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Langage non discriminatoire

Démarche futile ou action utile face à un réel problème?

Si les débats et les questions foisonnent autour des concepts de langage épicène et de féminisation du langage, la question qui a occupé la recherche scientifique sur le sujet dans les sciences du langage ces 10 dernières années porte principalement sur les sens possibles de la forme grammaticale masculine.

Quels sont les sens activés spontanément lorsque nous rencontrons, dans un texte, ou dans le discours, un mot à la forme grammaticale masculine, se référant à une personne ou à un groupe de personnes ? A quoi pensons-nous quand nous lisons ou entendons "un étudiant" ou "des étudiants" ?

  • Masculin spécifique et masculin générique: un message ambigu

    Les règles grammaticales françaises nous disent que le masculin, contrairement à la forme grammaticale féminine, est gratifié de deux sens possibles. Le premier, le sens dit spécifique, implique que le masculin se réfère à un ou à plusieurs hommes (si le mot est au pluriel). C’est ce sens-là que nous apprenons en premier à l’école, en le contrastant bien sûr à l’utilisation de la forme féminine pour se référer à une ou plusieurs femmes. Par exemple, un homme jouant de la musique est un musicien, alors qu’une femme jouant de la musique est une musicienne.

    Formellement, ce n’est que plus tard que nous apprenons le deuxième sens, le sens dit générique, qui implique quant à lui que le masculin peut être utilisé pour se référer à un groupe mixte – composé de femmes et d’hommes[1] – ou à un groupe dont nous ne connaissons pas la composition (où dont la composition n’est pas importante).

    En termes de compréhension, ce double sens engendre une certaine ambiguïté que notre cerveau, ou plus spécifiquement notre système cognitif, doit gérer. Dès lors, un nombre important d’études se sont concentrées sur la manière dont le système cognitif gère cette ambiguïté. Cette question est importante, car la valeur attribuée à la forme masculine guide la compréhension du texte ou du discours, ainsi que les comportements qui y sont liés.  

     

    [1] De fait, il suffit d’un homme pour que le mot utilisé soit écrit au masculin

  • Que dit la recherche?

    A l’heure actuelle, pratiquement toutes les recherches sur le sujet s’accordent à dire que le sens spécifique de la forme grammaticale masculine (forme grammaticale masculine = homme) domine notre compréhension, et ceci dans toutes les langues ayant un genre grammatical basé sur la correspondance entre humains et langue. Ainsi, il est maintenant indéniable qu’en lisant la phrase « Les musiciens sortirent de la salle », nous formons spontanément une représentation mentale constituée d’une majorité d’hommes.

    Les modèles de compréhension les plus récents suggèrent même qu’il nous est impossible d’empêcher l’activation du lien forme grammaticale masculine = homme, cette activation échappant totalement à notre contrôle. Même demander à une personne de penser le masculin comme une forme grammaticale générique, incluant les femmes et les hommes, ne suffit pas à éviter l’activation de ce lien. La forme masculine devient donc réductrice – en terme de représentation –, car même si elle est souhaitée comme inclusive (femmes et hommes), donc générique, notre système cognitif peine énormément à la considérer comme telle.

  • Références

    Esaulova, Y., Reali, C. & von Stockhausen, L. (2014). Influences of grammatical and stereotypical gender during reading: Eye movements in pronominal and noun phrase anaphor resolution. Language, Cognition and Neuroscience, 29, 781-803.

    Gygax, P., Gabriel, U., Sarrasin, O., Garnham, A. & Oakhill, J. (2009). Some grammatical rules are more difficult than others: The case of the generic interpretation of the masculine. European Journal of Psychology of Education, 24, 235-246.

    Gygax, P., Gabriel, U., Lévy, A., Pool, E., Grivel, M., & Pedrazzini, E. (2012). The masculine form and its competing interpretations in French: When linking grammatically masculine role names to female referents is difficult. Journal of Cognitive Psychology, 24, 395-408.

    Gygax, P.M., Sarrasin, O., Lévy, A., Sato., S., & Gabriel, U. (2013). La représentation mentale du genre pendant la lecture : état actuel de la recherche et directions futures. Journal of French Language Studies, 23, 243-257.

    Irmen, L., & Kurovskaja, J. (2010). On the semantic content of grammatical gender and its impact on the representation of human referents. Experimental Psychology, 57, 367–375.

Principes à retenir

  • Privilégier les termes et formulations non genrées, si on ne se réfère pas spécifiquement à une personne ou à un genre
  • Utiliser la forme féminine et masculine conjointement, lorsqu’il n’est pas possible d’opter pour une formulation non genrée
  • Utiliser la formée contractée avec le point médian « · » ou le trait d'union, lorsque la forme féminine et masculine sont très proches

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