ce genre, articulée selon son énonciation et son énoncé, mène à une proposition typologique nouvelle, permettant d’aborder les enjeux et effets à l’œuvre au sein d’un corpus étendu. La considération pour le livre d’entretien dans le champ littéraire contemporain permet d’enrichir tant les perspectives critiques – notamment en histoire culturelle, histoire du livre, sociologie et analyse littéraires – que la perception de l’histoire littéraire des écrivains.

Mention : summa cum laude

Thèses dirigées par le Prof. Daniel Sangsue

Cécile Guinand, sous la direction du Professeur Daniel Sangsue
 
Le long du XIXe siècle, les auteurs s’approprient l’image caricaturale et s’attachent à la faire entrer dans leurs œuvres, à mettre en place la poétique d’une caricature littéraire. La première partie de la thèse consistera à légitimer et à définir cette notion en établissant son fonctionnement rhétorique, narratologique et générique susceptible de donner lieu à une transposition de l’image en texte. Sera ensuite caractérisée l’histoire de la caricature telle que les auteurs la fondent au XIXe siècle. Cette vision historique est avant tout révélatrice de leur regard sur les caricatures et caricaturistes modernes. Les différentes affinités qu’ils entretiennent avec les maîtres du genre viennent orienter leur pratique de transposition. Par leur collaboration avec les caricaturistes, par leurs commentaires de caricatures, les écrivains se forment à la caricature littéraire. Dans une seconde partie, seront étudiées des caricatures littéraires particulières, de Balzac à Huysmans, afin d’analyser l’application de cette poétique au sein de leurs œuvres.

Laura Hernikat Schaller, sous la direction du Professeur Daniel Sangsue

Thèse soutenue en avril 2014

La parodie demeure un aspect peu étudié de l’œuvre de Théodore de Banville, alors qu’elle y occupe une large place, en particulier dans les Odes funambulesques et les Occidentales. La réécriture est d’ailleurs constante dans l’œuvre poétique banvillienne, qui contient plusieurs transpositions d’art et de nombreux poèmes composés « à la manière de ». Cette recherche tentera d’établir une poétique de la parodie banvillienne, en mettant en évidence les différentes techniques utilisées, les fonctions de la parodie – notamment comique et satirique – et les rapports qu’elle entretient avec ses modèles, nombreux, mais dominés par Victor Hugo. Si Banville se situe dans une position d’hommage face à ses prédécesseurs, se rattachant ainsi à une conception valorisante de la parodie, ses réécritures s’inscrivent dans une recherche constante de modernité, puisque ses parodies lui permettent de « créer une nouvelle langue comique versifiée » – tel est le projet des Odes funambulesques – et que ses poèmes « à la manière de » participent à la réhabilitation d’anciennes formes fixes, comme la ballade ou le rondeau. Tandis que la parodie est à l’époque surtout pratiquée de manière marginale et subversive (par exemple dans le Parnassiculet contemporain et l’Album zutique), elle permet au contraire à Banville de s’inscrire dans la tradition et de marquer sa filiation.

Mention Summa cum laude

Stéphane Ischi, sous la direction du Professeur Daniel Sangsue

Cette recherche étudie la pratique de la parodie chez trois auteurs : Albert Glatigny, Charles Cros et Tristan Corbière. Un axe théorique particulier a été adopté, celui d’un lien entre la pratique intensive de la parodie dans la seconde moitié du xix siècle et la crise que traverse la poésie à cette époque, marquée notamment par la montée en puissance du roman. On constate en effet une sorte de dévalorisation de l’activité du poète, souvent décrite comme désuète et ridicule. Mais c’est par la parodie que s’exprime en priorité cette crise. L’autorité de prestigieux aînés, principalement Victor Hugo, est remise en question, malmenée par les parodies de Glatigny, Cros ou Corbière. On trouve également des textes qui, au-delà du lien à un hypotexte ou un hypostyle particulier, font contraster pauvreté du fond et respect purement formel des règles poétiques. C’est finalement la poésie elle-même qui semble alors tournée en dérision, la complexité de ses mécanismes apparaissant comme artificielle, coupée des aspirations de son temps.

