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Parfum d'amour pour papillons

communiqué de presse du 28 novembre 2007

Les odeurs diffusées par des plantes jouent un rôle majeur dans la rencontre entre mâles et femelles de papillons nuisibles. Cette découverte du Pôle de recherche national (NCCR) Survie des plantes, présentée dans plusieurs conférences internationales, promet d'améliorer la lutte biotechnique contre des ravageurs de la vigne ou de la pomme.

Les papillons Lobesia botrana et Eupoecilia ambiguella figurent en tête des ravageurs de la vigne en Europe. Une méthode de lutte biotechnique, déjà appliquée sur la moitié des vignobles suisses, consiste à empêcher les mâles de rejoindre les femelles, selon un principe appelé "confusion sexuelle". Des phéromones sexuelles synthétiques, imitant la présence de la femelle, sont relâchées par des diffuseurs disséminés dans le vignoble qui attirent les mâles, leur ôtant toute possibilité d'accouplement et donc de reproduction de l'espèce.

Cependant, la confusion sexuelle perd de son efficacité dès que la population de ravageurs devient trop élevée. Or, il y a un moyen de compenser cet inconvénient. Comment ? En augmentant l'efficacité des "femelles artificielles". A l'Université de Neuchâtel, Daniela Schmidt et Martin von Arx, deux doctorants travaillant sous la direction de Patrick Guerin, ont mis en évidence qu'en ajoutant aux phéromones sexuelles des substances volatiles provenant de la vigne, on améliorait considérablement l'attractivité du signal. Leurs expériences ont été concluantes tant au laboratoire que sur le terrain. Elles ont fait l'objet de présentations lors de conférences internationales à Jena (Allemagne), Roscoff (France) et Lucerne (Suisse).

De plus, le phénomène ne se limite pas à la vigne. Denes Schmera, ancien membre de l'équipe de Patrick Guerin, avait également montré qu'un papillon ravageur de la pomme, le carpocapse (Cydia pomonella), était lui aussi davantage attiré par un signal phéromonal, si celui-ci était enrichi par des substances odorantes tirées des pommes. Plus généralement, on peut dire que les monocultures (vignobles, vergers, maïs) amplifient le phénomène, en facilitant les rencontres de leurs ravageurs à des fins de reproduction.

Ainsi la vigne devient-elle le lieu de rendez-vous "amoureux" de ses ennemis phytophages. "Ce n'est pas que la plante relâche ce signal de manière spécifique, ce qui serait contraire à son intérêt, nuancent les chercheurs. Elle émet de toute façon cette odeur. Mais pour les antennes des mâles qui captent les molécules, le signal d'origine végétale augmente la certitude de trouver des femelles à proximité de la plante hôte."

Au laboratoire, les biologistes disposent d'une chambre de vol pour mesurer l'efficacité du signal odorant. A l'une des extrêmités, on place des papillons mâles, et à l'autre, un diffuseur de molécules qui émet un aérosol contenant des phéromones et des substances volatiles de la plante, dont on peut contrôler le dosage jusqu'au millionième de milligramme par minute. Dès que le signal odorant se répand, l'insecte mâle décolle et son vol est filmé en trois dimensions le long de la chambre.

Pour les deux espèces de papillons, les résultats ne laissent planer aucun doute: en ajoutant des composés de la plante, le nombre de mâles qui atteignent la source de l'odeur augmente d'au moins 20%, voire jusqu'à 30% selon le produit. Dans la perspective de lutte contre ces ravageurs, la méthode laisse entrevoir un autre avantage. "Les phéromones synthétiques utilisées dans les diffuseurs actuels sont chères. Nos résultats prouvent qu'on peut garder la même efficacité en remplaçant une certaine quantité de phéromones par des composés d'origine végétale bien moins onéreux", observent les biologistes.

Reste maintenant aux chercheurs de Neuchâtel à s'appuyer sur un partenaire industriel, afin de développer à des fins commerciales un nouveau diffuseur comprenant des composés volatiles de la plante. Le projet est en bonne voie, puisqu'il bénéfice du soutien de la CTI, l'agence de la Confédération pour la promotion de l'innovation.


 

contact

Dr. Patrick Guerin
Université de Neuchâtel


Lobesia botrana

 
Eupoecilia ambiguella