Institut d'ethnologie, rue Saint-Nicolas 4, 2000 Neuchâtel, Suisse. Tél. + 41 32 718 17 10 - Fax + 41 32 718 17 11

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 Mandats et recherches

Le champ du paysage

Représentations paysagères et processus de légitimation des usages sociaux du paysage
De la Vue-des-Alpes au Pays-d'Enhaut
Projet FN, PNR 48 Paysages et habitats de l'arc alpin, 2002-2005

Yvan Droz, Valérie Miéville-Ott
yvan.droz@unine.ch, valerie.mieville-ott@unine.ch

Institut d'ethnologie de l'Université de Neuchâtel
4, rue Saint Nicolas
2006 Neuchâtel   
+41 032 9141976  
+41 032 9141980 (fax)

L'objectif de ce projet est d'identifier et de décrire la construction sociale des représentations paysagères de différents groupes sociaux - les agriculteurs, les milieux de la protection de la nature, les touristes et les citadins - ainsi que les usages et le type de gestion de l'espace que ces représentations paysagères impliquent. Un cinquième groupe particulier est constitué par les administrations fédérales et cantonales et par le monde politique, qui sont à la fois porte-parole de la représentation paysagère dominante et groupe de pression au sein du champ social du paysage par leur intervention dans le cadre législatif. Chaque représentation paysagère légitime des pratiques de gestion de l'espace concerné et détermine des usages spécifiques. Les enjeux de pouvoir sont donc au coeur de ces processus de légitimation sociale, ce qui implique une véritable anthropologie politique de la construction du paysage. Il s'agira de proposer des modèles de négociation permettant une prise de décision consensuelle et démocratique sur l'usage légitime de l'espace rural et l'élaboration d'un paysage adapté aux souhaits des différents groupes sociaux.

Nous prendrons deux zones d'étude : le Pays-d'Enhaut, qui offre l'avantage d'avoir déjà procédé à un diagnostic environnemental et social d'envergure dans le cadre du programme MAB au début des années 80 et d'avoir initié une démarche paysagère ; l'Arc jurassien, dont nous avons déjà approfondi différents aspects dans nos précédentes recherches[1], notamment les représentations paysagères des agriculteurs. Le choix de ces régions permettra d'illustrer deux processus dans la prise en compte des différentes représentations paysagères en jeu : d'une part, un processus qui s'oriente vers un consensus et une prise en compte de tous les groupes sociaux concernés ; d'autre part, une absence de négociation aboutissant à des blocages (tourbières jurassiennes[2]) mais aussi parfois à des utilisations consensuelles d'espaces donnés (pâturages et alpages communaux).


The project aims at identifying and describing the various ways landscapes are socially constructed and represented. These representations, as well as their corresponding use and habitat management, differ from one social group (peasants, environmentalists, tourists and urban dwellers) to another. The municipal, canton and federal authorities as well as political pressure groups, who are both the spokesmen of the dominant representation and, by means of the legislative framework, an important decision-making factor, form a fifth player in this particular social field. Each landscape representation legitimises specific habitat managements and uses. Power issues are at the core of how the use of landscapes is justified and articulate the political anthropology of landscape construction. We intend to elaborate various negotiation models in view of promoting a consensual and democratic way of using the habitat that is consistent with the requirements of the various social groups concerned.

We propose to study two areas: the Pays-d'Enhaut which has the advantage of having concluded a MAB environmental study and of having initiated an environmental policy at the beginning of the 1980s; and the Swiss Jura, where, in the course of previous research[3], we studied different aspects of landscape use among farmers. The choice of these two regions will allow for a comparison between two distinct approaches to landscape management: a consensual approach that seeks to acknowledge the interests of all players (Pays-d'Enhaut) on the one hand and, on the other, the absence of negotiation, leading to a deadlock (in the case of the Jura peat bogs[4]) and some implicit consensual uses of particular habitats (in the case of mountain pastures and commons). 


