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Pétunia à nectar réduit : tricher ne paie pas

communiqué de presse du 13 juillet 2010

Une chercheuse des universités de Neuchâtel et Berne a réussi à cultiver une lignée de pétunias qui produisent nettement moins de nectar et bien plus de semences que les plantes originales.  A cet effet positif s'oppose toutefois le fait que les pollinisateurs passent nettement moins de temps à se désaltérer sur des pétunias proposant moins de nectar. Ceci se traduit par une diminution de la production de graines. Le bilan en termes de coûts et bénéfices pour le pétunia reste neutre, estime Anna Brandenburg à l'issue d'une étude soutenue* par le Pôle de recherche national (NCCR) Survie des plantes. Elle présentera ses résultats au congrès annuel de la Société internationale d'écologie chimique (ISCE) fin juillet à Tours (France).

Dans la plupart des relations entre plantes et pollinisateurs, le nectar joue un rôle central comme dédommagement qu'offre la plante à un pollinisateur pour compenser le coût de ce service. Cependant, certaines variétés d'orchidées ne donnent pas de nectar en échange. En renonçant à cela, la plante fait l'économie de ressources énergétiques qu'elle peut utiliser à son propre avantage, pour gagner en vigueur, produire davantage de graines ou améliorer ses défenses contre des ravageurs. Il était donc pertinent de tester cette hypothèse de pollinisation à « prix réduit » sur des plantes cultivées, dans la perspective d'en augmenter à terme le rendement. Cette question constituait la thèse de doctorat d'Anna Brandenburg, co-dirigée par Redouan Bshary (Université de Neuchâtel) et Cris Kuhlemeier (Université de Berne).

Le travail avait pour objectif d'étudier l'impact d'une réduction de la production de nectar chez le pétunia sur ses pollinisateurs. C'est une plante intéressante pour qui envisage des applications maraîchères, car elle appartient à la même famille - celle des Solanacées - que la pomme de terre ou la tomate.

Durant cette recherche, la biologiste a dû tout d'abord développer une nouvelle méthode pour obtenir des plantes adéquates. Il fallait obtenir des variétés affichant une différence très nette dans la production de nectar par rapport à l'espèce d'origine Petunia axillaris. Après de multiples croisements entre celle-ci et P. integrifolia, la jeune biologiste a réussi à cultiver des lignées offrant un volume de nectar trois fois inférieur à celui de P. axillaris.

En pratiquant une pollinisation manuelle, Anna Brandenburg a noté deux effets bénéfiques dus à la réduction de nectar. Les pétunias présentant cette caractéristique produisaient davantage 20 à 30% plus de graines que P. axillaris. De plus, toujours par rapport à la même espèce, la nouvelle lignée de pétunias émettait deux fois plus de benzoate de méthyle, une substance odorante jouant un rôle dans l'orientation des sphinx pollinisateurs vers la fleur. Ce résultat reste à vérifier, car les odeurs sous les serres étaient souvent saturées.

Tout change cependant sitôt que les pollinisateurs naturels entrent en jeu. Les sphinx du tabac (Manduca sexta) passent nettement moins de temps à se désaltérer sur les fleurs leur offrant une moindre récompense, diminuant ainsi leur récolte de pollen, ce qui a pour conséquence de réduire considérablement la quantité de graines produites. Il ressort en outre de ce travail que les sphinx sont capables de reconnaître les plantes qui trichent, une aptitude innée comme l'ont d'ailleurs démontré des tests complémentaires.

* Anna Brandenburg, "The effect of nectar reduction in Petunia axillaris on foraging behaviour of noctural hawkmoths, observed in laboratory and field behavioural assays"; Thèse de doctorat 2121: Université de Neuchâtel, 2009.

contacts

Dr Anna Brandenburg
Uni Bern / Institute of Plant Sciences
Uni Neuchâtel / Laboratoire d'éco-éthologie
Tel.: +41 31 631 37 77
anna.brandenburg@unine.ch

 


(c) Alexandre Dell'Olivo (UniBE)

Le sphinx du tabac sur un pétunia