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Le risque de transfert de gènes entre du blé et d'autres plantes existe : des scientifiques neuchâtelois le mettent en évidence

Communiqué de presse du 8 août 2001

Neuchâtel, le 8 août 2001. Le transfert de gènes entre du blé cultivé et une plante sauvage est possible. Des chercheurs de l'Université de Neuchâtel révèlent pour la première fois l'existence de ce risque en Europe centrale et entendent donner des réponses plus précises dans le cadre du Pôle de recherche national Survie des plantes en milieux naturels et agricoles.

Sur l'ensemble de notre planète, le blé appartenant à l'espèce Triticum aestivum représente l'une des cultures les plus répandues. On en produit 21 millions de tonnes par an, ce qui correspond à une surface totale de 230 millions d'hectares. Mais pour garantir des récoltes optimales, il faut écarter tout risque d'échange de patrimoine génétique avec des espèces voisines. En outre, pour préserver l'intégrité de la flore spontanée, il est important d'estimer, dans le cas de cultures de plantes transgéniques, les risques de passage de gènes modifiés d'une plante cultivée à ses parentes sauvages. Or voici qu'un groupe de chercheurs emmenés par François Felber, conservateur du Jardin botanique de l'Université et de la Ville de Neuchâtel, démontre qu'une telle éventualité existe.

Des hybrides indésirables et fertiles.

De leurs travaux publiés cet été dans la revue Theoretical and Applied Genetics, il ressort que non seulement le blé se croise avec une cousine sauvage, l'égilope cylindrique ou Aegilops cylindrica, mais que ces croisements donnent naissance à des plantes hybrides dont certaines produisent des graines. De plus, lorsque les hybrides en question se recroisent avec des individus de l'espèce sauvage, ils engendrent des plantes qui, tout en affichant la morphologie de l'égilope, gardent des traces du patrimoine génétique provenant du blé cultivé.

Ces résultats prennent toute leur importance sitôt que l'on songe à la culture de plantes transgéniques. Comme l'explique François Felber: "Prenons du blé artificiellement doté d'un gène qui le rend par exemple résistant aux herbicides. Il y a un certain risque -certes faible, mais il existe- pour que ce gène se transmette de génération en génération à l'égilope cylindrique. Cette dernière, qui est en fait une " mauvaise herbe ", pourrait à son tour devenir résistante à l'herbicide, réduisant à néant les efforts du cultivateur pour l'éliminer."

Les expériences se sont déroulées dans des champs de la Station fédérale de recherches en production végétale de Changins, près de Nyon. François Felber et ses collègues s'étonnent du fait que les croisements produisent un nombre d'hybrides très variable selon l'origine géographique des égilopes. Avec des semences prélevées dans la région de Sierre, on compte 7 hybrides parmi 100 graines formées. Cette proportion tombe à 1% pour des plantes originaires de Saillon ou de Brigue.

"Ces différences montrent qu'il est important d'évaluer très précisément les risques, même à un niveau régional, puisque dans cette étude, toutes les plantes sauvages proviennent du Valais", souligne François Felber.

S'agissant de la Suisse, ces chiffres n'alarment pas trop les chercheurs, car les égilopes cylindriques ne se trouvent qu'en Valais, une région à production céréalière modérée. Mais ailleurs en Europe, ainsi que dans le Moyen-Orient, le taux d'hybridation pourrait significativement augmenter, du moment que les égilopes cylindriques et d'autres espèces cousines du blé se trouvent à proximité, voire à l'intérieur, des champs cultivés.

Risques à ne pas sous-estimer.

"Malgré la faible fertilité des hybrides, ces risques ne doivent pas être sous-estimés", avertissent les auteurs de l'étude suisse. Cette mise en garde vaut surtout pour les Etats-Unis où cette mauvaise herbe a déjà envahi l'équivalent de 3 millions d'hectares, causant des pertes significatives dans les récoltes de blé et diminuant sa qualité.

Dans le futur proche, François Felber et son équipe réaliseront des expériences au sein du Pôle de recherche national "Survie des plantes en milieux naturels et agricoles" piloté depuis l'Université de Neuchâtel. Si l'on compare le code génétique à un livre et les gènes à des mots, les chercheurs envisagent de déceler les pages -autrement dit, les chromosomes- sur lesquelles l'information s'imprime plus facilement. Et d'identifier ainsi les portions d'ADN qui facilitent l'échange de gènes entre les deux espèces végétales.

pour plus d'informations

Dr François Felber
Jardin Botanique de l'Université et de la Ville de Neuchâtel

Rédacteur: Igor Chlebny