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Molécules de résistance à des maladies de la vigne

communiqué de presse du 30 septembre 2003

Des scientifiques du Pôle de recherche national Survie des plantes en milieux naturels et agricoles ont isolé plusieurs molécules sécrétées par la vigne pour lutter contre des maladies fongiques fort répandues: la pourriture grise et le mildiou.

Les tannins, contenus dans les pépins de raisin, assurent la conservation du vin. Ils sont également connus pour avoir des effets positifs sur l'organisme humain, en contribuant à la protection des parois artérielles, grâce à leurs vertus anti-oxydantes. Or, voici que l'on se penche sur une autre propriété de cette famille de molécules chez la vigne: la ligne de défense qu'elle constitue contre Botrytis cinerea, des champignons vecteurs de la pourriture grise.

Des travaux menés à l'Université de Neuchâtel et à la Station fédérale de recherches en production végétale de Changins ont permis de comparer la production de tannins chez des variétés sensibles (Gamay) et résistantes (Gamaret) à la pourriture grise. Et ce, à différents stades de maturation du raisin: pleine fleur, petit pois, fermeture de la grappe, véraison et vendanges. La partie la plus délicate a consisté à fractionner ces chaînes de molécules pour en déduire leur degré de polymérisation (exprimant la longueur et la complexité de la chaîne), à l'aide d'une méthode spéciale de spectroscopie de masse développée à l'Université de Neuchâtel.

Les tannins du Gamaret, depuis la stade du petit pois jusqu'à celui des vendanges, présentent un degré de polymérisation plus élevé d'un tiers que ceux du Gamay. Cela signifie qu'ils sont plus efficaces dans leur activité protectrice, qui consiste à inhiber l'action d'une enzyme produite par le champignon pathogène. C'est cette enzyme qui participe au développement de la maladie, en oxydant les composés phénoliques des tissus qu'elle attaque, comme le rappellent Roger Pezet, chercheur en pathologie végétale à la Station fédérale de Changins et Raffaele Tabacchi, professeur de chimie à l'Université de Neuchâtel. Directeurs de projet au sein du PRN Survie des plantes et principaux auteurs de l'étude, ils en concluent que la résistance à B. cinerea dépend non pas du nombre de champignons en latence dans le fruit, mais surtout de la qualité des tannins présents dans les raisins, ainsi que de leur effet inhibiteur sur les enzymes du parasite.

Dans une autre étude, ces mêmes auteurs et leurs collaborateurs se sont penchés sur un second fléau majeur de la vigne: le mildiou. Ils ont découvert une molécule produite en abondance par la plante lorsque celle-ci subit l'attaque du champignon pathogène. Il s'agit de la d-viniferine, dérivée du resveratrol, un polyphénol célèbre pour ses propriétés anti-oxydantes et son effet préventif face à certains cancers. Bien que déjà détectée dans les vins et dans des cellules de vigne en culture in vitro, cette molécule vient pour la première fois d'être identifiée comme membre du système de défense de la plante contre le mildiou, propagé par le champignon Plasmopara viticola. Elle déploie une action anti-fongique plus efficacement que d'autres composés de la même famille chimique.

L'identification de ces molécules améliore considérablement la compréhension des mécanismes biochimiques de résistance de la vigne face aux champignons pathogènes. Ces résultats qui ont fait l'objet de plusieurs publications scientifiques (Journal of Phytopathology et Journal of Agricultural and Food Chemistry), s'inscrivent également dans un dossier portant sur l'importance de la chimie au sein du PRN Survie des plantes qui sera publié par la revue suisse Chimia (Octobre 2003).

pour plus d'informations

Dr. Roger Pezet
RAC-Changins, Nyon
tel +41 22 363 4353 (mornings)
roger.pezet(at)rac.admin.ch

Prof. Raffaele Tabacchi
Université de Neuchâtel, Institut de Chimie
tel +41 32 718 2429
raphael.tabacchi(at)unine.ch