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| Hommage / Nachruf |
Jean Louis Christinat (1933-2001)
Pierre Centlivres
Jean Louis Christinat est mort le 24 février 2001, après une courte maladie, foudroyé alors qu'il avait pris sa retraite depuis un peu plus de deux ans et qu'il n'avait nullement ralenti ses activités d'homme de terrain. On comprend qu'une fin si brusque a stupéfié autant qu'attristé ses proches et ses collègues.
Né à Genève en 1933, il avait été pendant dix-huit ans maître-assistant (chef de travaux) à l'Institut d'ethnologie de l'Université de Neuchâtel. Parmi les ethnologues de notre pays, il a certainement occupé une place marquante comme américaniste, comme membre actif de sociétés savantes et comme chercheur, enseignant et conférencier de grande valeur. A l'Institut d'ethnologie, il fut un collaborateur compétent, fidèle et exigeant, contribuant à son essor et à son rayonnement par delà les murs de l'Université.
Sous des dehors d'administrateur maîtrisant les rouages complexes de l'institution et gérant le cursus des étudiants, Jean Louis était aussi un aventurier, au meilleur sens du terme: exploration, spéléologie active, missions solitaires ne lui faisaient pas peur, et il a souvent joué un rôle de pionnier dans ces domaines où il alliait le risque calculé aux principes scientifiques d'une collecte de faits rigoureux. Il savait ensuite captiver ses auditeurs de récits passionnants.
Jean Louis Christinat n'était pas issu de la filière universitaire classique. Nanti d'un certificat fédéral de capacité, il partit pour le Brésil comme décorateur, envoyé par une maison suisse avec un contrat d'un an, en 1956. Le Brésil le séduit, et il décide d'y rester pour faire œuvre de précurseur en spéléologie tout d'abord. Puis, dès 1959, l'Amazonie le captive à son tour, et il y effectue plusieurs missions. Chez les Indiens Xavantes tout d'abord, puis dans le Haut-Xingu, et ensuite dans le Mato Grosso, auprès des Indiens Erigpactsa du rio Juruena. "La découverte de la réalité indienne, dit-il, marque un tournant décisif dans ma vie." Entre-temps, il a pris contact avec le Musée d'ethnographie de Genève, dont la directrice, Madame Marguerite Lobsiger-Dellenbach, l'encourage et le conseille, et pour lequel il constituera plusieurs collections ethnographiques.
Les années 1964 à 1969 le voient dans les Andes péruviennes, où il effectue notamment une enquête sur l'adaptation des migrants des hauts plateaux, partis coloniser les parages forestiers du rio Inambari. Jean Louis Christinat s'était marié en 1966 avec une compatriote rencontrée au Pérou, où elle travaillait comme infirmière, et c'est en famille désormais qu'il aborde ses terrains de recherche.
La rencontre d'Alfred Métraux puis de Hans Dietschy contribue à une prise de conscience, celle de la nécessité d'ancrer une expérience déjà riche dans une base théorique et méthodologique universitaire. Grâce à l'appui de Claude Lévi-Strauss, il est nommé élève titulaire de l'EHESS, alors Sixième section de l'Ecole pratique des hautes études, à Paris, et il reçoit son diplôme en 1970.
C'est ensuite un long et fructueux séjour de recherche à Chia, dans la province péruvienne de Carabaya. Il se propose d'étudier la parenté rituelle, ce qui implique de sa part, sur place, un engagement personnel dans le tissu des relations de compérage. Ce séjour aboutit à une thèse en deux volumes, soutenue victorieusement à l'Ecole en 1979: Parenté rituelle et société à Chia (Pérou) avec mention très bien et félicitations du jury, thèse qui a été éditée en 1989 sous le titre Des parrains pour la vie, numéro 9 de la collection "Recherches et Travaux de l'Institut d'ethnologie". L'ethnologue désormais confirmé allait entreprendre la rédaction d'une thèse d'Etat sur la coca, lorsqu'il fut appelé au poste de chef de travaux à l'Institut d'ethnologie.
Ces longues années de pratique et de vie immergée dans des communautés indigènes de l'Amazonie et des Andes représentent un capital de savoir et d'expérience humaine unique. Il en a fort bien parlé dans un article du Bulletin de la Société suisse des Américanistes, "Problèmes de terrain ou l'expérience ethnographique" (1980), où il rappelle "combien le travail de terrain exige de l'ethnographe bien plus que les indispensables connaissances académiques" et évoque avec sensibilité les "relations établies dans le contexte de cette parenté rituelle vécue et dont certaines […] survivent à l'épreuve du temps et de la distance".
