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20 novembre 2002

Les glaciers alpins dans un climat global changeant

W. Haeberli, Univ. ZH

Les glaciers de montagne réagissent fortement aux changements de la température atmosphérique, en raison de leur proximité du point de fusion. En fait, le rétrécissement des glaciers résultant du réchauffement climatique est d’une importance capitale non seulement comme indication principale de changement continu mais également en ce qui concerne les effets à plus grande échelle (niveau de la mer, décharge de fleuve, changement de paysage, tourisme, risques naturels). Le réseau terrestre global pour les glaciers (The Global Terrestrial Network for Glaciers, GTN-G) géré par le service mondial de surveillance des glaciers (World Glacier Monitoring Service, WGMS) est un projet pilote des programmes d’observation globaux liés au climat. Il suit une stratégie d’observation hiérarchique qui essaie de lier des études de processus détaillées avec la couverture globale par images satellite. Les glaciers des Alpes européennes sont documentés par des séries de mesures particulièrement longues et détaillées.

Le 20ème siècle a connu des réductions saisissantes dans la couverture par les glaciers des secteurs froids de montagne partout dans le monde. Entre le milieu du 19ème siècle, à la fin du „Petit Age Glaciaire“, et les inventaires des glaciers compilés vers les années 1970, les glaciers dans les Alpes européennes ont perdu 30 à 40% en superficie et environ 50% en volume de glace. Pendant les deux dernières décennies, les bilans des glaciers dans les Alpes européennes ont été considérablement plus négatifs que la moyenne séculaire dérivée de la comparaison avec les cartes historiques précises et avec les changements cumulatifs de la longueur des glaciers. L'analyse préliminaire des dernières informations livrées par satellite sur des secteurs de glacier dans les Alpes suisses indique une perte moyenne entre 1985 et 2000 encore plus rapide que prévu par la moyenne des scénarios pour un réchauffement atmosphérique continu. La couverture de glace a pu, en fait, avoir perdu environ 20 à 30% de son volume estimé depuis les années 70. La situation semble évoluer très rapidement et même s‘accélérer au-delà de la limite de plus grand réchauffement pendant les périodes historiques, voire même durant l'holocène, les 10‘000 années depuis la dernière période glaciaire.

Avec l'accélération continue du réchauffement climatique prévue dans les scénarios réalistes d‘effet de serre pour les prochaines décennies, la moitié environ du volume des glaciers alpins existant autour de 1970 pourrait être perdue avant l'année 2025. Beaucoup de chaînes de montagne couvertes actuellement par de la glace pourraient aussi devenir exemptes de glace vers la fin du siècle. Ceci pourrait mener à de fortes dégradations dans la perception humaine des paysages de hautes montagnes et s‘accompagner de changements marqués dans le cycle de l'eau, dans la dynamique des processus de surface et dans les conditions de vie. L'exemple des risques relatifs aux glaciers illustre que les connaissances empiriques tirées de l‘Histoire perdent de plus en plus de signification et d‘applicabilité directe. Elles doivent être complétées, si ce n‘est remplacé, par des concepts transdisciplinaires de modèles spatiaux robustes et de surveillance systématique dans une échelle de hiérarchie, de résolution et de niveaux de sophistication. De ce fait, les technologies de pointe (télédétection, systèmes d'information géographiques, sondages géophysiques, modèles numériques) sont d'importance fondamentale. Les concepts et les méthodologies correspondants ont été développés dans un certain nombre de programmes de recherche financés par le gouvernement fédéral suisse depuis la catastrophe de Mattmark en 1965. De telles approches sont de plus en plus appliquées dans d'autres régions du monde : les succès de leur application, cependant, dépend de la bonne volonté des autorités politiques impliquées de se servir de leurs avantages.