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L'éducation dans des espaces d'exception

Reconnue par les Nations-Unies comme un domaine à part entière de l’aide d’urgence, l'éducation est considérée comme un moyen essentiel pour protéger les enfants déplacés par des guerres et véhiculer des messages de paix. Cette conviction humanitaire des bienfaits de la scolarisation légitime aujourd’hui de nouvelles modalités d’intervention dans le champ éducatif telles que le financement, par la communauté internationale, d'écoles primaires et secondaires dans des camps de réfugiés. Au-delà d'une vision idéalisée et dépolitisée de ces écoles, cette recherche se propose d'étudier les usages concrets dont elles font l'objet en prenant pour cas d’étude les dispositifs éducatifs de secours mis en place dans les camps de réfugiés congolais au Rwanda et en Tanzanie. On tâchera de comprendre par quelles modalités, registres de légitimation et processus de catégorisation, des écoles sont mises en place dans des camps ; de quels objectifs et projets politiques ou identitaires elles sont investies, notamment en termes de contrôle de la mobilité humaine ou de transmission d’une mémoire de l’exil aux jeunes réfugiés ; et comment, enfin, elles sont perçues et mobilisées par les élèves et leurs familles dans le cadre de leurs trajectoires et stratégies sociales plus larges.  
 
Par ces questionnements, ce projet entend  croiser deux phénomènes contemporains que les sciences sociales ont, jusque là, étudié séparément : la multiplication d’espaces humanitaires de par le monde d’une part, et la globalisation du champ scolaire de l’autre.  Il permettra plus largement de (i) nourrir les débats théoriques sur la nature des espaces humanitaires, en interrogeant la manière dont des logiques d’exception et de contrôle de la mobilité humaine s’articulent avec des processus en apparence plus ordinaires tels que la scolarisation quotidienne de milliers de jeunes ; (ii) de comprendre le rôle joué par les acteurs humanitaires dans la circulation de modèles éducatifs standardisés et dans les remodelages plus larges que connaissent aujourd'hui les systèmes éducatifs des pays du Sud ; et enfin (iii) de produire des connaissances sur les lieux concrets qui participent à la socialisation de milliers de jeunes dans les camps, à la construction de leurs rapports à soi et aux autres, et à la transmission d’une mémoire de l’exil.
 
Durée 2012-2015

Financements

Equipe de recherche