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Marie-Cécile Frieden

Cancers de la femme au Burkina Faso : pour une approche anthropologique du cancer du col de l’utérus


Si la littérature et les recherches sur le cancer en Occident abondent, ce n’est pas le cas pour l’Afrique. Longtemps estimé comme une « maladie des pays riches », le cancer existe bel et bien dans les pays émergents : considéré comme un problème de santé secondaire dans les pays du Sud, il disparaît derrière des maladies plus médiatisées comme le paludisme ou le VIH/Sida. Pourtant, sur le continent africain, le cancer tue plus que le paludisme, la tuberculose et le Sida réunis !  Les causes sont variables et multifactorielles : incidence élevée de pathologies infectieuses à risques oncogènes, modes de consommation de produits cancérigènes non contrôlés, déficit notoire de politiques de santé nationales et internationales. Le paysage socioculturel et les représentations de la maladie font également partie intégrante des causes de ce constat.

Au Burkina, les cancers féminins les plus fréquents sont ceux du col de l’utérus. Facilement détectables, ils sont néanmoins peu, pas ou mal pris en charge. Les problèmes posés par cette pathologie proviennent essentiellement du manque de prévention et de sensibilisation (peu de campagnes d’informations, formation inadéquate des acteurs de santé, politique nationale de lutte contre le cancer inexistante), qui induit une arrivée tardive des patientes dans le système de soins et les files actives de traitement. À cela s’ajoute des difficultés financières criantes, un manque d’infrastructures et d’installations pour le traitement (équipement et plateau technique), et une pénurie aiguë de spécialistes. Il est aussi important de noter que le cancer du col utérin est « classant VIH », soit un cancer qui définit l’apparition de la phase sida chez les personnes vivant avec le VIH ; sa prise en charge s’inscrit donc dans le contexte du sida comme maladie chronique.

Dans le cadre de ma thèse, je souhaite me pencher plus précisément sur les modalités de prise en charge des cancers féminins, ainsi que sur la qualité de vie des patientes. Il s’agira principalement de déterminer comment gérer la prise en charge globale (prévention, dépistage, diagnostic, traitements) d’une maladie chronique de longue durée dans un système de santé fragile : comment s’organise le dépistage ? Comment le diagnostic est-il vécu par les patientes, leurs familles et les professionnels de la santé (dispositif d’annonce, explications, compréhension) ? Comment s’articulent les soins dans les unités hospitalières et à la maison ? Outre l’aspect socio-économique, quels sont les facteurs anthropologiques, socioculturels, géographiques qui conditionnent l’accès au traitement, ainsi que la qualité de vie des patientes prises en charge ?

Ces différentes questions permettront d’apprécier les conditions sociales (représentations, pratiques, contexte relationnel) et matérielles qui influencent l’accès aux soins, mais aussi de rendre compte de l’organisation du système de soins. En s’intéressant aux points de vue emic, et en articulant le monde des sens et des perceptions avec celui des pratiques et des techniques, il sera alors possible de saisir le sens de l’expérience du cancer au Burkina Faso, tel qu’il est vécu par les patientes, leurs proches et le personnel médical.

En m’appuyant sur les théories relevant de l’anthropologie de la santé, de la santé publique et des Gender Studies, cette recherche aura pour toile de fond la question des inégalités face à la prise en charge globale de la maladie. Elle soulignera à quel point le cancer est à la fois un problème médical et un problème de santé publique, et comment il est lié à des questions de politique et de développement dans un pays émergent.
 

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