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Les cours du semestre d'été 1998

Pierre CENTLIVRES & Anne-Marie LOSONCZY, Séminaire III (postgrade), lundi 10h-12h, IE (tous les 15 jours, début 23 mars).
De l'interprétation (en collaboration avec le Séminaire de philosophie)

Pierre CENTLIVRES, Courants et théories, lundi 14h-16h, AULA UNI, (tous les 15 jours, début 23 mars)
Anthropologie fin de siècle (suite)

Jean Louis CHRISTINAT, Technologie culturelle, lundi 14h-16h, AULA UNI (tous les 15 jours, début 16 mars)
Usages traditionnels de la coca dans les sociétés andines

Pierre CENTLIVRES & Anne-Marie LOSONCZY, Colloque, lundi 16h-18h, FAC RE 48 (tous les 15 jours, début 16 mars)
Le peuple des bergers 1998: recherches anthropologiques en Suisse

Anne-Marie LOSONCZY, Ethnologie régionale, lundi 16h-18h, FAC RE 48 (tous les 15 jours, début 9 mars)
Groupes et cultures dans les Amériques noires

Barbara WALDIS & ASSISTANTS, Séminaire I, mardi 8h-10h, AULA FAC LETTRES (début 10 mars)
L'anthropologie américaine en Europe de 1950 à nos jours: un regard familier et lointain

Pierre CENTLIVRES, Anne-Marie LOSONCZY & ASSISTANTS, Séminaire II, mardi 10h-12h, IE (début 10 mars)
Rites de passage, rites d'institution, rites politiques (2)

Pierre CENTLIVRES, Ethnologie générale, mardi 14h-16h, FAC RN02 (début 10 mars)
Cultures et sociétés dans l'espace "Moyen Orient" (suite)

Anne-Marie LOSONCZY, Ethnologie générale, mardi 16h-18h, FAC RE 48 (début 10 mars)
Le Nouveau Monde, monde nouveau ? Penser l'Amazonie

Jacques HAINARD, Ethnomuséographie, jeudi 8h-10h, IE (début 12 mars)
1ère heure : Musées, construction de la mémoire et invention du patrimoine (suite)
2ème heure : L'art d'accommoder les restes

Fabrizio SABELLI, Anthropologie économique, jeudi 10h-12h, UNI RN 02 (début 12 mars)
Le travail en condition "primitive", le travail en condition post-industrielle (suite)

François BOREL, Ethnomusicologie, jeudi 14h-16h, IE (début 12 mars)
1ère heure : La musique des Haoussa du Niger (suite)
2ème heure : Introduction à l'ethnomusicologie et à l'organologie des instruments de musique (suite)

Laurence OSSIPOW, Ethnologie des sociétés contemporains, jeudi 16h-18h, IE (tous les 15 jours, début 19 mars)
Réseaux, familles et couples : une approche des unions binationales

Barbara WALDIS, Méthodologie, jeudi 16h-18h, IE (tous les 15 jours, début 12 mars)
Migrations, genres et méthodes


RESUME DES COURS

Pierre CENTLIVRES & Anne-Marie LOSONCZY, Séminaire III (postgrade), lundi 10h-12h, IE (tous les 15 jours, début 23 mars).
De l'interprétation
(en collaboration avec le Séminaire de philosophie)
Ce séminaire, qui fait partie du programme du diplôme de spécialisation postgrade, (DSPG) est organisé par l'Institut d'ethnologie et le Séminaire de philosophie. Il abordera la problématique de l'interprétation à l'aide des outils conceptuels de ces deux disciplines.
Interpréter, c'est rattacher à quelque chose de manifeste (geste, inscription, suite de sons, etc.) quelque chose qui n'est pas manifeste au même degré (appelé selon les cas sens, signification, etc.). A quelles contraintes générales la découverte de ce plan moins manifeste est-elle soumise ? La réponse à cette question est liée à une série d'autres questions d'ordre philosophique, relevant de la métaphysique et de l'épistémologie. Des philosophes récents comme W. V. Quine et D. Davidson les ont abordées dans un esprit nominaliste et empiriste. Cest à ce titre - qui peut susciter l'intérêt des sciences humaines - qu'ils ont influencé la façon dont la question de l'interprétation est posée majoritairement dans la philosophie d'aujourdhui, à la fois pour le langage (Quine) et pour l'action (Davidson).
Les ethnologues de leur côté opposent parfois une anthropologie explicative, construite sur le modèle des sciences de la nature, et une anthropologie interprétative attachée moins à la découverte de lois et de corrélations qu'à celle de significations. Cette approche s'attache prioritairement à l'étude de la manière dont les membres de la société étudiée interprètent les symboles, images et événements constituant leur propre culture. L'exercice de l'anthropologie interprétative est souvent rattaché à l'oeuvre de Clifford Geertz et de ses disciples ainsi quà des notions telles que textualité, analyse de discours, anthropologie symbolique, "thick description".
Le séminaire doit permettre d'articuler les deux approches.

