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 Mandats et recherches - Migration afghane

Trajectoires, réseaux et "plurilocalisation" dans la migration afghane
Prof.
Pierre Centlivres (resp.), Micheline Centlivres-Demont, Tina Gehrig
Recherche subventionnée par le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNRS)

L'exil de millions d'Afghans dans les pays voisins de l'Afghanistan et la diaspora afghane en Europe d'une part, la fragilité des tentatives de reconstruction de l'Etat afghan et des institutions étatiques de l'autre, amènent à une double constatation: le caractère durable de la migration afghane et l'existence d'une "spatialité de l'exil" possédant ses pratiques et ses représentations propres. Les nouveaux espaces de la migration afghane consistent non pas en territoires homogènes, mais en une spatialité éclatée, en une plurilocalisation des communautés; familles, lignages; villages, groupes religieux ou ethniques sont à la fois dispersés, mobiles et "communicants", ce qui implique des réseaux transnationaux et transrégionaux. Cette nouvelle mobilité et cette "plurilocalisation" ne sont pas temporaires, liées à une période de crise, mais sont des phénomènes durables, voire constitutifs. La recherche projetée vise à poursuivre et à renouveler les études antérieures des soussignés à l'aide des travaux d'autres spécialistes des migrations et de l'Afghanistan, et d'intégrer les travaux de chercheurs de l'Institut d'ethnologie. Elle vise à étudier les collectivités migrantes vivant désormais hors des "camps" en considérant leurs membres comme des acteurs autonomes aptes à élaborer des stratégies et non pas comme des personnes subissant passivement un sort imposé. L'enquête portera principalement sur des informateurs (de 10 à 15 unités familiales) avec qui les requérants sont en contact depuis de nombreuses années. On s'attachera en particulier à l'étude des flux, réseaux et filières entre les membres des collectivités considérées; à celle des modalités de contact et de communication entre les réseaux des réseaux (échanges de personnes, de biens, de services et d'informations) et celle des nouvelles représentations de l'espace social et des recompositions identitaires; on sera attentif au rôle des femmes dans la gestion des unités familiales éclatées et dans les redéfinitions identitaires du groupe.
Les résultats de la recherche devraient permettre de mieux comprendre le fonctionnement des réseaux et de la communication au sein de la migration afghane et en général celui de la gestion des réseaux et des flux au sein des populations migrantes. Ils devraient permettre de saisir la recomposition de l'identité de groupes éclatés et d'aborder la question de la relation entre migration et crise de l'Etat.

Méthode La thématique choisie exige une enquête multicentrée qui tienne compte de la dispersion et de la fluidité du vécu, de l'éclatement des groupes primaires, à l'opposé de l'enquête classique des "community studies". Les notions de réseau et de système migratoire sont ici centrales. Elle implique une approche souple et décentralisée des collectivités migrantes et une attention portée à un espace éclaté à significations multiples. Les "pôles" ou "points nodaux" de la recherche se situent en Afghanistan (accessibilité à considérer: Kaboul, Mazar, Hérat), au Pakistan (Peshawar et Quetta), en Iran (Zahedan, Isfahan, Mechhed selon les possibilités) et en Europe. La recherche sur les flux et les réseaux nécessite des techniques particulières permettant non seulement d'étudier la composition des groupes en contact, mais aussi les formes et les contenus des communications entre les membres disjoints des collectivités. Les entretiens doivent porter entre autres sur la parenté "active" ou "utile", sur les déplacements et sur la localisation des membres du réseau, sur les formes de voisinage, sur les médiateurs entre collectivités migrantes et sociétés du pays d'accueil, ainsi que sur les agents qui rendent les déplacements et, en particulier, le franchissement des frontières possibles. Entretiens libres, guides d'entretien, recueil de récits de vie ont leur importance ici.
Les séjours antérieurs des soussignés ont permis de repérer des informateurs (unités/groupes familiaux), dont certains sont des connaissances de longue date, dans les localisations précitées. C'est auprès de ces derniers que l'enquête sera activée; ils sont représentatifs des dimensions ethniques, religieuses, économiques, politiques de la société migrante. Dix à quinze de ces unités familiales seront au coeur de l'enquête. Les unités familiales choisies possèdent toutes au moins une ou plusieurs implantations au Pakistan. Ce sont ces implantations qui formeront le départ de l'enquête; les méthodes feront appel en sus des entretiens susmentionnés aux entretiens collectifs et à l'observation des lieux et scènes pertinents.
Les lieux stratégiques dans l'établissement et la gestion des réseaux au Pakistan et dans les pays voisins sont: les quartiers suburbains où vivent les collectivités afghanes, les commerces afghans liés au commerce international (tapis...), les agences de transport, les hôtels et caravansérails qui accueillent les Afghans de passage (mosâferkhâna), spécialisées pour une région ou une ethnie donnée, les mosquées et madrassas qui acueillent les Afghans expatriés, ainsi que les sièges des ONGs afghanes, entre autres. Pour l'Europe, le repérage se fera à partir des associations d'Afghans à l'étranger et de leurs membres, sans oublier un certain nombre de commerces ethniques. On sera attentif aux agents d'intégration (partenaires commerciaux pakistanais et iraniens) et aux ressortissants du pays d'accueil par le biais desquels les passages et communications transfrontalières sont possibles.

Mots-clés: Afghanistan, réfugié, diaspora, migrations, réseaux, identité, mobilité, plurilocalisation

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