Ces dernières années, il s'était passionné pour un autre thème, celui de la littérature populaire brésilienne, cette "littérature de ficelle", art des poètes du peuple qui mettent en vers, dans de petites brochures aux couvertures ornées de bois gravés, les faits divers de la vie quotidienne, à moins qu'ils ne décrivent les grandes passions, les saints et les héros populaires. Il en avait réuni une importante collection qui servit de base à plusieurs expositions à Neuchâtel, Genève et Lugano. Les poètes brésiliens le lui rendirent bien, qui à plusieurs reprises prirent notre collègue comme thème de tels folhetos. C'est au Brésil également, dans l'Etat de Maranhao, qu'il avait emmené, en été 1993, un petit groupe d'étudiants avancés pour une enquête de terrain.
Ses amis et compères brésiliens, les spéléologues dont il a dirigé la section des Montagnes neuchâteloises, les amis du Musée d'ethnographie de Neuchâtel dont il a présidé la société de 1987 à 1989, et surtout ses étudiants, qu'il initiait aux thèmes américanistes, ne l'oublieront pas.
Christinat Jean Louis
1980. "Problèmes de terrain ou l'expérience ethnographique". Bulletin de la Société suisse des Américanistes (Genève) 44: 39-48.
1989. Des parrains pour la vie: parenté rituelle dans une communauté des Andes péruviennes. Neuchâtel: Editions de l'Institut d'ethnologie; Paris: Editions de la Maison des sciences de l'homme.
Nachruf auf Jean Louis Christinat (1933-2001)
Pierre Centlivres
Jean Louis Christinat ist am 24. Februar 2001 nach einer kurzen Krankheit völlig unerwartet gestorben. Vor gut zwei Jahren hat er seine Pensionierung angetreten, er war jedoch unvermindert weiter aktiv als Feldforscher. Umso verständlicher ist die Bestürzung und die Trauer seiner Familie und Kollegen über seinen plötzlichen Tod.
Er wurde 1933 in Genf geboren und hatte während 18 Jahren als Oberassistent (chef de travaux) am Ethnologischen Institut in Neuenburg gearbeitet. In den Reihen der Kollegen in unserem Land, als Amerikanist, Aktivmitglied in Berufsverbänden, Forscher, Lehrer und als wertvoller Referent hat er hohes Ansehen genossen. Am Ethnologischen Institut hat er als kompetenter, treuer und anspruchsvoller Mitarbeiter gewirkt und seine Ausstrahlung ging weit über die Mauern der Universität Neuenburg hinaus.
Auf der einen Seite amtete er als Administrator, der die komplexen Mechanismen der Institution und die Entwicklung der Studierenden im Auge behielt, auf der andern Seite ist Jean Louis doch im besten Sinne des Wortes ein Abenteurer geblieben: Forschungsreisen, aktive Höhlenforschung, einsame Missionen haben ihm keine Angst eingeflösst. In diesen Bereichen hat er oft eine Pionierrolle gespielt, bei der er ein kalkuliertes Risiko mit wissenschaftlichen Prinzipien der gewissenhaften Datensammlung verbunden hat. Nicht zuletzt verstand er es, seine Zuhörer mit spannenden Berichten zu faszinieren.
Jean Louis Christinat hat keine klassische universitäre Laufbahn absolviert. 1956 ist er als Dekorateur nach Brasilien gereist, ausgerüstet mit einem eidgenössischen Lehrabschluss und einem Einjahresvertrag einer Schweizer Firma. Brasilien hat ihn bezaubert und er entschied sich, dort zu bleiben, zuerst als Wegbereiter für die Höhlenforschung. Ab 1959 fühlt er sich immer mehr vom Amazonas angezogen und betrieb verschiedene Feldforschungen: zuerst bei den Xavantes Indianern, dann in Ober-Xinga und schliesslich im Mato Grosso bei den Erigpactsa Indianern des Rio Juruena. "Die Entdeckung der indianischen Realität", sagte er, "hat mein Leben verändert". In der Zwischenzeit hatte er auch mit dem Ethnographischen Museum in Genf Kontakt aufgenommen und mit der Unterstützung und Beratung der Direktorin, Madame Marguerite Lobsiger-Dellenbach, hatte er für das Museum mehrere ethnographische Sammlungen angelegt.