Valery Rion, sous la direction du Professeur Daniel Sangsue

Les personnages de femmes malades au seuil de la mort, les cadavres féminins, les personnages de revenantes ou même les œuvres d’art qui s’animent foisonnent dans la littérature narrative du XIXe siècle. Ils ont en commun d’incarner dans le cadre fictionnel une forme de beauté trouble et ambivalente, mêlant séduction et répulsion, fascination et terreur que nous appellerons « beauté méduséenne », notion empruntée à Mario Praz et qui se définit par « la découverte de l’horreur comme source de plaisir et de beauté  ». En effet, c’est dans le négatif, à savoir l’horrible, l’inquiétant, le terrifiant, que naît le beau moderne. Cette inquiétante beauté se retrouve chez les personnages féminins que nous avons désigné par l’appellation « Vénus méduséennes » dont l’apparence renvoie à la mort. Nous nous proposons à travers un large corpus – allant de la période romantique (Gautier, Nerval, Nodier, Mérimée, Chateaubriand, etc.) à la période décadente (Mirbeau, Villiers de l’Isle Adam, Barbey d’Aurevilly, etc.) – de voir quelles sont les caractéristiques formelles de cette esthétique nouvelle, méduséenne. À une esthétique de Méduse devrait correspondre une poétique de Méduse.

Caroline Rosset, sous la direction du Professeur Daniel Sangsue

Thèse soutenue en juin 2011

En plaçant sa subjectivité et ses sentiments au centre de ses récits de voyage, Chateaubriand inaugure, à l’aube du XIXe siècle, une nouvelle façon de concevoir le genre viatique, si bien qu’il demande à son public de lire son Itinéraire de Paris à Jérusalem non pas comme un voyage, mais comme « les mémoires d’une année de [s]a vie ». Dans cette importante réorientation de l’écriture viatique, cette thèse se propose d’étudier le rôle que joue le registre comique. En effet, bien que Chateaubriand soit avant tout reconnu comme « l’inventeur de la mélancolie moderne » (T. Gautier), ses textes autobiographiques, et en particulier ses récits de voyage, ne sont cependant pas dénués d’humour. Cette recherche tente donc de mettre à jour les différents enjeux des épisodes comiques de la prose viatique de Chateaubriand, tels la prise de distance qu’ils permettent par rapport au sérieux des voyages savants ou encore l’importance qu’ils donnent à la fantaisie du voyageur comme de l’écrivain.

Mention Summa cum laude

Valérie Michelet, sous la direction du Professeur Daniel Sangsue

Thèse soutenue en octobre 2006

La fin du XIXème siècle est marquée par une crise du roman, qui peine à s'extraire du Naturalisme. Une poignée d'écrivains tentent de régénérer le genre en le dotant d'un programme spécifiquement poétique, proche du Symbolisme, et qui se synthétise ainsi: le roman symboliste est une écriture de l'extrême conscience, un «roman de la vie cérébrale » empruntant sa garantie philosophique à l'idéalisme de Schopenhauer et sondant les rapports du moi au monde et de l'art à la vie. Son écriture s'organise autour des notions d'inconscient, de musicalité et de rêve. L'enjeu de ce travail consiste à réévaluer les tentatives romanesques du Symbolisme dans le contexte de la crise de la littérature fin-de-siècle. Ce travail est conduit en trois étapes. Il s'agit d'abord de lever la contradiction apparente entre Symbolisme et genre romanesque, puis d'étudier le programme théorique du roman symboliste et finalement, de le confronter aux tentatives réalisées.

Mention Summa cum laude

Thèses dirigées par le Prof. Alain Corbellari

 Mohan Halgrain, sous la direction du Professeur Alain Corbellari

Thèse soutenue en juin 2013

L'Isopet de Marie de France est un recueil de 102 fables partiellement ésopiques composé par une certaine "Marie de France" sans doute vers la fin du XIIe siècle. Ce recueil nous est parvenu par l'intermédiaire de quelque vingt-six témoins, un chiffre considérable qui reflète le grand succès de ce texte durant tout notre Moyen Âge. Notre époque moderne lui a cependant largement préféré les célèbres Lais du même auteur, chefs-d'oeuvre de finesse et textes fondateurs de la littérature arthurienne. Or, d'après les travaux de Per Nykrog (Les Fabliaux, Genève, Droz, 1973, pp. 252-257), il semblerait qu'un même rôle fondateur puisse être attribué à l' Isopet, mais pour la tradition des fabliaux cette fois. Cette intuition de Nykrog, les nombreux liens entre les fables de Marie et des épisodes du Roman de Renart ainsi que leur présence dans de nombreux manuscrits célèbres (BL, Harley 978 ; BNF, fr. 12603 ; BNF, fr. 19152 ; etc. etc.) laissent présager du rôle important que ce recueil a pu jouer dans l'histoire littéraire médiévale.