Jean Louis CHRISTINAT , Technologie culturelle, lundi 14h-16h, AULA UNI (tous les 15 jours, début 16 mars)
Usages traditionnels de la coca dans les sociétés andines
En Amérique du Sud, on cultive depuis des milliers d'années un arbuste dont les feuilles - la coca - jouent aujourd'hui encore un rôle essentiel dans la vie sociale, économique et religieuse des populations andines du Pérou et de la Bolivie. Elle est aussi en usage dans certaines communautés des Andes colombiennes et dans quelques sociétés amazoniennes au Brésil et en Colombie. Dans ce contexte, pratiquement tous les aspects de la consommation et de l'utilisation des feuilles sont ritualisés, se déroulent sous contrôle du groupe et sont régis par des normes strictes de comportement.
De ce végétal, au siècle dernier, les chimistes ont tiré la cocaïne, laquelle, dans un autre contexte culturel, est devenue une drogue qui intoxique aujourd'hui des millions d'Occidentaux, et qui est au centre d'un vaste trafic rapportant des milliards de dollars aux organisations criminelles internationales. Dès lors une confusion tenace s'est établie entre cocaïne et feuilles de coca, projetant sur l'utilisation des feuilles dans leur contexte culturel andin les valeurs négatives attachées à l'usage de la cocaïne dans le monde occidental.
Le cours s'attachera à montrer l'importance et le rôle de la coca, élément fondamental de l'identité culturelle des Indiens des Andes, symbole de communication totale, qui, en sacralisant le présent, unit, intègre et identifie plusieurs millions d'Indiens à leur famille, à leur communauté, à leur société, à leur univers magico-religieux. Il s'efforcera de faire comprendre que détruire les feuilles de coca dans les zones traditionnelles de production va tout simplement dans le sens d'une forme d'ethnocide

Pierre CENTLIVRES, Courants et théories, lundi 14h-16h, AULA UNI, (tous les 15 jours, début 23 mars)
Anthropologie fin de siècle
L'anthropologie fin de siècle semble bien éloignée de l'ethnologie du XIXème siècle et de la première moitié du XXème, construite autour de la notion de "primitif." Elle a pleinement intégré l'approche des sociétés modernes et occidentales. Pourtant, après lère des grands "récits" théoriques, de l'évolutionnisme au marxisme et au structuralisme, l'anthropologie semble en proie au doute. La notion même de culture est remise en question, de même que sa prétention à parler des "autres".
Le cours rendra compte dans une perspective critique du courant postmoderne et de sa postérité, et exposera d'autres courants actuels pour tenter de cerner, par delà les contradictions apparentes, ce qui fait la cohérence de la discipline à l'aube du XXI ème siècle.

Barbara WALDIS & ASSISTANTS, Séminaire I, mardi 8h-10h, AULA FAC LETTRES (début 10 mars)
L'anthropologie américaine en Europe de 1950 à nos jours: un regard familier et lointain
Ce séminaire traitera de thèmes et de régions d'Europe (la Méditerranée et les Alpes) qui occupent une place centrale dans l'anthropologie culturelle américaine.
Le choix de l'Europe comme lieu d'étude privilégié a été motivé par un ensemble de facteurs parmi lesquels figurent en particulier une quête identitaire (découverte de la société de provenance d'une partie des chercheurs) et la difficulté croissante d'effectuer des enquêtes dans des sociétés "exotiques" en voie de décolonisation.
Lors de la définition de leur sujet de recherche, les anthropologues américains se sont inspirés des "community studies" qui furent stimulées par les études de l'immigration aux USA.
Au fil des séances, les étudiants découvriront comment les anthropologues américains ont construit l'Europe en tant qu'objet d'étude. Ils rattacheront leur sujet à des problématiques centrales de l'anthropologie culturelle américaine et exposeront également les points de vue de chercheurs d'origine européenne ayant abordé les mêmes thèmes