[1] Projets FNS n° 5004-47806, 1214-049515.96 et Canton de Neuchâtel  n° 2022070.
[2] La situation des tourbières a vu une évolution positive cette année.
[3] Research FNS n° 5004-47806, 1214-049515.96 & Canton de Neuchâtel  n° 2022070.
[4] There has been a positive evolution for the peat bogs this year.


Les exclus du terroir
2001-2003
Yvan Droz
Institut d'ethnologie de l'Université de Neuchâtel

Cette recherche se déploiera dans le Jura et le Pied du Jura suisse . Le choix de ces régions répond à deux critères : en premier lieu, l'insertion préalable de(s) chercheur(s) dans les réseaux paysans permet d'écourter la phase d'intégration ; en second lieu, le choix de ne travailler que sur l'agriculture de montagne et sur la production laitière ou de viande. Le rôle fondamental joué par les villes dans les pratiques quotidiennes des agriculteurs et des éleveurs jurassiens les a conduits à maintenir des contacts répétés avec les différents aspects de la modernité, ce qui peut favoriser la reconversion professionnelle et faciliter le changement de trajectoire de vie. Ces relations précoces et soutenues du monde paysan avec le mouvement ouvrier, puis avec les retombées de la croissance économique, justifient le choix de la région comme lieu de cette recherche, car elle fournit l'exemple d'un monde paysan ouvert depuis longtemps aux influences extérieures. Les perspectives de reconversion professionnelles paraissent donc meilleures que dans d'autres régions.

En Suisse, les agriculteurs n'ont pas la possibilité de recevoir des allocations de chômage lorsque leur entreprise familiale sombre dans la faillite : leur seul recours est l'Assistance publique. Or, il semble que le tiers des exploitations agricoles sont promises à la disparition dans les années à venir en raison de l'ouverture des marchés et des changements structurels de l'agriculture ; or, nombre de fermes qui disparaissent sont dirigées par des hommes âgés de 40 à 65 ans. Il n'existe que de rares informations sur le sort qui attend les paysans qui quittent l'agriculture. Certains remettent la ferme à leur fils, plus rarement à leur fille, et reçoivent les rentes de l'AVS ; d'autres abandonnent veaux, vaches et cochons pour émigrer vers les terres promises du Canada ; d'autres encore disparaissent simplement des statistiques. Que deviennent-ils ? Cette carence d'enquêtes s'explique par une raison simple : la législation antérieure autorisait les départements cantonaux de l'agriculture à protéger les exploitations et à leur éviter la faillite. Or, depuis l'acceptation en votation populaire de la nouvelle loi sur le droit foncier rural, les offices cantonaux ne peuvent plus intervenir dans le cas d'exploitations qui ne sont pas économiquement viables et les domaines peuvent être démantelés. A la disparition de ce filet de sécurité, s'ajoutent les modifications de la politique agricole : l'introduction de la PA 2002 se traduit dans notre cas par une baisse du revenu issu de la vente des produits agricoles. La transformation du monde agricole suisse ne fait que commencer et de nombreux problèmes sociaux apparaîtront dans une situation inédite : l'apparition d'une nouvelle marge qui échappe tant aux organisations agricoles qu'aux services sociaux .

Quel est le parcours de vie des chefs d'exploitation qui ont abandonné la ferme familiale ? Quel est le rôle de la famille patrimoniale dans la reconversion professionnelle d'un ancien paysan et de son épouse ? Assiste-t-on à une reconversion professionnelle en direction d'une niche socio-économique qui assurerait de nouveaux moyens de subsistance ? S'agit-il plutôt d'émigrer vers des terres meilleures ou cette perspective est-elle réservée aux jeunes ? Le travail informel permet-il la survie de petites entreprises agricoles, comme cela se passe dans de nombreuses régions du Sud ? Quel rôle joue l'épouse du paysan déchu dans cette phase difficile ? Certains « finissent »-ils à l'Assistance sociale, retrouvant là les « bienfaits » de l'État providence dans une situation qui confine parfois à la mort sociale ? Existe-t-il d'autres horizons ?