Or à cette heure, il n'existe de l' Isopet que des éditions insuffisantes, parce que trop lachmanniennes, ou à l'inverse, trop bédiéristes ; soit la tradition manuscrite et la variance sont exploitées uniquement à des fins de reconstruction, soit elles sont tout bonnement exclues de l'édition ! De nouveaux témoins ont en outre été récemment redécouverts. Il est donc impératif de tenter de donner enfin une édition critique de référence de ce texte, méconnu à notre époque, mais fort apprécié et, sans doute, très influent au Moyen Âge.

L'histoire éditoriale de ce texte étant, de plus, parfaitement exemplaire des différents stades de l'ecdotique et de la philologie médiévales au cours des derniers siècles, l' Isopet de Marie de France est le "laboratoire" idéal pour tenter de réfléchir à de nouvelles approches philologiques. Par l'application de méthodes stemmatologiques modernes, par une grande attention portée aux paramètres codicologiques de la tradition, par une réflexion sur les options de mise en page, et enfin par la mise à profit de l'outil informatique, notre désir le plus cher est, en définitive, de trouver des solutions neuves à d'antiques problèmes.

Mention Summa cum laude

Sophie Schaller, sous la direction du Professeur Alain Corbellari

Simon Gabay, sous la direction du Professeur Alain Corbellari

Thèses dirigées par le Prof. Thierry Herman

Camillia Salas, sous la direction du Professeur Thierry Herman

Cette recherche propose de (re)considérer le témoignage, non pas comme une activité strictement juridique, mais aussi comme une activité langagière dans un contexte judiciaire, où l’action de témoigner ne relève plus uniquement de la compétence légale du témoin (oculaire, de moralité, expert, etc.), mais fait également intervenir d’autres participants au procès (tel que le prévenu, le plaignant, etc.). Dès lors, nous nous intéressons à tous les propos participant à l’élucidation des faits, et ce, dans le cadre d’audiences pénales dans un tribunal de première instance, en Suisse. Dans la mesure où ces propos sont soumis à interprétation, puis évaluation de la part de tous les intervenants au procès, nous nous concentrons tout particulièrement à l’interprétation et à l’évaluation de ces propos, par le président du tribunal, puisque celui-ci est garant du processus décisionnel et qu’il devra les apprécier librement dans le but de les mobiliser ou non comme preuve judiciaire. Autrement dit, il s’agit de voir comment le président du tribunal (1) accorde du crédit au témoignage recueilli lors du procès et (2) mobilise ce témoignage lors du rendu du jugement.

En adoptant une approche interactionnelle et langagière de l’argumentation, il est question de voir comment le président du tribunal - au moyen de l’usage d’un mécanisme d’enchainement discursif spécifique – considère la personne qu’il interroge comme fiable. In fine, ce processus permettra la co-construction du témoignage comme preuve mobilisable ou non dans le jugement. Dans un cadre où les interactions sont de nature asymétrique, que les participants ont des motivations à agir différentes en fonction de leur statut légal, et que le procès se déroule selon un mode de questions/réponses ; les mécanismes de reformulations sont nombreux. Nous retrouvons en particulier, l’usage de structures diaphoniques (Roulet et al, 1985). La diaphonie (reprise dans le dialogue des propos de l’interlocuteur) est un processus primordial dans notre recherche, puisqu’il se caractérise par une fonction communicative certes, mais également interprétative ; ce qui nous permettra donc de mettre en exergue le processus d’interprétation et d’évaluation, qu’opère au cours du procès le président du tribunal lorsqu’il recueille un témoignage.

