Présentée tantôt comme un axiome (Ruwet 1967) tantôt comme une donnée empirique incontestable, la phrase a bénéficié pendant quelques décennies d'une immunité épistémologique à peu près complète, vivant sous la protection de l'école et dans le prestige de la littérature. Mais les sciences du langage, s'aventurant sur le territoire de la langue parlée (Blanche-Benveniste et Jeanjean 1987) et interrogeant leurs propres fondations (Berrendonner et Béguelin 1989), ont commencé à remettre en question son évidence et sa place incontestée dans le discours scientifique.
Cette présentation propose à la fois un cheminement historique, jalonné de quelques arrêts depuis l'invention de la phrase (Seguin), et un bilan d'étape tenant compte des profonds changements provoqués par les pratiques d'écriture numérique, qui invitent à repenser la place de la matérialité graphique dans la description linguistique (Anis 2000).
Anis, J. (2000). Vers une sémiolinguistique de l’écrit. LINX, 43, 29‑44.
Berrendonner, A., & Béguelin, M.-J. (1989). Décalages : Les niveaux de l’analyse en linguistique. Langue française, 81, 99‑125.
Blanche-Benveniste, C., & Jeanjean, C. (1987). Le français parlé. Édition et transcription. Didier-Érudition.
Ruwet, N. (1967). Introduction à la grammaire générative. Plon.
Seguin, J. P. (1993). L’invention de la phrase au XVIIIe siècle. Peeters.