La remise de l'exploitation à un successeur est une période à risque pour les entreprises agricoles familiales et nous étudierons les modes de transmission de la ferme aux jeunes agriculteurs ainsi que la reconversion sociale des « retraités ». Comment l'ancien chef d'exploitation devient-il le « journalier agricole » de son fils ? Quelles sont les conséquences sociales (image de soi, moqueries, etc.) de l'impossibilité de remettre la ferme à ses enfants ? Est-il judicieux de favoriser une préretraite des agriculteurs, voire de leur fournir une « aide à la reconversion professionnelle » s'ils abandonnent l'agriculture ? Quelles sont les implications économiques des « agriculteurs à temps partiel » qui mènent de front une petite exploitation agricole et une entreprise indépendante (bûcheronnage, maçonnerie, jardinage urbain, menuiserie, mécanique automobile, etc.) ? En effet, ceux-ci bénéficient d'avantages comparatifs importants (paiements directs, bâtiments, matériels, etc.) face aux représentants de ces corps de métiers qui crient parfois à la concurrence déloyale.


Agriculteurs et éleveurs du Jura suisse devant la modernité:
réseaux "traditionnels" de solidarité et intégration sociale
1997-2000
Programme prioritaire du Fonds national de la recherche scientifique: Demain la Suisse = Zukunft Schweiz = Switzerland : towards the future
Requérante principale: Anne-Marie Losonczy
Co-requérant: Yvan Droz, République 3, 2300 La Chaux-de-Fonds.

Face aux nombreuses difficultés que rencontre le monde paysan suisse en raison de l'évolution des relations économiques mondiales (GATT), la disparition d'un grand nombre d'entreprises agricoles est programmée. Comment les agriculteurs et les éleveurs du Jura suisse feront-ils face à l'irruption brutale de la modernité économique ? S'appuieront-ils sur des réseaux "traditionnels" de solidarité (Traditionelle Vergemeinschaftung), que l'on impute à la paysannerie, pour favoriser une nouvelle intégration sociale ? Quelles formes prennent aujourd'hui ces réseaux de solidarité et quelle est leur efficacité en réponse au processus d'individualisation croissante de la société ? Les autres formes de solidarité étudiées par les autres projets partiels sont-elles " modernes " ? N'expriment-elles pas plutôt un nouveau visage des formes " traditionnelles " de solidarité ? En d'autres termes, le processus d'individualisation, accompagné par l'invention de "nouvelles" formes de solidarité, est-il aussi achevé que l'on veut bien le croire ? Telles sont les questions à l'origine de cette recherche. Les résultats de l'enquête devraient permettre de corriger l'image " archaïque " de la paysannerie et offrir les moyens de cibler les mesures indispensables d'une part, pour favoriser la réinsertion des futurs exclus de la paysannerie et d'autre part, pour encourager ou " moderniser " les pratiques sociales de solidarité propres au monde paysan (transmission du patrimoine ; soutiens financiers, etc.).
Grâce à l'expérience acquise sur des terrains extra-européens (Kenya et Colombie), les instruments propres la méthode ethnologique - observation participante, entretiens approfondis, récits de vie, réseaux sociaux - seront mis en oeuvre pour collecter des informations qualitatives sur le monde paysan du Jura suisse. Outre les caractéristiques propres au Jura suisse (expositions précoces et répétées diverses formes de la modernité, intenses relations ville-campagne), l'absence d'études spécifiques sur les agriculteurs et éleveurs du Jura suisse justifie le choix de cette région, qui offre, par ailleurs, des prolongements internationaux (Jura français) favorisant une collaboration transfrontalière.
Des relations avec les administrations cantonales ou fédérales concernées et avec les organisations paysannes, tant locales que nationales, assurent une large diffusion des résultats de l'enquête parmi les personnes affectées par les transformations aigues du monde agricole. En outre, tout au long de la recherche, l'insertion des premiers résultats méthodologiques et pratiques au sein de l'enseignement d'ethnologie de l'Europe dispensé à l'université de Neuchâtel, constitue un lien étroit entre recherche et enseignement. Au terme de la recherche, un colloque international et interdisciplinaire organisé par l'institut d'ethnologie de Neuchâtel offrira les moyens de valoriser la recherche dans le monde académique (étudiants, chercheurs et professeurs), associatif (organisations paysannes) et administratif (offices cantonaux concernés).