Pierre CENTLIVRES, Anne-Marie LOSONCZY & ASSISTANTS, Séminaire II, mardi 10h-12h, IE (début 10 mars)
Rites de passage, rites d'institution, rites politiques
Formulée par Arnold Van Gennep, la notion de rite de passage désigne les pratiques cérémonielles et répétitives visant à marquer les étapes dans le cycle de vie et le déroulement des saisons. Cette notion a connu une grande fortune et a donné lieu à une littérature considérable. Elle a été élargie à l'analyse des changements de statuts politiques, religieux et institutionnels.
Le séminaire portera aussi bien sur les sociétés traditionnelles que sur les sociétés dites modernes, à l'ouest comme à l'est, au nord comme au sud. Des thèmes aussi divers que les royautés africaines, la monarchie britannique ou les rituels staliniens pourront être abordés. Les régimes se présentant comme démocratiques ne manquent pas eux aussi de souligner par le cérémonial l'accession aux hautes dignités de l'Etat.
On analysera les images et les emblèmes mis en scène dans les rituels d'intronisation ou d'intensification, les contenus de 'limaginaire politique tels qu'ils apparaissent en des lieux et des périodes particuliers, impliquant la manipulation symbolique d'espaces et de temps exemplaires. On sera attentif à l'interface du politique et du religieux, ainsi qu'aux procédures visant à montrer la transcendance du pouvoir, et la proximité dans laquelle ses détenteurs prétendent vivre avec le "sacré". Les ressorts du cérémonial politique, la dialectique entre formalisme et invention dans les productions rituelles devront être mise à jour, ainsi que les séquences et leur langage ; bref tous les moyens mis en oeuvre pour en maximiser l'efficacité, en particulier la multiplication et la synonymie des emblèmes et la redondance des significations.
On se penchera sur les effets de ces rites, qu'il sagisse du renforcement de l'identité et de la cohésion sociale, de la légitimation et de la mobilisation politiques. On notera également la dimension émotionnelle de ces cérémonies et les acteurs en présence : celui qui est l'objet du rite, le public, l'officiant. Chacun de ces rites peut être considéré comme un fait social total qui met en jeu l'ensemble des rapports sociaux, dans et surtout hors du cadre des religions instituées.

Pierre CENTLIVRES, Ethnologie générale, mardi 14h-16h, FAC RN02 (début 10 mars)
Cultures et sociétés dans l'espace "Moyen Orient"
L'Orient comme représentation et l'orientalisme comme discipline ont été mis à mal il y a une vingtaine d'années par un savant palestinien, Edward Saïd. Selon lui, le regard occidental a réduit peuples et cultures à l'état d'objets dévalorisés, figés dans le passé. Une anthropologie culturelle du Moyen Orient, après la fin de l'orientalisme, n'est possible que si elle questionne la réalité même de l'identité "Moyen Orient" et remet en cause les découpages et les présupposés construits à son propos. Seul, un recours à l'ensemble des sciences sociales et humaines, sur un terrain où se rencontrent des chercheurs d'Asie, d'Europe, d'Afrique et d'Amérique, peut aboutir à la mise en perspective des sociétés que les médias tantôt rapprochent tantôt éloignent de nous, en les maintenant dans une altérité illusoire.
Le cours propose d'effectuer une lecture interprétative d'un certain nombre de thème liés à cette région du monde et d'apporter une contribution spécifique à la connaissance de pratiques, représentations et structures marquées par la civilisation islamique.

Anne-Marie LOSONCZY, Ethnologie générale, mardi 16h-18h, FAC RE 48 (début 10 mars)
Le Nouveau Monde, monde nouveau ? Penser l'Amazonie
La première partie du cours analysera l'impact sur la pensée et l'imaginaire européens de la découverte de l'Amérique ; elle retracera les avatars de la constitution d'une image de l'Indien et débouchera sur l'analyse des prémisses d'une ethnologie universitaire des Amériques. Ensuite, il traitera des trois sous-domaines culturels de cette ethnologie : les Amérindiens des basses terres tropicales, les populations d'origine africaine et celles, métisses, des Andes. Après un passage en revue des thèmes et débats plus récents portant sur les cultures Indiennes des basses terres et celles des afro-américains, le cours conclura sur un bilan des apports de ce terrain ethnographique à une réflexion éthique sur l'exercice du métier d'ethnologue.

Jacques HAINARD, Ethnomuséographie, jeudi 8h-10h, IE (début 12 mars)
1ère heure : Musées, construction de la mémoire et invention du patrimoine
La notion de musée se perd dans le mythe des origines. De la tombe aux trésors des temples antiques, en passant par les cathédrales du Moyen Âge et bien avant la Renaissance, la notion de collection est déjà existante.
Avec les cabinets de curiosité où s'élabore une volonté de comprendre le monde, la muséographie se précise dans le courant du XVIIème siècle et c'est à la Révolution française que sétablit la notion de patrimoine.
Les choix de mémoire que notre société instaure nous guident vers une relecture perspicace de nos croyances et de nos idéologies. Nous voulons être responsables face à l'avenir en construisant un héritage que nous désirons transmettre à tout prix aux générations futures. De là à considérer le musée, la mémoire et le patrimoine comme des médicaments qui calment et qui rassurent, il n'y a quun pas...

