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Un chercheur de Neuchâtel parmi les lauréats du Prix Körber 2001 pour la science européenne

communiqué de presse du 30 août 2001

Neuchâtel, le 30 août 2001. Enrico Martinoia, professeur de biologie à l'Université de Neuchâtel, recevra vendredi 7 septembre à Hambourg (Allemagne) le Prix de la Fondation Körber qu'il partage avec quatre autres scientifiques européens. Dotée de 750'000 euros (1,15 million de francs), cette récompense finance un projet de recherche sur la physiologie des plantes.

Chaque année, la Fondation Körber encourage la recherche scientifique européenne en soutenant un projet présenté par des candidats jouissant d'une réputation internationale. Pour cette édition, le Prix Körber revient à cinq spécialistes de la physiologie végétale, parmi lesquels on trouve le Suisse Enrico Martinoia qui est également vice-directeur du Pôle de recherche national Survie des plantes en milieux naturels et agricoles piloté depuis Neuchâtel.

Les autres lauréats sont les professeurs allemands Wolf-Bernd Frommer (Université de Tübingen), Rainer Hedrich (Université de Würzburg), Norbert Sauer (Université de Erlangen-Nürnberg), et le professeur britannique Dale Sanders (Université de York).

Le projet pour lequel les cinq scientifiques ont été récompensés consiste à étudier les gènes jouant un rôle dans la circulation des substances produites ou absorbées par la plante. Il s'agit là d'un sujet de première importance, car ces processus de transport peuvent avoir des retombées positives sur le rendement des cultures, la résistance de la plante à des contraintes de l'environnement et sur la production d'extraits végétaux importants pour la pharmacologie.

L'équipe neuchâteloise d'Enrico Martinoia entend en effet examiner des mécanismes permettant à la plante d'accumuler dans ses cellules des substances utilisables en médecine. C'est le cas par exemple de la morphine, un anti-douleur notoire; du taxol et de la vincristine, deux substances présentant des propriétés antitumorales; ou encore des glycosides cardiaques, molécules agissant notamment en cas de troubles du rythme cardiaque. Grâce au Prix Körber et à sa participation au Pôle de recherche national, Enrico Martinoia compte améliorer la production de substances végétales intéressantes pour la médecine.

Le laboratoire de physiologie végétale de Neuchâtel souhaite également approfondir la recherche sur les mécanismes génétiques qui permettent à une plante d'extraire du sol des métaux lourds, comme le cadmium, le plomb, le zinc ou le cuivre. Un grand nombre de sols étant contaminés, l'extraction de ces éléments toxiques par la plante reste une solution économiquement réaliste. Il s'agit donc de rechercher des plantes qui, après avoir accumulé les éléments polluants de manière efficace, pourront être incinérées dans des fours spéciaux. Avec cette stratégie, les scientifiques espèrent d'ici 5 à 8 ans réduire de 90% la présence des métaux lourds.

Troisième piste d'investigation dans laquelle se lance Enrico Martinoia: la survie des végétaux en milieu aride. Il s'agit d'étudier les moyens de réduire la perte d'eau par les feuilles en modifiant l'expression de quelques gènes qui sont d'ailleurs présents dans toutes les espèces analysées à ce jour.

Le professeur de Neuchâtel insiste sur le fait que les changements apportés en laboratoire peuvent aussi bien survenir dans la nature. "Nous n'introduisons pas de gène d'espèces étrangères (bactéries ou autres) dans nos végétaux, précise-t-il. Nous nous contentons d'accentuer des processus physiologiques qui existent déjà dans la plante. En ce sens notre démarche reste parfaitement écologique."

Les cinq lauréats se sont donné trois ans pour livrer les premiers résultats qui, s'agissant des chapitres relevant de la compétence du lauréat suisse, profiteront également au Pôle de recherche national.