Mots clefs : réseaux ; solidarité ; paysannerie ; Jura suisse ; intégration sociale ; individualisation ; mondialisation.

Abstract: Among the increasing number of constraints and difficulties Swiss farmers have to cope with, the ongoing global integration of economic processes constitues one of the most uncertain. At present, it is assumed that it will affect the domain of agriculture very adversely. The GATT agreement, for instance, will lead to the disappearance of a considerable number of mainly small rural enterprises. Accordingly, in view of an evaluation of the perspectives and the not yet developed local potentials, some basic questions arise. For the purpose of the present research they start from a consideration of general hypotheses about the cultural and societal fabric of rural communities: How will farmers and livestock breeders from the peripheral Swiss Jura face the irruption of modernity? Will they rely on "traditional" networks of solidarity (Traditionelle Vergemeinschaftung) to support a renewed social integration? What are the structures of these solidarity networks and what is there degree of efficiency in response to the ongoing process of individualisation in modern European societies? Are other forms of solidarity, addressed in other studies of the present programme, really "modern"? Or are they not new expressions of "traditional" networks? In other words, and referring to the societal context of a peripheral rural area, one may wonder whether and to what extent the process of individualisation has achieved the advanced stage known in urban settings. The expected results of the planned research should allow for an amendment of the prevailing representation about the "archaic" orientation of social concepts of peasant people. Moreover, it is expected that they will provide adequate means and targeted measures indispensable for the reaching of two goals: Firstly, results aim at facilitating the reinsertion of the farmers and the peasant world, both threatened from disarticulation of the global society, and secondly, they may be encouraged and supported in the "modernisation" of social practices of solidarity embedded in rural lifestyles and modes of social reproduction.
Research methodology has been experienced and successfully applied in rural contexts in Kenya and Colombia. The various instruments of the anthropological method (i.e. participant observation, in-depth interviews, life histories, social network analysis) will be used in the collection of qualitative data on farmers and livestock breeders in the Swiss Jura. A study in this peripheral region is justified for several reasons: up to now, no specific study on the peasants of the Jura has been undertaken; on the other hand one has to acknowledge some characteristic features of the dichotomy between traditional and modern lifestyles, e.g. the early and repeated exposure to modernity, manifold and intense rural-urban relationships etc.). Moreover, the Jura offers an interesting international link to the "Europe of the regions" because on both sides of the border there is an understanding of a common identity which will facilitate cross-border co-operation with French colleagues.
Contacts with local administration and farmers' organisations (local, regional and national) will assure dissemination of the findings of the research among farmers and administrative bodies concerned by the acute transformation of the rural world. Moreover, the immediate valorisation of the preliminary results of the research within the teaching of European Anthropology at the University of Neuchâtel creates a tight connection between research and teaching and allows for an iterative discussion and evaluation of the findings. An international and interdisciplinary colloquium, organised by the Institute of Ethnology of the University of Neuchâtel is open to a wide audience of academics and professionals. It will facilitate the dissemination of the conclusions of the whole research on individualisation and integration.

Key-words : social networks; solidarity ; peasant; Swiss Jura ; social integration ; individualisation ; globalisation.

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mise à jour: 24.02.2003