2ème heure : L'art d'accommoder les restes

Fabrizio SABELLI, Anthropologie économique, jeudi 10h-12h, UNI RN 02 (début 12 mars)
Le travail en condition "primitive", le travail en condition post-industrielle
Le travail dans la société dite primitive et dans la société dite postmoderne.
De nombreuses publications récentes sous la forme d'articles, d'essais et même de romans annoncent la fin du travail. Les quotidiens relatent sans cesse les changements provoqués à la fois par l'accélération des techniques de l'information et par un système économique de plus en plus homogène. Une véritable révolution est à l'oeuvre dans nos sociétés, qu'on les appelle "post-industrielles" ou "postmodernes".
Hélas, le préfixe "post" ne peut à lui seul traduire le mouvement de l'histoire - si ce concept a encore un sens - ni la multiplicité des expériences sociales qui se déroulent sous nos yeux. La vraie nature de cette révolution demeure méconnue. Une seule certitude, peut-être, le chômage, condition autrefois considérée comme exceptionnelle est devenue de nos jours une condition habituelle, ordinaire.
Pour aider les étudiants à explorer ce nouveau monde en mutation rapide, il est proposé d'interroger la "mémoire du travail", celle qui demeure enfouie sous les gravats de la société industrielle. Et si la condition primitive et la condition postmoderne avaient quelques traits en commun ? Voilà la question-fil rouge qui relie les divers chapitres et thèmes du cours d'anthropologie économique de cette année académique 1997-98.

François BOREL, Ethnomusicologie, jeudi 14h-16h, IE(début 12 mars)
1ère heure : La musique des Haoussa du Niger
2ème heure : Introduction à l'ethnomusicologie et à l'organologie des instruments de musique
Ce cours sera consacré à l'histoire de l'ethnomusicologie, à ses courants à lintérêt que présente sa position entre deux tendances : celle de l'"ethnologie du musical" par opposition à celle de la "musicologie de l'ethnique" et à leurs partisans respectifs, aux méthodes et outils d'enquête et d'analyse et aux ouvrages et revues spécialisée. Parallèlement, l'exposition "Pom pom pom pom" du Musée offrira un terrain de réflexion sur le rôle de la musique dans nos sociétés contemporaines. Enfin, la collection d'instruments de musique du Musée d'ethnographie permettra aux participants de se familiariser avec des objets sonores inconnus, d'en découvrir le symbolisme, les propriétés acoustiques et les techniques de mise en vibration. En outre, une réflexion sera menée sur les préoccupations d'ordre classificatoire des ethnomusicologues-organologues.
Les deux cours seront illustrés par de nombreux exemples sonores et visuels.

Laurence OSSIPOW, Ethnologie des sociétés contemporains, jeudi 16h-18h, IE (tous les 15 jours, début 19 mars)
Réseaux, familles et couples : une approche des unions binationales
Les unions binationales ou "biculturelles" diffèrent-elles des unions mononationales ou participent-elles à une dynamique plus ou moins semblable des relations intra et extra familiales ? Qu'est-ce que la "différence culturelle" dans un couple ? Comment cette notion est-elle construite dans les médias, dans les enquêtes sur la migration, dans le sens commun ? Quelle est son importance par rapport à d'autres différences (de genre, d'éducation, de milieu social...) ? Est-ce une notion adéquate pour approcher les couples binationaux ?
Pour esquisser des réponses à ces questions, nous commencerons par situer le couple, le mariage et l'institution familiale dans une perspective historique et ethnologique. Nous intéresserons ensuite à la problématique spécifique de l'intermariage en situation de migration.

Barbara WALDIS, Méthodologie, jeudi 16h-18h, IE (tous les 15 jours, début 12 mars)
Migrations, genres et méthodes
Après un aperçu historique sur les migrations en Suisse, on apprivoise quelques concepts-clés des théories des migrations. Les questions de méthodes anthropologiques en matière de migrations sont étudiées à deux niveaux : à celui de la relation entre anthropologie et migration, et à celui de l'apport des recherches femmes/genres (women's studies) en matière de migrations. Sur cette base suivent des exemples de migrations féminines : migration, mariage et conversion ; migration et travail ménager.