« Six ans de «plus-value de la réflexion» ! »

Jonas Follonier, rédacteur en chef du mensuel Le Regard Libre

Le Regard Libre est un mensuel réalisé par de jeunes rédactrices et rédacteurs de Suisse romande, dont plusieurs sont à l’Université de Neuchâtel, mensuel que le Bureau presse & promotion de l’UniNE a décidé de soutenir depuis un certain temps déjà. Pour les six années d’existence de cette revue ambitieuse, rencontre avec le rédacteur en chef, Jonas Follonier, étudiant à la Faculté des lettres et sciences humaines.

 En janvier 2014 sortait le premier numéro du mensuel Le Regard Libre, porté par quatre jeunes Valaisans, alors au Lycée-Collège des Creusets, à Sion. Aujourd’hui, Le Regard Libre, c’est 17 collaborateurs et collaboratrices bénévoles, qui suivent leurs études dans les différentes universités de Suisse romande ou qui les ont déjà quittées. Avec un épicentre neuchâtelois actuellement en train de préparer son travail de Master en philosophie…

Jonas Follonier Créer un journal au lycée, c’est une chose… qu’il continue d’exister après le bac, c’en est une autre. Comment Le Regard Libre a-t-il pu survivre à la dispersion de ses fondateurs à travers les universités suisses?

Cela s’est joué à peu de choses! Quand nous avons quitté le lycée, nous avons pensé transmettre notre journal à une relève. Puis, comme nous n’avons pas vraiment trouvé de repreneurs, nous nous sommes dit: «Pourquoi ne pas essayer de continuer nous-mêmes?» Rapidement, nous avons constaté que nous avions bien fait, parce que tout cela est devenu une véritable passion, encore plus qu’au début!

Aujourd’hui, Le Regard Libre, c’est 68 pages mensuelles consacrées «à la culture et au débat d’idées». Politique, économie, culture, philosophie, parfois brasseries artisanales et, depuis peu, sport… le champ est large!

Le Regard Libre a l’ambition de devenir un média généraliste. Sans ratisser tous les sujets pour autant, mais surtout en misant sur la plus-value de la réflexion. Finalement, les sujets sont presque des prétextes pour nous. Des prétextes à réfléchir, à lancer le débat et à nous amuser. Nous espérons que le lecteur, lui aussi, réfléchisse, s’amuse… et s’énerve parfois!

Le visuel est important dans votre revue… Un dessinateur et une photographe font d’ailleurs partie de votre rédaction.

La dimension esthétique compte beaucoup pour nous. Il existe des revues strictement de réflexion (en France Commentaire, Le Débat) dans lesquelles il n’y a pas le côté très léché d’autres magazines que j’adore comme Gonzaï, ou Rock & Folk. Notre démarche relève d’une espèce d’humanisme, une forme de curiosité: si l’on est intéressé par la philosophie, on est aussi intéressé par la musique, la littérature, les arts visuels... On tisse donc des liens entre tout. J’aime bien travailler avec des personnes qui ont cette ouverture d’esprit.

Vous signez les éditos et de nombreuses interviews… un souvenir particulièrement fort?

Une interview du chanteur Christophe, qui est vraiment l’un des artistes que j’admire dans la chanson française. J’étais très fier de pouvoir décrocher cet entretien: cela montre que nous sommes pris au sérieux. Je citerais aussi Philippe Zumbrunn, homme de radio, passionné de jazz, qui vient de nous quitter, et qui a été l’un des premiers à nous prendre au sérieux lui aussi, et qui nous a fait bénéficier de ses conseils.

Avez-vous d’ailleurs des retours de professionnels? Quel regard un homme comme Jacques Pilet par exemple, lecteur de votre journal, porte-t-il sur Le Regard Libre?

Je crois qu’il voit dans notre travail la preuve qu’une relève existe. C’est sans doute ce qui l’enthousiasme le plus: le fait que des jeunes s’engagent bénévolement pour créer un titre. Lui en a créé plusieurs au cours de sa carrière (notamment L'Hebdo en 1981, Le Nouveau Quotidien en 1991, Bon pour la tête en 2017, NDLR.) Lui et d’autres apprécient aussi notre côté impertinent. C’est quelque chose qui se perd, ces temps.

On sent effectivement dans Le Regard Libre une allergie à un certain type de bien-pensance.

La bien-pensance, c’est un sujet délicat, parce qu’il y a le risque de tomber dans une bien-pensance qui consiste à critiquer la bien-pensance, donc nous essayons d’être aussi détachés de cette bien-pensance-là! Par ailleurs, c’est un terme qui est aussi employé par des cercles pas très recommandables… Pour nous, la bien-pensance est simplement la mode intellectuelle, une mode qui s’affiche parfois dans la politique, parfois dans les universités, parfois dans les médias. Et nous nous y attaquons de l’intérieur, puisque nous sommes à l’université et dans les médias. Nous ne voulons pas nous cantonner à être des observateurs ronchons, nous voulons participer, nous engager de façon constructive.

Comment définiriez-vous votre couleur politique?

Nous n’avons pas de couleur partisane. Beaucoup de gens nous situent au centre droit, ce qui est dû au nom de certains de nos rédacteurs. Mais notre équipe entend être critique face à tous les courants, nous avons toujours souhaité avoir une vraie pluralité au sein de notre rédaction politique. Nous avons d’ailleurs des lecteurs de toutes les sensibilités.

Financièrement, comment parvenez-vous à tourner?

La démarche est claire: faire payer au lecteur le coût du produit. L’abonnement papier est à 100 fr. par année, l’abonnement numérique à 50 fr. Les lecteurs paient pour l’impression, l’envoi, les frais administratifs. Comme nous sommes tous bénévoles, il n’y a pas la pression des salaires.

Comment parvenez-vous à concilier vos études et le travail qu’implique pour vous Le Regard Libre?

Un agenda tenu de manière millimétrée. La délégation des tâches, qui s’apprend, et qui porte ses fruits au bout d’un moment. Et… une petite amie compréhensive! A cela, j’aimerais ajouter que beaucoup de mes amis écrivent au Regard Libre. Ce qui signifie que les moments d’amitié et les moments de travail sont souvent synonymes…

On ne reste pas à l’université toute sa vie. Que va-t-il advenir de la revue lorsque ses fondateurs ne seront plus étudiants… et ce sera bientôt!

Quoi qu’il arrive, nous allons continuer. Nous comptons garder un noyau d’étudiantes et d’étudiants, car nous tenons à garder un lien avec l’université, qui est tout de même le temple du savoir dans la société. Mais nous aimerions aussi professionnaliser davantage la revue et, pourquoi pas, si nous arrivons à un certain nombre de lecteurs, envisager une rédaction salariée. Mais ça, c’est un objectif éventuel à long terme. Ce mélange aura un objectif de mixité, mais aussi de formation de la relève, hors des écoles, grâce à la collaboration avec d’anciens journalistes prêts à passer le flambeau.

Le Regard Libre 
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