INTERACTIONS ENTRE LE LUPIN BLANC (LUPINUS ALBUS) ET LES BACTERIES ASSOCIEES A SES RACINES PROTEOIDES:

Dialogue entre plante et bactéries, description de la microflore et physiologie de l'excrétion racinaire.

Travail de thèse effectué au sein des laboratoires de Physiologie végétale et de Microbiologie de l'Université de Neuchâtel

Laure Weisskopf, Doctorante*,**
Nathalie Fromin, Maître-assistante**

Nicole Jeanneret, Laborantine*
Michel Aragno, Professeur*
Nicola Tomasi, Doctorant**
Enrico Martinoia, Professeur **


* Laboratoire de Microbiologie de l’Université de Neuchâtel

** Laboratorium für Pflanzenphysiologie der Universität Zürich

Ce projet de thèse est financé par le pôle de recherche national et fait partie du projet n°4, « Plant nutrition under stress conditions ».


Mots-clés: Lupinus albus, racines protéoïdes, rhizosphère, exsudats racinaires, citrate, PGPR, communication chimique, isoflavonoïdes


Quelques mots sur le lupin blanc

Lupinus albus est une des rares herbacées non-mycorhizées; il résiste pourtant très bien à la carence en phosphate. Les mécanismes à la base de cette résistance sont notamment la formation de racines très ramifiées qu'on appelle 'protéoïdes' ou 'cluster roots', la sécrétion par ces racines de quantités importantes d'acides organiques, du citrate essentiellement, ainsi que de phosphatases acides. On peut faire l'hypothèse aussi qu'il sait s'entourer d'une microflore spécialisée, capable de l'aider dans l'acquisition du phosphate et de favoriser la croissance de ses racines.

De nombreuses études ont porté sur l'exsudation d'acides organiques, notamment au laboratoire de physiologie végétale. Cette exsudation et, avec elle, le pH de l'environement racinaire varient considérablement au cours du développement des racines protéoïdes, si bien qu' on peut définir trois stades principaux de développement :

  • Les racines protéoïdes jeunes (excrétion de malate, pH 5-7)
  • Les racines protéoïdes matures (excrétion massive de citrate, pH 4-5)
  • Les racines protéoïdes sénescentes (excrétion faible de citrate, pH 6-7)

La rhizosphère du lupin blanc, et particulièrement ces zones d'intense activité métabolique que représentent les racines protéoïdes, constitue donc un milieu où les ressources nutritives et les paramètres physico-chimiques changent rapidement et fortement. On peut bien penser que ces changements influencent grandement la structure des communautés microbiennes, ce qui semble effectivement être le cas, d'après les résultats préliminaires obtenus lors du travail de diplôme qui a donnée naissance à ce projet.

 

Résultats préliminaires:

Lupinus albus exerce un effet sélectif spécifique au stade mature, qui se manifeste par une baisse considérable du nombre de germes cultivables dans l'environnement direct de la racine. Cette diminution pourrait être due simplement à une baisse du pH environnant, mais on peut aussi penser que la plante sécrète des composés secondaires qui pourraient agir comme inhibiteurs de certaines populations bactériennes.

Lupinus albus semble favoriser, dans l'environnement immédiat de ses racines protéoïdes, des bactéries potentiellement bénéfiques, comme des productrices d'auxines ou des solubilisatrices de phosphate.

Bactéries solubilisatrices de phosphate (gauche) et productrices d'auxines (droite)

 

Objectifs du projet:

  1. Comprendre la physiologie de l'excrétion racinaire d'acides organiques et déterminer quelles sont les étapes enzymatiques-clés qui sont susceptibles d'expliquer les changements quantitatifs et qualitatifs de cette excrétion. Des études effectuées précédemment au sein du laboratoire de physiologie végérale ont montré une expression différentielle de plusieurs enzymes en fonction du stade racinaire, et notamment de l'ACL, l'ATP-Citrate-Lyase. Cette enzyme produit de l'oxaloacétate et de l'acétyl-CoA à partir du citrate. Comme l'oxaloacétate est facilement réduit en malate, cette enzyme pourrait bien expliquer le changement d'acide organique excrété. Le but ici est d'étudier l'impact de l'ACL dans la sécrétion racinaire.
  2. Le deuxième objectif de ce projet est de parachever la description des communautés bactériennes esquissée dans le travail de diplôme à l'origine de ce travail, en termes de diversité, mais surtout d'activité physiologique susceptible d'influencer positivement la croissance et la nutrition de la plante.
  3. Finalement, comprendre le langage à la base du dialogue entre la plante et les bactéries associées aux racines protéoïdes constitue le 3e objectif du projet. Le premier élément étudié ici dans une perspective de sélection par la plante de certaines populations de bactéries est la composition des exsudats racinaires en composés secondaires tels les isoflavonoïdes, des composés très répandus chez les légumineuses et dont on a déjà isolé 17 molécules différentes dans les seules racines non protéoïdes de Lupinus albus. Il sera donc intéressant de voir si des molécules particulières sont spécifiques de certains stades de croissance des racines protéoïdes.


Méthodes utilisées:

  1. Physiologie de l'excrétion racinaire

    Il s'agit ici d'introduire les deux sous-unités de l'ACL du lupin dans un même vecteur de transformation (pCAMBIA), chacune précédée d'un promoteur constitutif (35S) afin de surexprimer l'ACL. Une fois cette construction réalisée, le but est de transformer Arabidopsis thaliana par l'intermédiaire d'Agrobacterium tumefaciens et d'étudier la sécrétion de malate des plantes transformées en la comparant à celle des plantes sauvages.
  2. Etude de la diversité bactérienne associée aux racines protéoïdes

    Pour se faire une idée de la diversité en termes de populations dominantes, on envisage d'amplifier par PCR nichée un court segement (env. 200bp) du gène qui code pour l'ARN 16S et de séparer les différents amplifiats obtenus par DGGE (Denaturating Gradient Gel Electrophoresis), une méthode qui sépare les fragments sur la base de leur pourcentage GC.

    En ce qui concerne les activité physiologiques bactériennes potentiellement bénéfiques pour la plante, des tests seront effectués sur les bactéries isolées de la rhizosphère du lupin blanc, qui permettront de mettre en évidence les producteurs d'auxine et de sidérophores ainsi que les solubilisateurs de phosphate.

  3. Dialogue entre plante et bactéries

    Les exsudats racinaires provenant des différents stades des racines protéoïdes ainsi que des racines non protéoïdes seront analysés par HPLC. Les molécules présentes seulement à certains stades seront ensuite identifiées et leur effet testé sur les bactéries isolées de la rhizosphère du lupin blanc.

Trois familles de Lupins en culture...

last update : 26.08.2003