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Audrey Doyen

Les relations entre les musées d’ethnographie et les marchés de l’art africain et océanien en France, en Suisse et en Belgique : construire la valeur et s’approprier l’altérité. 

Direction: Christian Ghasarian (Université de Neuchâtel), François Mairesse (Université Sorbonne Nouvelle)

Ma recherche interroge le champ des objets ethnographiques au prisme de leur circulation entre deux médiateurs situés entre leur production et leur réception dans le champ de l’art : les musées d’ethnographie et les marchés de l’art.

La présence du marchand d’art est connue et même reconnue dans les institutions muséales en général et dans les musées d’ethnographie en particulier où l’on connaît souvent bien le rôle important que cet acteur a joué et joue dans l’histoire des collections ainsi que dans la réalisation de certaines expositions. Malgré une (re)connaissance dans les milieux professionnels, aucune recherche scientifique ne s’est jusqu’à maintenant penchée en profondeur sur les relations entretenues entre ces deux intermédiaires dans le champs de l’art africain et océanien, si ce n’est pour décrire ou critiquer le cas précis de la fondation du Musée du quai Branly. Dès ce moment, et particulièrement en France, le débat sur les musées d’ethnographie, leur rôle, leur fonctionnement et, par extension, le débat sur la valeur des objets ethnographiques et leur place dans notre société, n’a cessé de s’enflammer. Ce dernier a cristallisé, au plus fort de sa mobilisation, les positions en opposant l’institution muséale dotée de crédit scientifique et le milieu marchand attaché au seul profit.

© Parcours des Mondes, 2015

Mêlant anthropologie et muséologie et pensant l’interdisciplinarité comme une plus-value importante, ma recherche, basée sur un travail de terrain intensif auprès des galeries, des maisons de ventes aux enchères et des musées en Suisse, en France et en Belgique, cherche à cartographier les relations de ce champ. L’analyse est ainsi fondamentalement compréhensive, se distanciant de toute anthropologie prescriptive et de toute forme de jugement. Montrant les enjeux territoriaux à l’œuvre entre les différents centres du marché de l’art africain et océanien et soulignant l’impact d’une montée de l’événementiel tant du côté des musées que des marchés, ma recherche dresse un portrait du marché, de son fonctionnement et de ses hiérarchies à l’heure actuelle. Ces bases permettent de proposer une typologie des différentes relations ainsi que des acteurs impliqués et permettent de comprendre la production de la valeur des objets. Sur un marché où les biens sont considérés comme en voie de légitimation et où domine la spéculation et une grande part d’arbitraire, cette production de la valeur est intimement liée à la maîtrise d’un certain type d’informations et de connaissances, et à leur mobilisation en des moments précis. Finalement, l’analyse met en évidence les « prêts-à-penser » et processus développés par l’entier des acteurs du champ pour rationaliser une partie de ces pratiques spéculatives. Cette rationalisation permet de surmonter la perception d’un marché immoral et de légitimer la participation des marchés dans le secteur culturel ou celle des musées sur les marchés. Mettant en lumière ces procédés de moralisation/démoralisation des marchés de l’art et des musées d’ethnographie, j’espère souligner dans cette recherche les tensions ou collaborations qui s’installent et qui témoignent, à mon sens, d’une forme nouvelle de production, d’appropriation, de consommation et de valorisation de l’altérité par notre société.

D'autres infos

octobre 2006 : elle quitte son Valais natal pour affronter le brouillard neuchâtelois et passe du coup beaucoup de temps sur la colline de l'Institut d'ethnologie, au-dessus des nuages.

 

juillet 2012 : après un début de Master chaotique qui l'a confortée dans la volonté de prendre du recul sur sa discipline, elle finit par réussir son mémoire. Bien décidée à ne plus réintégrer l'Université et ses luttes de pouvoir, elle passe quelques temps dans le monde des musées d'ethnographie où elle découvre certaines problématiques qui mériteraient bien... tient, une thèse?

 

mars 2015: elle obtient une bourse FNS pour aller encore plus dans le nord, se confronter au terrain à 100%. Bonjour Bruxelles, bonjour Paris. 

 

 

Presse

Interview sur les Lolitas dans le cadre de l'exposition Imagine Japan au MEN L'Express, 27 octobre 2014.