Die Jahre 1964-69 verbrachte er in den peruanischen Anden, wo er eine Untersuchung über die Anpassung von Migranten aus dem Hochplateau durchführte, welche die Waldgebiete des Rio Inambari kolonisieren. Jean Louis Christinat heiratete 1966 eine Schweizerin, die er in Peru kennengelernt hatte und die dort als Krankenschwester gearbeitet hatte. Von diesem Zeitpunkt an betrieb er seine Feldforschung zusammen mit der Familie.
Die Begegnungen mit Alfred Métraux und Hans Dietschy liessen ihn die Notwendigkeit erkennen, seinen breiten Erfahrungshintergrund mit einem theoretisch und methodologisch fundierten, universitären Wissen zu verbinden. Dank der Unterstützung von Claude Lévi-Strauss wurde er Titularschüler der EHESS zu diesem Zeitpunkt war es noch die 6. Sektion der Ecole Pratique des Hautes Etudes in Paris und schloss seine Studien 1970 mit dem Diplom ab.
Danach reist er für einen langen und fruchtbaren Forschungsaufenthalt nach Chia in der peruanischen Provinz Carabaya. Sein Forschungsschwerpunkt lag auf Aspekten der rituellen Verwandtschaft. Dies bedeutete für ihn ein persönliches Engagement im Beziehungsgeflecht der Patenschaften vor Ort. Dieser Aufenthalt von 19 Monaten zwischen 1971-1973 war die Grundlage für eine Dissertation in zwei Bänden, die er 1979 erfolgreich an der Ecole verteidigte: Parenté rituelle et société à Chia (Pérou). Sie erhielt das Prädikat sehr gut, die Auszeichnung der Jury und erschien 1989 unter dem Titel Des parrains pour la vie als Nummer 9 der Reihe "Recherches et Travaux de l'Institut d'ethnologie". Der gestandene Ethnologe war daran, eine französische Thèse d'Etat in Angriff zu nehmen, als er zum Oberassistenten und Chef de Travaux des Ethnologischen Institutes in Neuenburg ernannt wurde.
Die langen Jahre der Praxis und des Lebens mit Einheimischen in den Gemeinden des Amazonas und der Anden stellen ein Wissenskapital und eine einzigartige menschliche Erfahrung dar. In einem Artikel des Bulletin de la Société suisse des Américanistes (1980) beschreibt Jean Louis dies äusserst treffend, indem er in Erinnerung ruft, "wieviel mehr eine Feldforschung von Ethnographen verlangt als unabdingbares akademisches Wissen". Einfühlend beschreibt er, wie "gewisse Beziehungen, welche im Rahmen dieser miterlebten rituellen Verwandtschaften geknüpft worden sind […] auch dem Zahn der Zeit und der Distanz trotzen".
In den letzten Jahren hat er sich für ein Thema der brasilianischen Populärliteratur begeistert, der littérature de ficelle, Verskunst von Volkspoeten in kleinen, mit holzgeschnitzten Deckeln versehenen Broschüren, in denen Alltagsereignisse oder die grossen Passionen, Heilige und Volkshelden beschrieben werden. Jean Louis hat eine grosse Sammlung angelegt, die ihm als Basis für Ausstellungen in Neuenbrug, Genf und Lugano dienten. Die Poeten haben ihm sein Interesse gedankt, in mehreren dieser folhetos ist von unserem Kollegen die Rede. 1993 hat er hat er eine Gruppe fortgeschrittener Studenten für eine Feldforschung in den Staat Maranhao nach Brasilien mitgenommen.
Seinen Freunden und seinen brasilianischen Compadres, den Höhlenforschern, deren Neuenburger Sektion er geleitet hat, den Freunden des Ethnographischen Museums in Neuenburg, wo er von 1987-1989 Präsident war, insbesondere aber seinen Studenten, die er in Themen der Amerikanistik eingeführt haben, wird seine Persönlichkeit in lebendiger Erinnerung bleiben.
Christinat Jean Louis
1980. "Problèmes de terrain ou l'expérience ethnographique". Bulletin de la Société suisse des Américanistes (Genève) 44: 39-48.
1989. Des parrains pour la vie: parenté rituelle dans une communauté des Andes péruviennes. Neuchâtel: Editions de l'Institut d'ethnologie; Paris: Editions de la Maison des sciences de l'homme.