Exemple :

Extrait 1. (Débats)

 
Pt     aha (1.0) parce qu’autrement (.) si on vous avait pas arrêté vous auriez fait quoi// avec cette voiture\
P      je l’aurai ramenée de toute façon (.) j’ai essayé d’appeler gamma durant la journée où j’ai pris la voiture (1.0) parce que je l’ai pris en fin
de journé[e
Pt                           [alors pour quoi/ vous avez pris cette voiture\(1.0) pour aller à lindt/
 

Extrait 2. (Jugement)

 
On admettra au bénéfice du doute, avec l’accusé, qu’il eût ramené la voiture le soir même ou le lendemain, s’il n’avait pas été opportunément arrêté par la police.
 
Pt : président
P : prévenu
 
 
 

En somme, cette recherche de doctorat souhaite, en étudiant l’action de témoigner dans son contexte séquentiel, voir dans quelle mesure le processus de diaphonie fonctionne comme un indice langagier de l’attribution de la crédibilité du témoignage . Pour ce faire, nous avons observé ainsi qu’enregistré des audiences pénales (intégralement transcrites) au sein du tribunal d’arrondissement de Lausanne (canton de Vaud - Suisse), en première instance. Le choix des affaires s’est porté sur des infractions dont la peine pouvait être comprise entre un et six ans (Cour Correctionnelle), puisque ces cas sont plus nombreux et plus appréhendables, au vu des conditions d’accès ainsi que des clauses de confidentialité qu’exige la recherche dans ce genre d’institutions.

 

Alain Perusset, sous la direction des Professeurs Thierry Herman (UniNE) et Jean-Jacques Boutaud (uBourgogne)

Les ouvrages marketing de référence (Mercator, Marketing Management) s’accordent à dire que la valeur de l’offre est ce qui constitue l’enjeu central de la discipline. La valeur, dans le contexte commercial, est présentée comme le levier qui catalyse l’acte d’achat du consommateur. Cela posé, force est toutefois de constater que, bien souvent, le concept de "valeur" cède la place à un autre concept, celui de "produit" entendu comme « tout ce qui peut être offert sur un marché pour satisfaire un besoin » (Marketing Management). Cet "abandon" de la valeur au profit du produit peut s’expliquer pour une raison sémiotique assez simple : le produit est une forme qui peut être saisie matériellement par les acteurs du marché contrairement à la valeur qui, elle, est immatérielle – rationnelle ou passionnelle – et donc impalpable, invisible, inodore…

Ainsi, si dans son mode de compréhension la valeur appartient bien à la dimension cognitive, il demeure que dans son mode de communication elle se matérialise toujours dans une forme sensible : en l’occurrence, le produit. On voit donc bien ici que le produit est la manifestation de la valeur : les "conseils" d’un courtier d’assurances, la "fragrance" d’un parfum, la "saveur" d’un sorbet… tous ces produits, respectivement auditif, olfactif et gustatif, sont chacun à leur manière des formes physiques porteuses de valeurs. Dit autrement, ce que nous manipulons, ce que nous cherchons à vendre, à communiquer, à acheter ou à utiliser, nous, individus, responsables marketing, consommateurs, ce sont d’abord des valeurs. Or, postuler le primat de la valeur sur le produit (dans la mesure où le produit n’est que le "produit" d’une valeur), comme nous le faisons, conduit dans un second temps à repenser le marketing en termes de valeurs, et non plus en termes de produits comme c’est encore souvent le cas.

Alors certes, il existe bien une discipline qui s’occupe presque exclusivement de la gestion des valeurs commerciales : le brand management. Mais cette discipline demeure pour le moment encore subordonnée aux politiques des produits, voire n’est traitée que comme un sous-embranchement des stratégies de communication. Cette marginalisation du brand management peut toutefois s’expliquer par la relative jeunesse de la discipline et par la difficulté qu’ont les spécialistes à définir la marque. Malgré tout, lorsqu’on parcourt la littérature dans le domaine, des consensus apparaissent tout de même entre les différentes théories, à l’instar de celui selon lequel la marque est douée d’une identité… Or, attribuer à la marque une identité, c’est aussi lui donner de facto une existence qui appelle à son tour, en sémiotique, un concept central, et relativement jeune aussi, celui de "forme de vie". L'objectif de ma thèse est donc de définir c’est qu’une forme de vie sémiotique pour ensuite définir ce qu'est une marque de consommation.