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Manger ou être mangé: comment les réseaux alimentaires se contruisent-ils?

communiqué de presse du 26 février 2004

Les plantes figurent souvent à l'origine des chaînes alimentaires. Leur survie dépend donc des liens existants entre proies et prédateurs vivant dans un écosystème donné. Co-financée par le Pôle de recherche national Survie des plantes, une étude sur ce thème vient d'être publiée dans la prestigieuse revue Nature du 26 février 2004.

Louis-Félix Bersier, chercheur à l'Université de Neuchâtel et à l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, ainsi que Marie-France Cattin, doctorante à Neuchâtel, sont les auteurs principaux d'un nouveau modèle permettant de mieux comprendre la mise en place des réseaux trophiques, c'est-à-dire des relations entre proies et prédateurs, au sein d'une communauté d'êtres vivants. Soutenu par le Fonds national suisse, ce travail est co-signé par Carolin Banasek-Richter, également doctorante à Neuchâtel, avec la participation de mathématiciens de l'Université de Fribourg, Richard Baltensperger et Jean-Pierre Gabriel.

Le but du modèle publié dans Nature est de proposer un schéma des relations alimentaires entre espèces qui soit le plus proche possible de la réalité, et ce, pour n'importe quel écosystème. Le modèle permet de déduire plusieurs propriétés découlant des relations entre proies et prédateurs, notamment la proportion d'espèces qui sont uniquement des proies ou, au contraire, de celles qui ne sont que prédatrices. On peut aussi déterminer le pourcentage d'espèces omnivores ou cannibales, et bien d'autres facteurs encore. L'originalité du travail de Louis-Félix Bersier et de ses collaborateurs est de montrer que les chaînes alimentaires ne dépendent pas uniquement de la capacité d'adaptation des individus. Les facteurs génétiques acquis au cours de l'évolution sont également décisifs. Toute l'histoire de cette diversification est condensée dans la classification des espèces et les auteurs montrent que cette "phylogénie" est un facteur essentiel pour comprendre la structure des réseaux trophiques.

Un des résultats de l'évolution est l'acquisition de caractéristiques anatomiques qui facilitent l'ingestion d'une certaine catégorie de proies. Ainsi, les fauvettes possèdent toutes un bec parfaitement adapté pour saisir des insectes. Quant aux criquets de la famille des Acrididae, tous, sans exception, présentent des pièces buccales qui en font d'excellents herbivores. "Le fait que les relations trophiques dépendent aussi bien des contraintes phylogénétiques que des capacités d'adaptation est effectivement une chose à laquelle on pouvait s'attendre, admet Marie-France Cattin. Mais c'est la première fois que ces deux arguments peuvent être mis en évidence au niveau des communautés, c'est-à-dire à une échelle supérieure à celle de l'espèce. Notre modèle a été testé avec succès sur sept communautés comprenant entre 30 et 180 espèces".

Même s'il s'agit avant tout de recherche fondamentale, les idées sous-jacentes que véhicule ce travail pourraient trouver écho dans d'autres domaines que les réseaux trophiques. On songe ici à des thèmes comme l'impact des changements climatiques sur la faune et la flore.

pour plus d'informations

Louis-Félix Bersier
Institut de zoologie
Université de Neuchâtel
tel +41 32 718 30 06
fax + 41 32 718 30 01
Louis-Felix.Bersier(at)unine.ch

Rédacteur: Igor Chlebny