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Blinder les cellules végétales pour stopper les agents pathogènes

communiqué de presse du 21 avril 2004

Lorsqu'ils sont attaqués par certains organismes pathogènes, les végétaux renforcent les parois de leurs cellules. Des membres du Pôle de recherche national Survie des plantes montrent comment ce blindage naturel peut être induit par un traitement biochimique préalable, sans pour autant porter atteinte à l'environnement.

L'acide ß-amino butyrique (plus familièrement appelé BABA) est une substance qui fait partie de la panoplie classique des biochimistes. Depuis plusieurs décennies, on sait que cet acide aminé renforce la résistance des plantes à toutes sortes de bactéries, champignons et virus pathogènes. Mais par quels mécanismes s'opère cette résistance? On commence juste à le découvrir. Jurriaan Ton et Brigitte Mauch-Mani, phytopathologistes à l'Université de Neuchâtel, apportent des éléments de réponse importants en étudiant les conséquences physiologiques d'un traitement au BABA chez Arabidopsis thaliana, la "souris de laboratoire" des botanistes. Au terme d'un travail qui a fait l'objet d'une publication début avril dans la revue scientifique The Plant Journal*, les deux scientifiques ont montré que l'acide aminé favorise la formation de bouchons au niveau des parois cellulaires.

Entièrement naturelle et totalement inoffensive pour l'environnement, la substance protectrice n'agit pas en tuant le vecteur de la maladie, mais en empêchant physiquement les pathogènes de pénétrer à l'intérieur des cellules. Ce blindage est formé par des agrégats de callose, un polymère semblable à la cellulose. Son efficacité vient d'être testée contre Alternaria brassicicola, un champignon connu pour provoquer des nécroses sur les feuilles de colza, de chou et d'autres cultures apparentées. On observe ainsi une réduction de 40% de la taille des lésions sur les feuilles d'Arabidopsis qui ont subi un traitement au BABA par rapport aux spécimens qui n'en ont pas bénéficié. Une différence, estiment les chercheurs du PRN Survie des plantes, entièrement imputable à la présence des bouchons de callose. Pour le prouver, des feuilles traitées au BABA ont été plongées dans des solutions contenant différentes concentrations d'une substance qui inhibe la formation de callose. Il apparaît alors que les lésions provoquées par le champignon sont d'autant plus importantes que la concentration en substance "anti-callose" est grande.

Le traitement au BABA induit une résistance sélective à la plante: seuls les végétaux touchés par le vecteur de la maladie, comme ici des spores de champignons, réagissent. Les autres individus ne modifient pas l'état de leurs cellules. Le BABA est donc un produit phytosanitaire peu invasif et inoffensif pour les espèces non visées. Maintenant que l'on comprend mieux son mode de fonctionnement, il reste à le tester sur des plantes cultivées. Raison pour laquelle des expériences prometteuses à ce sujet sont en cours sur la vigne, au sein du PRN Survie des plantes.

pour plus d'informations

Dr. Brigitte Mauch-Mani, directrice de recherche
Université de Neuchâtel
Institut de botanique
Tel: +41 32 718 2205
Fax: +41 32 718 2201

Jurriaan Ton
Tel: +41 32 718 2729
jurriaan.ton(at)unine.ch

* The Plant Journal (2004) 38 (1), 119-130.

Rédacteur: Igor Chlebny